QUÉBEC - Le nouveau président du conseil d'administration d'Hydro-Québec, l'homme d'affaires Pierre Karl Péladeau, a fait marche arrière, vendredi, après avoir souligné la profondeur et la sincérité d'un appel à la souveraineté lancé par l'ex-premier ministre Bernard Landry.

M. Péladeau, entré il y a une dizaine de jours en fonction à la société d'État, a profité d'une période de questions suivant un discours de M. Landry pour faire son commentaire.

L'ancien premier ministre, qui s'adressait aux membres d'une association d'économistes, a déclaré que le Québec ne peut demeurer une simple province canadienne mais doit devenir un pays.

M. Landry a affirmé que la situation économique québécoise serait meilleure si le Québec était indépendant et il a conclu son allocution en invitant son auditoire à réfléchir et à décider pour le mieux.

Le chroniqueur Alain Dubuc, qui avait présenté l'ex-premier ministre, a enchaîné ensuite en disant qu'il endossait tout le discours de M. Landry, à saveur économique, sauf la fin sur la souveraineté, une divergence affichée qui a déclenché les rires candides de l'auditoire.

Concluant les interventions à un micro qui avait circulé dans la salle, M. Péladeau a marqué son appréciation pour le passage final de l'allocution de M. Landry, en référant aux commentaires de M. Dubuc, qui écrit dans le quotidien La Presse.

«C'est vrai que M. Dubuc aurait pu écrire ce que vous avez dit, mais probablement quelque chose que M. Dubuc n'aurait pas pu faire, c'est cette conclusion aussi sincère, aussi profonde, aussi sentie», a-t-il dit en riant.

Lors d'un point de presse qui a suivi, M. Péladeau, actionnaire de contrôle de Québecor (TSX:QBR), a pris ses distances en soutenant qu'il faisait référence aux aspects du discours de M. Landry sur les entrepreneurs qui ont contribué à l'édification du Québec.

«C'est de reconnaître et de mettre en valeur ce que certains de nos prédécesseurs, certains diraient nos ancêtres, mais moi je dirais nos prédécesseurs, ceux qui sont à l'origine de notre Québec moderne, a-t-il dit. Il y en a qui l'ont appelé Québec inc., d'autres Révolution tranquille, tout ça je dirais ce sont des éléments qui font cet assemblage qui fait ce que nous sommes devenus et on a comme tendance à faire tabula rasa de tout ça.»

Concluant son allocution, qui a duré une trentaine de minutes, après avoir parlé d'entrepreneuriat et du vieillissement de la population, M. Landry a abordé le thème de la souveraineté en faisant le lien avec les avancées économiques des dernières décennies.

«Si nous avions eu le contrôle de tout notre destin économique nous aurions pu faire mieux encore, tout simplement», a-t-il dit.

L'ex-premier ministre, en fonction de 2001 à 2003, a affirmé qu'il était anormal, pour une nation comme le Québec, de demeurer dans le giron de la fédération canadienne.

«Il n'est pas normal que cette nation soit affublée de cette cotation déshonorante de province, a-t-il dit. (...) Le temps de la réflexion est venu et j'espère qu'il en sortira pour notre peuple, ce qu'il y a de mieux, c'est-à-dire ce qu'il mérite.»

Dans son discours, M. Landry a déploré la dévaluation du rôle d'entrepreneur, une tendance qu'il essaie de contrer en interpellant ses centaines d'étudiants à l'Université du Québec à Montréal et à l'École polytechnique.

«Ceux qui ont des idées, de l'innovation, qui veulent utiliser des ressources pour créer la richesse et la répandre, vous méritez tout notre appui et notre admiration, a-t-il. Et cette tendance, hélas, n'est pas aussi forte aujourd'hui que je ne l'ai connue.»

L'opposition libérale à l'Assemblée nationale a refusé de commenter les propos de M. Péladeau, dont la première ministre Pauline Marois avait annoncé la nomination à Hydro-Québec en avril.

La députée de Québec solidaire Françoise David a affirmé que M. Péladeau est maintenant tenu à un devoir de réserve dans la manifestation de ses opinions politiques.

«Le code d'éthique d'Hydro-Québec stipule que le président du conseil doit faire preuve de réserve dans l'expression de ses opinions politiques, ce que M. Péladeau ne semble pas avoir saisi, a-t-elle dit. Ça démontre que le gouvernement a manqué de jugement en le nommant à cette fonction.»

Durant la dernière campagne électorale, la conjointe de M. Péladeau, l'animatrice Julie Snyder, avait publiquement donné son appui à Mme Marois.