POLITIQUE

Ottawa au front pour l'OACI, mais critiqué pour ses relations diplomatiques

02/05/2013 01:14 EDT | Actualisé 02/07/2013 05:12 EDT
AP
Canadian Minister of Foreign Affairs John Baird announces Canada is breaking diplomatic relations with Iran during an availability at the APEC Summit in Vladivostok, Russia, Friday, Sept. 7, 2012. Baird said Friday that the Canadian embassy in Tehran will close immediately and Iranian diplomats in Canada have been given five days to leave. He says he's worried about the safety of diplomats in Tehran following recent attacks on the British embassy there. He's also warning Canadians to avoid traveling to Iran. Baird says Iran is a state sponsor of terrorism and has been spreading anti-Semitic hatred. (AP Photo/The Canadian Press,Adrian Wyld )

OTTAWA - Ottawa prépare son offensive pour conserver le siège social de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) à Montréal, alors qu'il se fait accuser de l'avoir lui-même mis en péril en raison de sa politique étrangère.

Des sources anonymes ont confié au Globe and Mail que la proximité entre le Canada et Israël fâchait le monde arabe, désormais prêt à faire front commun pour ravir à Montréal le siège social de l'OACI.

Le Qatar a récemment demandé aux Nations unies que l'organisation chargée d'établir des règles internationales pour l'aviation déménage à Doha. D'autres pays arabes seraient derrière cette candidature et chercheraient à récolter l'appui de plus de nations.

Selon le gouvernement de Stephen Harper, il est cependant «ridicule» d'associer les critiques à l'égard de la politique étrangère canadienne et l'incertitude qui entoure l'avenir du siège social de l'OACI.

Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, assure que le Canada va se battre bec et ongles pour conserver l'OACI à Montréal, où elle est établie depuis 1947. La contre-attaque diplomatique aurait déjà commencé.

«J'ai déjà parlé à quelques dizaines de pays à travers le monde, de différentes régions, différents contextes, et nous sommes ravis de plaider en faveur de Montréal et du Canada», a signalé M. Baird avant la période de questions. Il a également parlé deux fois au premier ministre du Qatar la semaine dernière à ce sujet, qui n'avait pourtant pas été abordé lors d'une récente visite officielle.

«J'ai eu une bonne rencontre au Qatar il y a quelques semaines. Ils n'ont jamais soulevé la question. Évidemment, ils planifiaient cela depuis un certain temps», a soutenu M. Baird.

Le ministre a ajouté qu'il travaillait aussi sur le terrain avec les provinces et les municipalités. Vendredi, il sera aux côtés du ministre québécois des Relations internationales, Jean-François Lisée, et du maire du Montréal, Michael Applebaum, pour une conférence de presse conjointe affirmant leur «volonté commune» de retenir le siège de l'OACI dans la métropole québécoise.

Critiques

Plus tôt dans la journée, Rick Roth, un porte-parole du ministre Baird, avait affirmé par courriel que la façon dont les Qataris avaient agi dans ce dossier «démontre qu'ils ne sont pas des hôtes appropriés» pour une organisation des Nations unies.

Doha a offert un nouvel édifice pour l'organisation et promis de couvrir tous les coûts associés au déménagement.

«Le Qatar est un très petit pays avec de grandes richesses et offre beaucoup d'argent pour déménager ce quartier général à Doha. Nous ne pensons pas que ce genre de choses est à vendre», a ajouté M. Baird.

Les partis d'opposition aux Communes croient pour leur part que les façons de faire diplomatiques du gouvernement conservateur nuisent à la cause.

Le mois dernier, M. Baird s'est attiré les foudres de nations arabes lors d'un voyage au Moyen-Orient, alors qu'il a rencontré son homologue israélien dans son bureau de Jérusalem-Est, territoire revendiqué par les Palestiniens.

Selon le néo-démocrate Paul Dewar, le ministre Baird «isole» le Canada sur la scène internationale avec ce genre de geste.

«Cela aurait pu être évité. Ce que M. Baird a fait est qu'il a créé une ouverture pour le Qatar avec ses actions dans la région. Cela n'aurait jamais dû arriver», a-t-il insisté.

Le bloquiste Jean-François Fortin croit qu'il est difficile de ne pas faire le lien entre la politique étrangère d'Ottawa et l'avenir incertain de l'OACI à Montréal.

«Le Canada, particulièrement depuis 2006 avec la présence des conservateurs, a eu un comportement d'État voyou irresponsable, irrespectueux des normes internationales, des conventions internationales, et aussi du droit international.»

L'enjeu est de taille pour la métropole québécoise, pôle de l'aviation au pays, avec 534 employés au quartier général de l'OACI.

Pour gagner son pari, le Qatar devra récolter l'appui de 60 pour cent des 191 membres de l'organisation d'ici le vote prévu à l'automne.