POLITIQUE

Procréation assistée : les revenus des gynécologues explosent

16/05/2013 04:49 EDT | Actualisé 15/07/2013 05:12 EDT
Alamy

Le programme québécois qui permet le remboursement de la procréation assistée fait bien des heureux chez les nouveaux parents, mais aussi chez certains gynécologues qui ont vu leur rémunération publique exploser depuis son entrée en vigueur, en août 2010.

En 2009, 31 gynécologues se trouvaient dans la fourchette la plus élevée de la rémunération de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ), avec un montant moyen de 607 147 $ par médecin. La moyenne pour leur spécialité était de 287 533 $.

En 2011, soit après l'entrée en vigueur du programme, le nombre de gynécologues à l'échelon le plus élevé a plus que doublé, passant à 79 personnes. Leur rémunération a augmenté de 60 %, passant à 971 063 $. La rémunération moyenne de l'ensemble des gynécologues a été entraînée vers le haut pour se situer à 383 624 $ par année.

Les montants des rémunérations sont des données brutes qui ne tiennent pas compte des dépenses engendrées par le travail des médecins en cabinet privé, estimées par la RAMQ à environ 35 % de leurs revenus bruts.

Les gynécologues sont donc maintenant les médecins les mieux rémunérés au Québec, dépassant les ophtalmologistes et les radiologistes.

Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), estime que « le programme coûte extrêmement cher pour le nombre de personnes que ça dessert ».

Chaque patiente a droit à un maximum de trois cycles stimulés ou six cycles naturels à un coût d'environ 5000 $ par cycle.

Dès ses débuts, le programme a été controversé. Les médecins affirmaient que le gouvernement sous-estimait les coûts et la demande.

« Au départ, nous étions critiques, non pas sur la mise en place du programme, parce qu'il y a des circonstances médicales qui entraînent l'infertilité, et l'assurance maladie est faite pour traiter les problèmes médicaux. Mais on était critiques parce que c'était fait beaucoup trop vite », soutient Gaétan Barrette.

Il soutient que le programme a favorisé « un exode » des gynécologues de l'hôpital vers les cliniques privées, où ils gagnent de plus gros montants et jouissent d'une pratique plus confortable, en évitant par exemple les gardes de nuit. Il faudrait, selon le président de la FMSQ, instaurer un guichet unique qui dirigerait les patients vers l'hôpital en premier lieu.

Des critères à définir

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Réjean Hébert, a récemment mis en place une commission qui doit se pencher sur les différents enjeux soulevés par les activités de procréation assistée et sur la pertinence du programme.

Le président de la FMSQ est totalement d'accord. Il estime que le programme devrait être réservé aux personnes « qui ont un problème d'infertilité médicalement démontré ».

La clientèle des cliniques ne se compose pas uniquement de couples hétérosexuels, mais aussi de femmes célibataires et de couples de lesbiennes qui n'ont, a priori, aucun problème d'infertilité.

Le président de la FMSQ souligne que les femmes célibataires et les homosexuelles pourraient avoir recours à l'insémination artificielle, dont les coûts sont considérablement moins élevés, mais qui n'est pas remboursée par Québec. Gaétan Barrette pense qu'il est grand temps d'imposer des balises au programme. « Ce n'est pas une erreur de l'avoir mis en place, c'est une erreur de l'avoir mis en place de cette façon-là », soutient-il.

En plus de l'accessibilité, M. Barrette propose notamment de revoir le nombre de cycles remboursés et l'âge maximal des futures mères.

D'après les informations de Benoît Giasson