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La « taxe de la diaspora » érythréenne toujours payée au Canada

22/05/2013 12:12 EDT | Actualisé 22/07/2013 05:12 EDT

Des Érythréens qui résident au Canada n'ont toujours pas cessé de payer la « taxe de la diaspora » imposée par le consul de Toronto Semere Ghebremariam O. Michael. Une enquête menée par le réseau anglais de Radio-Canada révèle que le plus haut diplomate érythréen au Canada continue d'extorquer une taxe de 2 % à ses concitoyens expatriés malgré des menaces d'éviction proférées par Ottawa en septembre dernier.

Publié à l'automne dernier, un rapport de l'ONU avait permis d'élucider comment le régime du président érythréen Issayas Afeworki, décrit par Amnistie internationale comme l'un des plus répressifs de l'Afrique de l'Est, arrivait à remplir ses coffres en partie grâce à cette « taxe à la diaspora ».

En effet, le consul de Toronto demande aux expatriés de payer une taxe correspondant à 2 % de leurs revenus, sous la menace de voir leur famille restée en Érythrée en payer le prix en cas de refus. Selon l'un de ces expatriés, rien n'a changé depuis l'avertissement d'Ottawa.

S'il ne payait pas son dû, l'homme affirme que sa famille en Érythrée aurait des ennuis.

Contributions illégales

Ces taxes exigées par le consulat de Toronto sont pourtant illégales depuis que l'ONU, appuyée notamment par le Canada, a adopté des sanctions contre l'Érythrée afin de limiter ses moyens de financement.

En 2012, le ministère des Affaires étrangères avait clairement averti le consul érythréen, basé à Ottawa, que de solliciter et de collecter des taxes était incompatible avec les droits et obligations d'un consulat.

La réponse était venue, par écrit, pour confirmer que ces activités cesseraient.

Des sources ont cependant révélé que le gouvernement canadien sait que le consulat perçoit toujours ces taxes illégales.

Le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) serait en contact avec la communauté érythréenne à ce sujet, et une rencontre aurait été organisée entre le député conservateur Deepak Obhrai, deux fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères et le porte-parole d'HIDMONA, une association canado-érythréenne manitobaine, sur les activités du consulat d'Asmara.

« Ils [les diplomates érythréens] ont déjà été avertis d'arrêter et ils ne l'ont pas fait, dit un avocat des droits de l'homme de Winnipeg, David Matas. Je pense qu'ils devraient être expulsés. Ils se moquent des autorités canadiennes. »

L'Érythrée, agent déstabilisateur

Les fonds ainsi récoltés par les consulats permettraient de soutenir des activités déstabilisatrices dans la corne de l'Afrique.

L'Érythrée, qui a obtenu son indépendance de l'Éthiopie en 1993, financerait des groupes rebelles armés, notamment en Somalie et au Soudan, indique un rapport de l'ONU.

« Si l'Érythrée réussit à tirer son épingle du jeu avec cette affaire, on va voir la Chine faire la même chose. Puis l'Iran. Et la Corée du Nord. Je pense qu'il faut faire des efforts pour arrêter ce système de financement, sinon il va se multiplier », prédit l'avocat David Maltas.

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