BIEN-ÊTRE

Direct from Croisette : Kevin Ma, journaliste de Hong Kong à Cannes pour la première fois

21/05/2013 04:17 EDT | Actualisé 21/07/2013 05:12 EDT

Journaliste et critique de cinéma hongkongais, pour Yesasia.com notamment, Kevin Ma s'est arrêté pour la première fois à Cannes cette année. Présent du 15 au 20 mai, il revient sur cette expérience.

Relaxnews : Que pensez-vous de cette 66e édition ?
Kevin Ma : Je n'ai couvert que les cinq premiers jours du festival et aucun favori ne s'est encore dégagé. Le glamour et les stars étaient en revanche au rendez-vous avec deux à trois tapis rouges chaque soir au théâtre Grand Lumière et deux projections de plus au Debussy pour Un Certain Regard.

R : La pluie a-t-elle gâchée la fête?
K.M. : La pluie a un peu refroidi les esprits, mais le soleil a redonné le sourire aux festivaliers. C'est ma première fois à Cannes et je suis scié de voir à quel point la ville entière se laisse prendre au jeu du festival. Des milliers de personnes affluent vers le Palais où la foule ne baisse jamais et les gens supplient pour obtenir des invitations aux projections. Même les cinémas traditionnels de Cannes sont utilisés pour diffuser des films du Marché du Film et les autres sections parallèles. Il est facile de comprendre pourquoi Cannes reste un des festivals les plus renommés au monde.

R : Qu'avez-vous pensé des films asiatiques présents cette année?
K.M. : Malgré ma courte venue, j'ai eu la chance d'assister aux projections de la plupart des films extrême-orientaux proposés cette année. Cela inclut "Like Father, Like Son", "Blind Detective", "A Touch of Sin", "Bends" et "Taipei Factory" présenté en Quinzaine des réalisateurs. Les réalisateurs de "Taipei Factory" et Jia Zhangke ("A Touch of Sin") ont essayé d'engager leur travail vers de nouvelles directions. Je constate que Kore-eda ("Like Father, Like Son") et Johnnie To ("Blind Detective") ont, eux, plus joué la sécurité. [...] Je ne placerais aucun des films asiatiques sélectionnés au rang de favoris cependant. Ce sont des candidats sérieux, mais je ne pense pas qu'ils peuvent gagner.

R: Ces films... Que pensez-vous qu'ils reflètent de la situation du cinéma asiatique contemporain ?
K.M. : Le fait que la Compétition oriente encore son choix sur des auteurs bien établis me chiffonne un peu. Si on peut effectivement se demander si le festival joue la sécurité, je serais incapable de citer les noms de jeunes cinéastes chinois et japonais capables de se substituer à eux dans les années qui viennent. L'autre chose intéressante est l'absence de réalisateurs coréens cette année alors que trois des plus connus d'entre eux, Kim Jee-woon, Parck Chan-wook et Bong Jong-ho, viennent de diriger leur premier film en langue anglaise.

D'un autre côté, il est grisant de voir autant des productions indiennes et philippines dans toutes les sections. Si la tendance se confirme dans les prochaines années, ça marque un tournant intéressant dans la cartographie et la définition même du cinéma asiatique.

R : Ça fait quoi un premier festival de Cannes ?
K.M : C'est une expérience incroyable - pour peu qu'il fasse beau. Comme je l'ai dit, je suis resté baba par la façon dont le festival englobe toute la ville. Je n'ai même pas pu voir "Gatsby le magnifique" dans un cinéma traditionnel ! Rien au monde ne peut remplacer le fait de faire la queue pendant une heure et demie pour simplement avoir le privilège de monter les marches du Palais des Festivals, s'asseoir sur un de ses 2.000 sièges du Grand Lumière et être parmi les premiers au monde à découvrir certains des plus grands films.

Cannes connait un écho médiatique fort avec ses stars, ses fêtes et son glamour. Mais c'est aussi un Marché du film foisonnant avec des producteurs qui cherchent à montrer ces films au plus de gens possible. Le Festival de Cannes est un véritable hymne au cinéma sous tous les angles. Pour quelqu'un de Hongkong, qui possède un des plus grands festivals (non-compétitifs) mondiaux, c'est une expérience qui ouvre les yeux.

R : Quel est votre meilleur souvenir cannois ?
K.M. : Mon meilleur souvenir ? Je pense que c'était enfiler un costume et un noeud papillon pour voir "A Touch of Sin" au Grand Lumière. Il s'agissait de ma première projection de gala pour un film en Compétition. J'étais au balcon et je n'ai donc marché qu'un petit peu sur le tapis rouge. Mais c'était génial de me retourner et réaliser que j'étais sur "le" tapis rouge d'un des plus prestigieux festivals au monde. Pour un mordu de cinéma - pas un critique ou un journaliste-, c'est énorme.


jcvh/ls