NOUVELLES

Sainte Carmen : la parole aux laissés-pour-compte

03/05/2013 10:46 EDT | Actualisé 03/07/2013 05:12 EDT

En créant en 1976 le personnage de Carmen, cette reine de la Main, Michel Tremblay a voulu donner une voix au « petit monde », aux marginaux. Même si le Red Light de la rue Saint-Laurent a disparu du paysage montréalais, le texte du Chant de Sainte Carmen de la Main, mis en scène par René Richard Cyr, trouve encore écho aujourd'hui.

C'est à Maude Guérin que le metteur en scène a confié le rôle de Carmen. La comédienne, qui jouait Pierrette Guérin dans le précédent théâtre musical du tandem Tremblay-Cyr, Belles-sœurs, voit en Carmen un personnage porteur d'espoir.

« C'est une femme qui m'émeut beaucoup, explique-t-elle. [Elle] est allée se recycler à Nashville, elle revient dans sa ville et elle a envie de présenter ce qu'elle a appris aux gens pour les aider à devenir heureux parce qu'elle les aime. »

Les gens de la Main ont aujourd'hui évacué le boulevard Saint-Laurent. Mais cet univers sombre, où les marginaux rencontrent les gens ordinaires, se retrouve dans toutes les grandes villes, ici et ailleurs.

« C'est une pièce pamphlétaire où beaucoup de choses sont revendiquées, poursuit la comédienne. René Richard voulait travailler au nom des gens qui habitent la Main. En 2013, ce boulevard est devenu autre chose. Beaucoup de gens ont été déplacés. C'est en quelque sorte un hommage qu'on leur rend. »

Trop jeune pour avoir connu le Red Light, Benoît McGinnis, qui joue le fier-à-bras Tooth Pick, a appris à connaître cette époque dans les textes de Michel Tremblay.

« Le propos [de la pièce] est encore très actuel, c'est ce qui est déstabilisant. Cette Main n'est plus du tout ce qu'elle était. Je ne l'ai pas vue, mais en même temps, je l'ai connue dans les récits de Tremblay. »

La faune éclectique de la Main est d'ailleurs très bien représentée par le chœur, composé de 14 voix, qui occupe une place importante dans ce théâtre musical.

« Le chœur, c'est les gens de la Main, des travestis, des prostituées, des voyous et des gens ordinaires, poursuit Maude Guérin. L'un ne va pas sans l'autre : le chœur a besoin de Carmen, et Carmen a besoin du chœur. »

Le chant de Sainte Carmen de la Main est présenté au Théâtre du Nouveau Monde du 30 avril au 25 mai et du 28 mai au 8  juin.

Un texte de Félix-Antoine Viens

PLUS:rc