NOUVELLES

Un tribunal européen condamne l'Ukraine pour la détention de Timochenko

30/04/2013 04:00 EDT | Actualisé 29/06/2013 05:12 EDT

La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a décrété mardi que la détention depuis 2011 de l'ancienne première ministre ukrainienne, Ioulia Timochenko, est arbitraire et illégale. La Cour a ainsi donné raison à l'égérie de la Révolution orange.

L'Union européenne a de son côté appelé mardi les autorités ukrainiennes à reconsidérer la situation de l'opposante politique.

Depuis sa cellule, Mme Timochenko s'est dite « heureuse » de cette décision, estimant que la CEDH l'avait « de fait reconnue comme prisonnière politique », et qu'elle se sentait « déjà moralement libre ».

Son avocat, Sergui Vlassenko, a appelé le président ukrainien Viktor Ianoukovitch à libérer « immédiatement » sa cliente. La fille de Mme Timochenko, Evguénia, très impliquée dans le combat pour faire libérer sa mère, voit dans ce jugement un premier pas « vers sa réhabilitation politique totale et sa libération immédiate ».

Décision de la Cour

Les juges européens ont estimé que la détention provisoire de l'ancienne première ministre avait été arbitraire, car ordonnée « pour une période indéterminée », et alors que Mme Timochenko n'avait pas contrevenu aux mesures de contrôle judiciaire qui lui étaient imposées. En outre, l'opposante n'a pas eu la possibilité de contester en justice la légalité de sa détention, a relevé la Cour.

Surtout, elle a relevé que l'incarcération de celle « qui dirigeait l'un des principaux partis d'opposition » n'avait pas été motivée par le risque de la voir se soustraire à l'autorité judiciaire, mais par « d'autres motifs ».

« De nombreux observateurs en Ukraine et à l'étranger [...] ont considéré que ces événements s'inscrivaient dans le cadre de la persécution à caractère politique des leaders de l'opposition en Ukraine », ont noté les juges à ce propos.

Mme Timochenko, ancienne chef de file de la Révolution orange de 2004, a été condamnée en 2011 à sept ans de prison pour abus de pouvoir.

La décision annoncée mardi n'est pas définitive : les deux parties ont trois mois pour demander un nouvel examen de l'affaire à la CEDH.

Un précédent jugement de la Cour européenne, concernant l'arrestation en 2010 d'un proche de Mme Timochenko, l'ancien ministre Iouri Loutsenko, a permis sa libération le 7 avril dernier. Kiev a cependant prévenu que la situation de l'ancien ministre n'avait rien de commun avec celle de Madame Timochenko, puisque celle-ci doit encore être jugée pour fraude fiscale et pour complicité d'assassinat d'un député en 1996.

L'avocat de l'ex-première ministre, estime qu'il est difficile de se prononcer sur la manière dont les autorités à Kiev réagiront à ce jugement.

« Le président Viktor Ianoukovitch a peur de Mme Timochenko car elle est la seule personnalité politique susceptible de le battre dans n'importe quelle élection. C'est pour cela qu'elle est en prison! », a décrété l'avocat.

Les poursuites à l'encontre de l'ancienne chef de gouvernement ont provoqué une grave crise entre l'Ukraine et l'Union européenne, qui voit des motivations politiques dans ces affaires et demande la libération de l'opposante

PLUS:rc