POLITIQUE

Vingt-quatre heures après Duffy, la sénatrice Pamela Wallin quitte le caucus

17/05/2013 06:01 EDT | Actualisé 17/07/2013 05:12 EDT
PC

OTTAWA - La sénatrice Pamela Wallin a démissionné du caucus conservateur, vendredi, la deuxième membre de la Chambre haute en autant de jours à poser un tel geste dans la foulée d'une série d'allégations liées à des réclamations de dépenses douteuses.

Les dépenses de voyage de Mme Wallin, qui sont supérieures à 321 000 $ depuis septembre 2010, font l'objet d'une vérification externe depuis décembre dernier.

«Je participe au processus d'audit externe depuis décembre 2012, et j'ai collaboré entièrement et de plein gré avec les vérificateurs. J'ai rencontré les vérificateurs, répondu à toutes leurs questions et fourni tous les documents demandés», a déclaré Mme Wallin, une ancienne journaliste du réseau CTV, dans une brève déclaration écrite, livrée vendredi soir.

«Je m'attendais à ce que le processus d'audit soit maintenant terminé, mais étant donné qu'il se poursuit, j'ai décidé de me retirer du caucus conservateur et de m'abstenir de formuler tout autre commentaire jusqu'à ce que le processus d'audit soit terminé.»

Une source d'information a déclaré à La Presse Canadienne que Mme Wallin s'est fait dire par le premier ministre Stephen Harper qu'elle ne pouvait rester au sein du caucus.

Sa décision survient moins de 24 heures après qu'un autre ancien journaliste, le sénateur Mike Duffy, eut lui aussi démissionné du caucus conservateur, en lien avec la controverse entourant ses réclamations de dépenses de logement — et la provenance de la somme nécessaire pour les rembourser.

Le cabinet du premier ministre a admis plus tôt cette semaine que Nigel Wright, le chef de cabinet de M. Harper, avait lui-même avancé les 90 000 $ réclamés à M. Duffy.

Par le passé, le premier ministre Stephen Harper avait fermement défendu Mme Wallin, arguant que ses dépenses de voyage étaient «comparables à celles de n'importe quel autre parlementaire» qui voyage d'Ottawa jusqu'à la Saskatchewan, province que Mme Wallin représente au Sénat.

En fait, ces dépenses entre la province des Prairies et la capitale nationale ne posent pas problème. Elle n'a réclamé que 29 423 $ pour ces déplacements depuis septembre 2010.

Ce sont plutôt ses «autres voyages» qui ont fait sourciller, vers des destinations ailleurs au pays et à l'étranger, et qui s'élèvent à 321 000 $ pour cette même période.

Mme Wallin, qui possède un condominium à Toronto et un autre à New York, affirme que le problème réside dans les règles comptables du Sénat: il existe peu de vols directs d'Ottawa vers la Saskatchewan, mais le Sénat ne comptabilise que les vols directs pour des déplacements vers sa province natale. Les vols indirects sont classés dans la catégorie «autres déplacements», a-t-elle affirmé.

«Si je passe par Toronto en route vers la Saskatchewan, c'est présenté comme un 'autre voyage'. Voilà pourquoi mes renseignements sont mal rapportés», avait-elle déclaré au Toronto Star, en février.

Certaines informations faisaient par ailleurs état du fait que Mme Wallin, tout comme M. Duffy, a remboursé au moins une partie de ses dépenses. Elle n'a cependant pas confirmé ce fait, bien que son bureau n'ait pas non plus opposé de démenti.

Selon des sources, qui se sont confiées sous le sceau de l'anonymat parce qu'elles n'étaient pas autorisées à parler du dossier publiquement, le vérificateur externe a décidé d'étendre sa révision des dépenses de Mme Wallin jusqu'au moment de sa nomination en 2009.

Le scandale des dépenses a soulevé des questions quant à savoir si Mme Wallin passe suffisamment de temps en Saskatchewan pour être légalement autorisée à siéger au Sénat. La Constitution exige qu'un sénateur réside dans la province qu'il est censé représenter.

Mme Wallin possède également une propriété en Saskatchewan et dit avoir passé 168 jours dans la province l'an dernier. Elle détient toutefois une carte d'assurance-maladie de l'Ontario.

Avant que ses dépenses ne fassent l'objet d'une importante attention, Mme Wallin était largement considérée comme favorite pour le poste de leader du gouvernement au Sénat, après le départ de Marjory LeBreton à la retraite en 2015.

Le mois dernier, Mme Wallin a démissionné de la présidence du comité sénatorial sur la défense, et de son poste de membre du sous-comité pour les anciens combattants, invoquant des raisons personnelles.

Le député néo-démocrate Charlie Angus, porte-parole en matière d'éthique, a sauté sur l'occasion de l'annonce de la sénatrice — et l'appui de M. Harper par le passé — pour invoquer une nouvelle preuve de la maladie couvant au sein de la Chambre haute.

«Il a déclaré aux Canadiens qu'il avait personnellement examiné les dépenses de Mme Wallin; nous pouvons désormais voir qu'elle plonge ou qu'elle est lancée par-dessus bord pour éviter un scandale politique», a dit M. Angus par voie de communiqué.

«Avec un nuage sombre si important planant au-dessus de son cabinet et de son gouvernement, Stephen Harper doit autoriser une enquête indépendante sur ces allégations sérieuses.»