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Zampino a exigé 100 000 $ de Roche en 2001, dit Gilles Cloutier

30/04/2013 05:17 EDT | Actualisé 30/06/2013 05:12 EDT

L'ex-vice-président au développement des affaires de Roche, Gilles Cloutier, a affirmé à la commission Charbonneau que Frank Zampino lui a demandé une somme de 100 000 $ comptant pour la caisse électorale d'Union Montréal au printemps 2001. Roche a bel et bien versé l'argent. 

Un texte de François Messier

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M. Cloutier a raconté qu'il était entré en contact avec M. Zampino après que Gérald Tremblay lui eut demandé de donner « un coup de main » pour l'élection de novembre 2001, à l'occasion d'une soirée de financement organisée au profit du député libéral Michel Bissonnet.

M. Zampino, qui était maire de Saint-Léonard, mais déjà pressenti pour être le bras droit de Gérald Tremblay, à titre de président du comité exécutif de la Ville de Montréal, était également présent à cette activité de financement.

Gilles Cloutier dit avoir répondu au maire Tremblay qu'il l'aiderait bel et bien. « Il m'a dit que Frank me rappellerait », a raconté le témoin.

Peu après, Frank Zampino le convoque dans son bureau à l'hôtel de ville de Saint-Léonard. « Il dit : "ça nous prendrait de ta firme 100 000 $". [...] J'ai dit : "Frank, je m'attendais à une affaire de 25 000 $... 100 000 $, je dois me le faire approuver par Québec" ».

Gilles Cloutier dit avoir demandé à Frank Zampino quelles étaient les autres firmes qui allaient être sollicitées. « Il avait déjà une liste de prête. Il m'a montré CIMA, BPR, Genivar, SNC-Lavalin [...] Dessau était dedans aussi. »

« J'ai dit : Frank à Montréal, c'est toujours Dessau, à 70 % », a relaté l'ex-vice-président de Roche. « J'ai dit : "ça vas-tu continuer, on vas-tu avoir des miettes?" »

« Il avait justement des feuilles de pointage de comités de sélection dans les mains. Il m'en a montré une en me disant : "des fois, votre compagnie, Roche, n'a pas les notes pour passer. Je ne peux pas vous donner la job" ».

La procureure en chef Sonia Lebel a alors demandé au témoin ce que l'argent pouvait changer à cet état de fait. « Je ne sais pas. Ça allait peut-être aider », a dit Gilles Cloutier. « Il m'a dit "continue de soumissionner, et tu vas en avoir des jobs", Ça voulait dire qu'il s'occupait par le comité de sélection ou par d'autres moyens qu'il avait de nous donner de l'ouvrage. »

Marc-Yvan Côté donne le feu vert

Gilles Cloutier dit avoir répondu à Frank Zampino qu'étant donné l'ampleur de la demande, il devait vérifier ça auprès de son patron chez Roche, l'ex-ministre libéral Marc-Yvan Côté. Ce dernier, dit-il, « a fait le saut » lorsqu'il a appris l'affaire. « Il trouvait que c'était trop ».

Quelques jours plus tard, une rencontre entre MM. Cloutier, Côté et Zampino est organisée dans le bureau de ce dernier à l'hôtel de ville de Saint-Léonard. Le maire de Saint-Léonard répète alors à Marc-Yvan Côté tout ce qu'il avait dit à Gilles Cloutier, « mot à mot ».

« On est sortis de là la tête basse un peu les deux. [Côté] trouvait que c'était trop haut. Il m'a dit : « je vais parler au président de la compagnie, qui était Mario Martel. Je vais parler avec d'autres à Québec et je vais te revenir avec ça au téléphone. Qautre, cinq jours, une semaine plus tard, il m'a dit : « on y va. »

Gilles Cloutier informe alors Marc-Yvan Côté qu'un « acompte » de 25 000 $ doit être versé sur-le-champ. Roche étant incapable d'avancer la somme, Gilles Cloutier retire l'argent d'un de ses comptes de banque, en attendant que Roche ne le rembourse par chèque.

L'ex-vice-président de Roche dit être allé remettre l'argent à un homme que Frank Zampino lui avait présenté comme « un de ses ex-conseillers de son équipe » lors de cette première rencontre, « un Italien au nom bizarre ».

Gilles Cloutier n'a pu nommer cet intermédiaire, mais a assuré l'avoir identifié sur des images qu'il a vues récemment lors du Téléjournal. Il dit avoir identifié l'homme en question en présence de l'enquêteur de la commission Érick Roy. 

Selon Gilles Cloutier, les trois autres paiements de 25 000 $ ont été effectués ultérieurement par le directeur de Roche à Montréal, Yves Lortie. « Il m'a dit : "c'est moi qui va s'occuper de la balance du dossier" », a relaté Gilles Cloutier.

Frank Zampino, dire encore le témoin, « appelait souvent pour avoir son argent ». Il disait que « c'était long d'avoir la balance ».

Un contrat pour « contenter » Roche

Un an après qu'Union Montréal ait pris le pouvoir dans la métropole, Roche déchante : la Ville ne lui accorde pas de contrats, de sorte que la direction de Roche est mécontente. Marc-Yvan Côté demande à Gilles Cloutier une rencontre avec le maire Tremblay. Gilles Cloutier organise la rencontre, à laquelle il sera présent, tout comme MM. Côté et Lortie. 

« Là, Zampino, on l'a accoté au mur, on a accoté M. Tremblay au mur en disant : "écoutez, donnez-nous de l'ouvrage, on a payé pour ça" », ont-ils dit. Frank Zampino, à qui le maire avait demandé de se joindre à la conversation, a alors répondu: « vous allez avoir des nouvelles dans les prochains jours ».

Selon Gilles Cloutier, Évimbec, une filiale de Roche qui faisait de l'évaluation municipale dans les villes et les MRC, a obtenu peu après « un gros contrat d'évaluation municipale à Montréal ». Mais « on n'a eu rien dans le génie », a-t-il précisé. 

Lorsque la procureure Lebel a demandé au témoin s'il avait évoqué l'histoire des 100 000 $ au maire Tremblay, il a répondu : « J'ai été prudent. Je n'ai pas mentionné un sou devant lui. Je n'ai jamais dit que Frank Zampino m'avait demandé 100 000 $. [...] J'ai dit : "on a aidé pour la campagne financièrement" ».

L'ex-VP de Roche affirme en outre avoir dit à deux reprises au maire Tremblay, en 2004 ou en 2005, de se débarrasser de Bernard Trépanier. Il a expliqué à la commission qu'il soupçonnait l'ex-solliciteur d'Union Montréal de mettre de l'argent dans ses poches.

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