POLITIQUE

Le sénateur Duffy recevait des allocations alors qu'il faisait campagne

29/05/2013 03:55 EDT | Actualisé 28/07/2013 05:12 EDT
CP

Des responsables au Sénat ont confirmé mardi soir que le sénateur Mike Duffy avait réclamé et obtenu des allocations de logement alors qu'il faisait campagne pour les conservateurs durant les dernières élections fédérales.

L'information a été révélée durant une rencontre de la Régie interne du Sénat, habituellement tenue à huis clos.

Le comité chargé d'examiner les dépenses de Mike Duffy a montré que le sénateur avait réclamé des allocations quotidiennes de logement durant sept jours au cours de la période de campagne électorale alors qu'il n'était pas à Ottawa.

La Presse Canadienne a révélé plus tôt ce mois-ci que Mike Duffy faisait campagne pour les conservateurs à travers le pays alors même qu'il disait s'occuper d'affaires liées à ses charges au Sénat.

Le rapport des responsables au Sénat indique clairement que les allocations de dépenses de Mike Duffy représentent une façon de faire ayant suscité des inquiétudes de leur part.

Le sénateur conservateur Larry Smith a aussitôt initié une motion recommandant que l'affaire soit soumise à l'attention de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

M. Duffy a démissionné du caucus conservateur après qu'il eut été révélé que le chef de cabinet de Stephen Harper, Nigel Wright, lui avait signé un chèque personnel de plus de 90 000 $ afin qu'il rembourse des allocations de logement injustifiées.

Le sénateur avait lui-même exprimé le souhait de voir les délibérations du comité être publiques.

Maintenu sous pression avec des attaques sur sa crédibilité, le comité chargé d'examiner les dépenses du sénateur Mike Duffy a ainsi ouvert ses portes dans un geste hors du commun.

La Régie interne du Sénat, qui se rencontre normalement à huis clos, avait affiché un avis de convocation pour une réunion mardi, rencontre diffusée sur le web et ouverte aux journalistes.

Crédibilité de la Régie interne du Sénat attaquée

La crédibilité du comité a été attaquée au cours des derniers jours pour avoir rendu un rapport modifié afin d'adoucir les critiques à l'égard de M. Duffy. Les sections concernant Patrick Brazeau et Mac Harb, les autres sénateurs dont les dépenses de logement ont été étudiées, n'ont pas été altérées.

Lors de la période de questions au Sénat mardi, David Tkachuk, le président de ce comité qui doit se pencher à nouveau sur les dépenses de M. Duffy, s'est défendu d'avoir édulcoré le rapport à son sujet. La décision de retirer les paragraphes critiques a été prise parce que M. Duffy avait repayé ses dépenses inappropriées, a-t-il soutenu.

M. Tkachuk a admis avoir discuté avec M. Wright de la révision des dépenses du sénateur Duffy étudiées par le comité, à cette nuance près: il a demandé à M. Wright des conseils d'ordre « général », mais il ne s'est pas fait dicter le contenu du rapport.

Les libéraux ont réclamé la semaine dernière sa démission du son poste de président du comité de Régie interne, l'accusant d'ingérence dans ce dossier.
Harper aux Communes

Stephen Harper bombardé de questions

Simultanément aux Communes, Stephen Harper répondait pour la première fois en Chambre aux questions de ses adversaires politiques au sujet de la controverse.

Le chef néo-démocrate Thomas Mulcair a assailli le premier ministre de questions très précises sur ce qu'il savait de l'entente entre MM. Duffy et Wright.

« Quelles directives le premier ministre a-t-il données à Nigel Wright ou à d'autres membres de son cabinet pour régler les problèmes de dépenses du sénateur conservateur Mike Duffy ? », a demandé M. Mulcair.

Fidèle à ses déclarations précédentes, M, Harper a répété qu'il avait appris l'existence du chèque émis par M. Wright le 15 mai, après que l'information eut fait surface dans les médias.

« Je n'ai pas donné de telles directives. Au contraire, mon opinion était que M. Duffy devait payer ses propres dépenses et cela a été ma connaissance jusqu'au 15 mai », a répété M. Harper.

Le chef libéral Justin Trudeau a pris le relais de M. Mulcair. « Si le premier ministre a appris au sujet du paiement de 90 000 $ comme nous tous, pourquoi cela lui a-t-il pris une semaine avant de démettre son chef de cabinet de ses fonctions ? »

Le chef conservateur a fait valoir que M. Wright avait lui-même admis avoir fait une erreur très sérieuse. «  Pour cela, il a accepté la pleine et unique responsabilité.  »

Au total, le premier ministre a été bombardé de questions de la part des deux partis d'opposition pendant plus de 20 minutes. Mais selon M. Mulcair, trop d'interrogations demeurent en suspens. « Les Canadiens ont droit à des réponses claires et Stephen Harper refuse toujours de répondre. C'est une grave crise de savoir qu'un membre du cabinet du premier ministre a fait un chèque de plus de 90 000 $ à un sénateur alors qu'il était en fonction pour le faire taire. »

Outre ce comité, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) étudie actuellement la possibilité d'ouvrir une enquête sur les dépenses réclamées par M. Duffy, M. Brazeau et M. Harb. La commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique, Mary Dawson, se penche elle aussi sur le dossier.

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