BIEN-ÊTRE

Cannes éclaboussé par la vengeance sanglante de "Only God Forgives"

22/05/2013 01:19 EDT | Actualisé 22/07/2013 05:12 EDT

Un fugitif américain devenu trafiquant de drogue dans les bas-fonds de Bangkok, incarné par Ryan Gosling, et une mère impitoyable, Kristin Scott-Thomas, assoiffée de vengeance après le meurtre de son autre fils : mercredi, le sanglant "Only GodFforgives" a éclaboussé Cannes, qui a très diversement apprécié.

En lice pour la Palme d'Or, le très attendu film du Danois Nicolas Winding Refn, auteur du célébré "Drive", a essuyé des sifflets et de maigres applaudissements à l'issue de sa projection presse.

A Bangkok, Julian dirige un club de boxe thaï servant de couverture à son trafic de drogue. Sa mère, à la tête d'un réseau criminel, débarque des Etats-Unis après le meurtre de son fils préféré, Billy, et exige la tête des coupables. Elle pousse Julian à affronter un étrange policier retraité armé d'un sabre, en croisade contre la corruption.

Le public a plusieurs fois grincé des dents et détourné les yeux pendant les scènes d'ultra-violence où jaillissent hémoglobine et cris de douleur, ponctuant un film à l'esthétique par ailleurs lente et léchée, souvent baigné de lumière rouge sur fond de musique lancinante.

Dans une scène du film, le personnage taiseux joué par Gosling explique à sa mère réclamant vengeance que son frère a été assassiné après avoir violé et tué une jeune fille de 16 ans. "Je suis sûre qu'il avait ses raisons", rétorque, impitoyable, Kristin Scott- Thomas, méconnaissable en Américaine blonde platine, faux-cils et dégaine bling bling.

Dans une autre séquence, le flic justicier Chang (incarné par Vithaya Pansringarm), "un homme qui se prend pour Dieu", selon Rfen, cloue un truand à son siège à coups d'aiguille avant de lui lacérer les yeux.

"Ce type de film n'est vraiment pas ce qui me correspond, je n'apprécie pas du tout la violence à l'écran ; ce qui m'a plu c'est de travailler avec" Refn, a elle-même confié Kristin Scott-Thomas à la presse présente à Cannes.

L'actrice britannique, habituée des rôles d'aristocrates distinguées, a toutefois apprécié de "jouer ce personnage sauvage et brutal", qu'elle incarne avec talent. "Ca m'a tout de suite plu de jouer un personnage très éloigné d'une classe sociale élevée, de faire quelque chose de totalement différent", a-t-elle ajouté.

L'acteur canadien Ryan Gosling, héros de "Drive" qui avait reçu en 2011 le prix de la mise en scène à Cannes, n'était pas là pour défendre le film, retenu aux Etats-Unis par un tournage.

Le réalisateur Refn a défendu son film en assurant ne pas pouvoir résister à l'emploi de la violence dans ses oeuvres.

"L'art est un acte de violence. L'art a à voir avec la pénétration, avec le fait de parler avec notre subconscient et notre inconscient".

"Mon approche est comme celle d'un pornographe. C'est plutôt ce qui m'excite qui compte.Je ne me considère pas comme quelqu'un de violent mais je présente des images violentes et je ne peux pas expliquer d'où ça vient".

Le cinéaste danois a en revanche plus de mal à convaincre lorsqu'il évoque le "mysticisme et la spiritualité" censés animer les personnages de son film, ainsi que la beauté du "langage du silence", qui l'a poussé à confier seulement trois lignes de scénario à son acteur-fétiche Gosling.

Le beau gosse, si bien utilisé dans "Drive", est réduit à un personnage peu expressif, sans véritable épaisseur, écrasé par une mère ultra-dominatrice.

En France, où le film sort en premier ce mercredi, "Only God Forgives" est assorti d'une interdiction aux moins de 12 ans avec avertissement. Il doit sortir une semaine plus tard au Danemark et en Italie. Les Etats-Unis devront attendre juillet.


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