BIEN-ÊTRE

"Le Passé", drame familial étouffant porté par Bérénice Béjo et Tahar Rahim

17/05/2013 01:24 EDT | Actualisé 17/07/2013 05:12 EDT

L'Iranien Asghar Farhadi, oscarisé pour "Une séparation", a été applaudi vendredi à Cannes avec "Le Passé", drame familial étouffant où scène après scène, il dissèque les effets dévastateurs des secrets et rancoeurs, comme autant de bombes à retardement, le tout porté par des acteurs brillants.

Bérénice Béjo, César de la meilleure actrice pour l'inoubliable "The artist", et actrice jusqu'ici plutôt connue pour ses rôles dans des comédies, campe devant la caméra puissante du cinéaste iranien une mère de famille dépassée par les événements, apportant puissance et fragilité à son personnage.

Face au tourbillon qui règne dans la maison de la banlieue parisienne où se déroule l'essentiel du film, l'acteur iranien Ali Mosaffa apporte un calme impressionnant, celui qui précède la tempête.

Quant à Tahar Rahim, révélé à Cannes en 2009 dans "Un prophète" de Jacques Audiard, film qui lui a valu le César du meilleur acteur, il devient un homme déboussolé, ne sachant dans quelle direction avancer.

Après quatre années de séparation, Ahmad (Ali Mossafa) arrive à Paris depuis Téhéran. À la demande de Marie (Bérénice Béjo), il vient procéder aux formalités du divorce.

Dès son arrivée, il découvre la relation conflictuelle entre Marie et sa fille Lucie (Pauline Burlet), née d'une autre liaison, mais pas que cela.

Il y a aussi le très jeune et colérique Fouad (Elyes Aguis), fils de Samir (Tahar Rahim), nouveau compagnon de Marie dont elle attend un enfant.

Pour corser le tout, Samir est déjà marié, mais sa femme est dans le coma après avoir fait une tentative de suicide.

Ahmad, la voix toujours douce et posée, établit le dialogue avec les personnages, comme avec Fouad et Lucie.

Expérience universelle

Son travail de déminage se heurte toutefois au passé de chaque personnage qui pour avancer devra faire la paix avec celui-ci.

"On a beau essayer de se libérer de son passé, il ne nous laisse pas", a expliqué à la presse le réalisateur. Ce d'autant que chacun le réécrit "de façon ou plus sombre ou plus édulcorée".

En fait pour lui, "le passé n'est pas plus clair que l'avenir".

La jeune Pauline Burlet, qui interprétait Édith Piaf jeune dans "La Môme", s'est déclarée "heureuse" de participer à "une expérience unique".

Les acteurs ont beaucoup travaillé en amont du tournage avec le réalisateur pour nouer des liens entre eux, poser des questions, savoir où le réalisateur voulait aller, "tel un chorégraphe", selon l'expression de Bérénice Béjo. Du travail "au millimètre", pour Tahar Rahim.

"Le Passé" est le troisième film d'Asghar Farhadi, formé au théâtre et marqué par l'univers étouffant du Norvégien Henrik Ibsen, où il est question de drames familiaux.

"Le choix de la famille comme la base de mes histoires vient du souci que j'ai de me sentir très proche de mes spectateurs. Il n'y a pas d'expérience plus universelle que la famille", soulignait le réalisateur devant la presse à l'issue d'une projection très applaudie.

Quant à la relation du couple, "c'est la plus ancestrale qui soit dans l'histoire de l'humanité. Donc même si je passe le restant de mes jours à parler de ce thème je ne l'aurai pas épuisé!", a-t-il dit.


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