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Le 1er mai sous le signe de l'austérité dans le monde

01/05/2013 05:27 EDT | Actualisé 01/07/2013 05:12 EDT

De l'Espagne à l'Italie, en passant par la Grèce, Chypre ou la France, la lutte contre l'austérité, le chômage et les inégalités ont été au cœur des manifestations du 1er mai dans les grandes villes du monde à l'occasion de la Journée internationale des travailleurs.

En Grèce, où la récession sévit depuis maintenant six ans, quelque 13 000 manifestants sont descendus dans les rues de Thessalonique et d'Athènes. Leur action était toutefois absente de l'univers médiatique lui-même en grève. Aucun bulletin d'information n'a ainsi été diffusé. Les transports en commun ont également observé une journée de grève tout comme des banques. Le secteur privé s'est toutefois abstenu de participer à la journée du 1er mai en Grèce.

« Le soulèvement des travailleurs de Chicago [le 1er mai 1886, qui a entraîné la création de la fête du Travail] montre la voie des luttes contre l'esclavage moderne », proclame un communiqué du syndicat des marins traditionnellement en grève tous les ans le 1er mai.

« Avec les mesures [d'économie budgétaire], les enfants handicapés en Grèce sont abandonnés, comme on le faisait dans la Sparte antique », avance un enseignant spécialisé pour les enfants handicapés, Iannis Papageorgiou.

Plusieurs affiches dans le centre d'Athènes proclamaient « le 1er mai, jour de mémoire et de lutte ». « Nous réclamons des conventions collectives, de l'emploi, de la croissance, des droits sociaux démocratiques », clamait l'une d'entre elles.

Des travailleurs migrants du Bangladesh, qui réclamaient leurs salaires impayés depuis plusieurs mois, ont également manifesté dans le Péloponnèse, où une fusillade a éclaté récemment faisant une trentaine de blessés parmi les manifestants.

« L'insécurité prévaut chez les jeunes, il n'y a aucune incitation à poursuivre ses études », a déclaré un étudiant de 21 ans, Yiorgos Tavoularis. Une professeure au secondaire abondait en ce sens : « [Margaret] Thatcher est arrivée en Grèce avec 20 ans de retard. Nous sommes tous les jours menacés de licenciement », notait Katérina. Elle faisait allusion à la loi adoptée le week-end dernier qui se traduira par le renvoi de 15 000 fonctionnaires d'ici à fin 2014.

En Espagne, où le chômage frappe 27 % de la population active des milliers de personnes ont pris la rue pour faire entendre leur mécontentement. « 6 200 000 chômeurs, non à l'austérité ! », « Plus de démocratie, moins d'austérité ! », pouvait-on lire sur les petites pancartes brandies dans la manifestation de Madrid.

En Italie, les manifestants se sont donné rendez-vous dans la région de la ville médiévale de Pérouse, durement éprouvée par le chômage.

En France, où le taux de chômage cause de plus en plus de colère, le Front national a ouvert le bal des manifestations du 1er mai. La chef du parti, Marine Le Pen, est allée déposer une gerbe de fleurs devant le monument de Jeanne-d'Arc avant de livrer un discours enflammé fustigeant la mondialisation. Mme Le Pen a le vent dans les voiles les sondages la plaçant en avance sur le président François Hollande. Elle accéderait à un deuxième tour si les élections présidentielles avaient lieu cette semaine avec 23 % d'appuis populaires.

Par ailleurs, les deux grandes centrales syndicales, la CGT et la CFDT, ont manifesté séparément, en raison de leurs divergences quant au projet de loi sur la sécurisation de l'emploi.

Le Bangladesh touché au coeur

L'Asie a été la première à se réveiller sous les festivités du 1er mai. Elle a donné le coup d'envoi de l'événement souligné aux quatre coins de la planète. Au Bangladesh, les manifestations ont revêtu une signification particulière cette année, après la mort de plus de 400 ouvriers dans l'effondrement d'un immeuble abritant des ateliers de textile la semaine dernière.

Dans la capitale, Dacca, des dizaines de milliers de protestataires en colère ont réclamé justice mercredi pour ces travailleurs et ont demandé des conditions de travail plus sécuritaires. Les manifestants ont scandé « pendez les tueurs, pendez les propriétaires d'ateliers », tout en agitant des banderoles réclamant « la punition la plus sévère possible pour les responsables de cette tragédie ».

À Moscou, en Russie, des milliers de personnes ont marché à deux pas du Kremlin. Des défilés se sont également déroulés dans plusieurs autres pays d'Asie, notamment en Inde, en Corée du Sud et à Hong Kong.

En Indonésie, des dizaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues pour dénoncer les bas salaires et les conditions de travail liés à la sous-traitance.

Au Cambodge, les travailleurs ont marché vers le parlement pour demander une hausse du salaire minimum, à 150 $ par mois, dans les fabriques d'habillement.

Aux Philippines, quelque 55 000 personnes se sont rassemblées dans la capitale, selon la police, pour réclamer une meilleure répartition des richesses et des ressources.

Plus à l'est, à Istanbul, où les autorités turques avaient interdit tout rassemblement en raison de travaux de rénovation en cours dans le quartier de Besiktas, à 2 km de la place de Taksim, des heurts se sont produits entre la police antiémeute et des dizaines de manifestants, a rapporté un journaliste de l'AFP.

La police a utilisé des canons à eau et des grenades lacrymogènes, tandis que des manifestants réunis à l'appel des syndicats et des partis de gauche ont riposté par des jets de pierre en criant « mort au fascisme » et « longue vie au 1er mai ».

Plusieurs personnes, dont un photographe de l'AFP et deux policiers, ont été blessées dans les affrontements. Des heurts ont été signalés dans trois quartiers menant à Taksim, mais la fête du Travail a été célébrée sans incident dans au moins deux autres places de la mégapole turque.

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