POLITIQUE

Un spécialiste des élections clés en main au service du PLQ

30/04/2013 01:37 EDT | Actualisé 29/06/2013 05:12 EDT
CP

Vieux routier de la politique et champion des élections clés en main, Gilles Cloutier a soutenu devant la commission Charbonneau avoir travaillé à l'élection du député libéral Guy Ouellette dans Chomedey en 2007 à la demande de l'ex-ministre Michelle Courchesne, alors qu'il était employé  chez Dessau.

Un texte de Bernard Leduc

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M. Cloutier soutient que Mme Courchesne, alors responsable du PLQ pour la campagne électorale dans les cinq circonscriptions de Laval, a demandé à la firme de génie-conseil de lui prêter ses services pour la circonscription de Chomedey.

« Dessau, poursuit-il, a fourni les sous, m'a prêté avec mon salaire, mes dépenses durant la période ».

Gilles Cloutier dit avoir fait le début de la campagne seulement, M. Ouellette l'ayant remercié dès que le bureau de Mme Courchesne a appris du Bureau de la concurrence qu'il était dans leur mire pour avoir fait de la collusion dans des contrats de déneigement.

« M. Ouellette qui était un ancien policier, explique M. Cloutier, lorsqu'il a appris ça il est devenu tout à l'envers. Il est arrivé au comité rapidement et sans me dire pourquoi, il m'a dit :'' donne-moi les clés, donne-moi tout ce qui est dans le système, laisse ce qui appartient à l'équipe Ouelette, prend tes affaires personnelles puis tu sors immédiatement'' ».

M. Ouellette a refusé alors de donner ses raisons, qu'il apprendra de la bouche du directeur de cabinet de la ministre.

M. Cloutier précise qu'une enquête a eu lieu qui n'a pas abouti. Mais il convient qu'il a effectivement été condamné dans une affaire du même genre au début des années 2000 et qu'il a écopé d'une amende de plus de 1,3  million de dollars : « j'étais le chef du cartel de tous les gros contracteurs à Montréal dans le déneigement ».

La facture a été divisée entre les huit membres du cartel. Il dit qu'il se rend encore au palais de justice tous les mois pour faire ces paiements.

Courchesne et Ouellette réagissent

L'ex-ministre libérale Michelle Courchesne, qui n'entend pas accorder d'entrevue, a fait savoir à Radio-Canada qu'elle n'a pas « recommandé » M. Cloutier. Elle dit qu'elle ne s'est pas opposée à ce qu'il travaille pour la campagne, mais qu'elle aurait ajouté : « Méfiez-vous et surveillez-le ».

Le député libéral Guy Ouellette a de son côté réagi brièvement aux allégations de M. Cloutier:

« Quand M. Charest est venu me présenter comme candidat dans Chomedey, on m'a référé à un organisateur de campagne qui n'a été à mon emploi qu'une douzaine de jours. Quand des informations me sont parvenues en regard avec cet organisateur de campagne, j'en ai référé aux autorités compétentes, et quant au reste, je pense que c'est du ressort de la commission Charbonneau de faire la lumière sur les tenants et les aboutissants ».

Gilles Cloutier a aussi dit qu'il avait travaillé pour Michelle Courchesne lorsqu'elle a brigué les suffrages au municipal, à Laval, en 1981.

De l'argent illégal pour le non en 1995

Lors du référendum de 1995, Gilles Cloutier a coordonné les activités du camp du non pour la région Laurentides-Lanaudière, ce qui correspond, explique-t-il, à 35 circonscriptions.

Il soutient avoir alors dépensé des milliers de dollars, non déclarés, pour installer dans chaque circonscription des panneaux de publicité du camp du non.

« J'ai fait passer ça par une compagnie d'enseignes et je trouvais des amis qui étaient en affaires et le compte allait là. Fait que c'était eux autres qui payaient. Ceux qui étaient bien partisans du non, ils payaient les affiches et les installations », a-t-il expliqué, ajoutant que l'agent officiel du camp du non n'en a, bien sûr, rien su.

M. Cloutier dit qu'après trois ans, la loi de 1977 de René Lévesque sur le financement politique était déjouée avec le recours aux prête-noms.

Il estime entre 5 % à 10 % la part réelle du financement populaire au municipal, le reste venant des firmes de génie et d'entrepreneurs. Au provincial, il évalue entre 10  % et 20  % ce financement populaire au PLQ et croit qu'au PQ, le financement populaire était plus élevé, autour de 30  %.

Cette allégation sur le Parti québécois a fait réagir le ministre responsable des Institutions démocratiques, Bernard Drainville.

« Je me méfierais de ce chiffre-là, venant d'un collecteur libéral », a dit M. Drainville « Et ce que je dis, c'est que M. Cloutier admet qu'il a lui-même contribué au financement illégal, c'est un aveu de sa part, et moi je me fie sur les aveux qu'il a faits concernant le financement du PLQ ».

Un curriculum impressionnant

Gilles Cloutier a commencé à faire de l'organisation politique sous Maurice Duplessis, dans les années 1950. Lorsque l'Union nationale reprend le pouvoir en 1966, il travaille au ministère de la Voirie, mais poursuit son travail d'organisateur politique sur la Couronne Nord de Montréal.

M. Cloutier est par la suite auprès des libéraux provinciaux. Il travaille notamment pour le congrès de Robert Bourassa en 1983, aux frais de son employeur de l'époque, TQM, à la demande de Marc-Yvan Côté qu'il retrouvera chez Roche en 1995.

En 1986, il est chez Samson Bélair pour qui il décroche des mandats grâce à ses contacts politiques. Il passe ensuite à la CIQ comme vice-président de la direction du service à la clientèle pour l'ouest du Québec, ce qui lui permet d'élargir encore son réseau de contacts.

Il est ensuite vice-président au développement des affaires de la firme de génie-conseil Roche de 1995 à 2005, puis occupe un poste similaire chez Dessau de 2006 à 2009.