POLITIQUE

Marc Gendron, collecteur de fonds du maire Vaillancourt

23/05/2013 08:49 EDT | Actualisé 23/07/2013 05:12 EDT

L'ex-maire Gilles Vaillancourt exerçait un contrôle serré sur les centaines de milliers de dollars ramassés par son collecteur de fonds Marc Gendron. L'ingénieur à la retraite de Tecsult estime avoir récolté environ 200 000 $ par année, entre 1996 et 2003, auprès d'une dizaine d'entrepreneurs qui bénéficiaient des contrats de la Ville.

L'argent lui était remis en main propre par les entrepreneurs à son bureau, puis placé dans des coffrets de sûreté dans des banques ou, plus tard, dans un coffre fort de la firme. Une fois que les montants accumulés devenaient importants, il appelait le maire pour savoir qu'en faire.

Un texte de Bernard Leduc

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La commission entend maintenant le témoignage de Gilles Théberge, entrepreneur à la retraite. Il suit à la barre Marc Gendron, dont le témoignage est terminé.

Marc Gendron explique alors avoir été plusieurs fois, à la demande du maire, remettre des montants à son frère Guy Vaillancourt. M. Gendron estime lui avoir remis 700 000 $ ou 800 000 $ au fil du temps. Il dit aussi avoir été porter 400 000 $, encore une fois à la demande du maire, à l'avocat Robert Talbot.

Marc Gendron a expliqué que chaque année, aux Fêtes, il faisait rapport au maire de l'état des finances occultes lors d'une rencontre à Miami. La rencontre pouvait durer deux ou trois heures, même si le maire commentait peu les informations que lui transmettait M. Gendron.

L'ingénieur à la retraite de Tecsult a aussi expliqué avoir été quelques fois, encore à la demande du maire, remettre de l'argent pour les élections au représentant officiel de son parti Jean Bertrand. Il estime lui avoir redonné en tout 50 000 $. Il admet aussi avoir remis directement à deux ou trois reprises de petites sommes au maire, qui les lui avait demandées.

M. Gendron a aussi raconté que l'entrepreneur Tony Accurso lui a remis, dans le stationnement de son restaurant l'Onyx, une valise contenant 200 000 $ pour le parti du maire. M. Gendron dit avoir rapidement remis la somme au notaire Jean Gauthier, proche de Gilles Vaillancourt.

Un système d'une redoutable efficacité

Marc Gendron a expliqué avoir récolté une cote de 2 % auprès des entrepreneurs qui obtenaient des contrats de la Ville, à la demande du maire. Le montant à verser par les entrepreneurs était calculé à partir du paiement final fait par la Ville à l'entrepreneur, moins les taxes. Rares étaient ceux qui ne respectaient pas ce pourcentage, voire refusaient de payer, et pour ces cas, il ignore s'il y avait des sanctions, mais tout était rapporté au maire lors de leur rencontre annuelle.

M. Gendron a nommé une dizaine d'entreprises ayant participé au système et ses interlocuteurs au sein de ces dernières : Simard-Beaudry (Mario Beaulieu), Louisbourg (Joseph Molluso), Poly-Excavation (Léo puis Marc Lefrançois), Nepcon (Tony Mergl), Jocelyn Dufresne Inc (lui-même), Dufresne Asphalte (Lavallée, père et fils), Sintra (Mario Desrochers), Mergl (Mike Mergl), Asphalte Desjardins (Claude Desjardins), Timberstone (Léonardo Moscato), Demix (ne sait plus), Salvex (Anthony Rizzuto).

M. Gendron a expliqué avoir reçu de l'information du directeur de l'ingénierie, Claude Deguise, pour faciliter son travail de collecteur.

Tecsult payait son 2 %, mais nie avoir fait de la collusion

Marc Gendron affirme qu'il n'a jamais fait de collusion avec d'autres firmes de génie pour faire main basse sur les contrats publics de Laval. Il a rappelé qu'avant la loi 106, entrée en vigueur au début des années 2000, les municipalités pouvaient accorder leurs contrats de gré à gré.

Il admet cependant que la firme a longtemps versé 2 % des honoraires perçus sur les contrats publics au notaire Jean Gauthier, proche du maire Vaillancourt. M. Gendron dit lui avoir lui-même remis de 20 000 $ à 40 000 $ par année avant 1996.

Après cette date, les paiements ont été faits par une autre employée de Tecsult, Chantal Morasse.

Selon Marc Gendron, ces contributions politiques, tout comme celles effectuées aux partis politiques provinciaux, étaient essentiellement versées pour assurer la « visibilité » de la firme.

Gendron, collecteur de fonds pour Vaillancourt

Le fondateur de la firme de génie Gendron Lefebvre, devenue Tecsult en 1993, avait révélé hier que le maire de Laval Gilles Vaillancourt lui a demandé dès 1996 de récolter des ristournes auprès d'entrepreneurs en construction.

L'homme de 81 ans, malade, qui s'exprime d'une voix enrouée, avait expliqué avoir été approché par l'ex-maire en 1996, lors d'une rencontre au Sheraton, pour « collecter des argents des entrepreneurs qui obtiennent des contrats par soumissions ».

Les deux hommes, qui se connaissaient depuis 1977, se faisaient confiance et avaient d'ailleurs acheté un yacht ensemble.

M. Gendron affirme avoir hésité un peu avant d'accepter, à condition que sa firme puisse, grâce à cet arrangement, maintenir un volume d'affaire similaire à Dessau, l'autre grosse firme présente à Laval. Il estime qu'il n'a pas eu à se plaindre par la suite.

Marc Gendron exercera son rôle de collecteur jusqu'au printemps 2003, soit peu de temps avant sa retraite. Il avertit alors le maire Vaillancourt qu'il doit lui trouver un successeur et lui propose Roger Desbois.

M. Gendron a par ailleurs affirmé que sa firme donnait, pour sa part, 2 % par année au notaire Jean Gauthier pour le parti du maire.

Une carrière bien remplie

L'ancien patron de Roger Desbois a commencé en fin d'après-midi mercredi son témoignage devant la commission Charbonneau. Ingénieur civil de formation, sorti de Polytetchnique en 1965, il fonde dans les années 1960 la firme Gendron-Lefèbvre, avec son collègue de classe Claude François Lefebvre.

Leur firme s'implante dès 1965 dans plusieurs des municipalités de l'île Jésus qui, une fois fusionnées quelques années plus tard, formeront Laval. Les contrats de génie y seront alors de facto partagés entre Dessau et sa firme, la première florissant dans l'est, la seconde, dans l'ouest.

Gendron-Lefebvre est acquise par Tecsult en 1993. Claude François Lefebvre quitte l'entreprise en 1996, Marc Gendron en 2005.

M. Gendron n'a pas été arrêté par l'UPAC, mais il est nommé dans le mandat d'arrestation comme co-conspirateur, comme M. Desbois.

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