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Théberge confirme que l'asphalte est de moindre qualité depuis au moins 10 ans

27/05/2013 10:05 EDT | Actualisé 27/07/2013 05:12 EDT
Capture d'écran

MONTRÉAL - Gilles Théberge, un ex-directeur de Sintra qui a pris sa retraite, a confirmé que l'asphalte dans la région de Montréal était de plus mauvaise qualité qu'il y a «une dizaine d'années, si c'est pas un peu plus», contribuant ainsi aux nombreux nids-de-poule et pavages à refaire ponctuellement.

Devant la Commission Charbonneau, lundi, M. Théberge, dont l'entreprise Sintra a participé au cartel de l'asphalte à compter de l'année 2000, a ainsi admis ce que bien des citoyens montréalais soupçonnent depuis longtemps.

«Je ne suis pas un grand spécialiste en asphalte, mais je pense que d'année en année, les raffineries raffinent de plus en plus le produit brut avec un système de 'cracker'. Ils vont chercher tout ce qu'ils peuvent dans le produit brut pour faire des huiles. Et ce qu'il reste comme résidus est envoyé pour faire de l'asphalte. On pourrait dire que c'est comme un citron: plus que tu le presses, moins qu'il va en sortir à l'autre bout. Alors ce qui sort vraiment des raffineries est de moindre qualité qu'avant, selon moi», a-t-il expliqué.

Le boss Vaillancourt

M. Théberge a par ailleurs relaté une rencontre qu'il a eue avec le maire de Laval Gilles Vaillancourt, après que Sintra eut acheté l'usine d'asphalte de Demix, en 1995, et ait voulu percer le marché lavallois. L'entrée dans le marché lavallois était laborieuse, même si Sintra est une entreprise internationale.

Selon lui, lors d'une rencontre dans un club de tennis pour un petit-déjeuner, le maire a tenu un discours «de politicien», à mots couverts, mais qui signifiait pour l'essentiel qu'il fallait participer au système de collusion déjà en place ou se résigner à ne pas avoir de contrat à Laval.

«J'en retiens que si on veut vivre à Laval et si on veut y travailler, il va falloir embarquer dans le système ou, sinon, revendre l'usine d'asphalte et s'en aller», a-t-il résumé.

Déjà à cette époque, M. Théberge était au courant de l'existence d'un système à Laval. «Avant 1990, peut-être 1985 _ ça fait longtemps que le système existe à Laval _, j'avais un ami qui avait une entreprise qui m'avait expliqué comment, à Laval, eux réussissaient un petit peu à s'organiser pour vivre plus ou moins dans la concurrence», a-t-il relaté.

Il a précisé que la Ville de Laval lançait toujours 10 ou 15 appels d'offres en même temps, de façon à ce que chaque entrepreneur de Laval décroche un contrat et y trouve satisfaction.

Quelques jours après le lancement de l'appel d'offres public, Claude DeGuise, alors directeur du service de l'ingénierie à Laval, informait un entrepreneur donné qu'il était gagnant de l'appel d'offres X. Il lui donnait aussi la liste des autres preneurs de documents d'appels d'offres. Il appartenait alors à l'entrepreneur gagnant d'appeler ses concurrents pour les informer qu'il avait remporté l'appel d'offres X. Certains de ceux-ci faisaient alors une soumission de complaisance, alors que d'autres s'abstenaient de déposer une soumission, a expliqué M. Théberge.

M. Théberge a été clair: bien que ce soit M. DeGuise qui transmettait l'information aux entrepreneurs dans ce système, le vrai patron était le maire de Laval. «M. DeGuise ne décidait pas qui allait avoir les contrats. Le boss leur donnait les directives pour dire 'untel va avoir un projet, l'autre va avoir un projet'. (...) Pour nous, le boss c'était monsieur Vaillancourt.»

Lorsqu'il était chez Sintra, de 1996 à 2000, il estime avoir remis entre 100 000 $ et 125 000 $ à Marc Gendron, de Tecsult _ qui a déjà témoigné devant la commission _ soit ses redevances pour environ 6 millions $ de projets.

Après qu'une bombe ait été placée sous son véhicule et ait explosé, en juin 2000, M. Théberge a quitté Sintra. Il est passé chez Valmont Nadon en 2001.

Là encore donc, il a dû payer la redevance équivalant à 2 pour cent de la valeur des contrats obtenus de la Ville de Laval. Il versait son «dû» à Roger Desbois, de Tecsult, qui a déjà témoigné devant la commission.

Au total, de 2001 à 2010, il estime avoir payé entre 1,1 et 1,2 million $ lorsqu'il travaillait pour Valmont Nadon, toujours payés à Roger Desbois.

Lors de son témoignage devant la commission, M. Desbois avait estimé avoir recueilli 2,7 millions $ auprès de l'ensemble des entrepreneurs de Laval, ce qui est nettement sous-estimé, a laissé entendre M. Théberge. «Ca voudrait dire que moi, seulement ma partie à moi, j'en aurais donné pratiquement la moitié? J'ai trouvé qu'il y avait quelque chose qui ne tenait pas la route. Je vous laisse la réponse», a lancé M. Théberge à la commission.

Il n'a pu évaluer lui-même le montant payé par l'ensemble des entrepreneurs de Laval au parti PRO des Lavallois, mais a invité la commission à calculer une redevance de 2 pour cent pour l'ensemble des contrats octroyés par la Ville de Laval pendant la période donnée et dans les secteurs d'activité donnés.

«Tout le monde, les entrepreneurs, payaient leur redevance de 2 pour cent. Et je pense que tout le monde payait; tout le monde payait parce que le maire, aussi, s'informait si les entrepreneurs étaient à date dans les comptes à recevoir», a-t-il résumé.

Il a déjà estimé qu'avec la collusion, le profit des entrepreneurs atteignait 30 pour cent, voire davantage si les travaux étaient bien exécutés. En libre concurrence, le profit était de 0 pour cent au début de l'année, de 6 à 8 pour cent durant l'année et 10 pour cent à la fin de l'année, quand l'entrepreneur «a beaucoup d'ouvrage».

Son témoignage se poursuit mardi.

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