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Conflit israélo-palestinien : une concession de taille des pays arabes

30/04/2013 03:49 EDT | Actualisé 29/06/2013 05:12 EDT

Les pays arabes ont accepté le principe d'un échange de territoires entre Israël et les Palestiniens, a révélé mardi le secrétaire d'État américain, John Kerry, à l'issue d'une rencontre avec quelques ministres arabes des Affaires étrangères.

Cette décision importante de la Ligue arabe sur la question palestinienne, une concession de taille, est pourtant passée sous silence. Ce n'est qu'après la rencontre des ministres arabes avec M. Kerry que la décision a été divulguée.

La dernière proposition arabe pour la paix au Proche-Orient remonte à 2002. Cette année-là, l'Arabie saoudite proposait à Israël une normalisation des relations avec les pays arabes en échange de son retrait des territoires occupés depuis juin 1967, de la création d'un État palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale et d'un règlement « équitable et agréé » de la question des réfugiés palestiniens fondé sur la résolution 194 de l'Assemblée générale de l'ONU.

M. Kerry n'a pas tari d'éloges envers cette inflexion des pays arabes.

« Contrairement à la proposition d'origine [2002] qui ne parlait que des lignes de 1967 et de rien d'autre, ils [les pays arabes, NDLR] ont déclaré [lundi] qu'ils étaient prêts à accepter les frontières de 1967 avec des ajustements reflétant un accord mutuel sur des échanges de territoires », a expliqué le chef de la diplomatie américaine.

« C'est un très grand pas en avant », s'est félicité M. Kerry. « Je pense que c'est significatif », a-t-il insisté.

Le premier ministre et chef de la diplomatie du Qatar, Hamad ben Jassem ben Jabr Al-Thani, dont le pays préside le comité de suivi d'une initiative de paix arabe, a dit être favorable à un « échange mineur de territoires comparables et mutuellement accepté ».

Les précédentes négociations sur les frontières portaient déjà sur l'échange de territoires, qui permettrait à Israël de conserver les blocs de colonies les plus peuplés. Les Palestiniens et la Ligue arabe exigeaient qu'elles se fondent sur les lignes d'avant la guerre de 1967, une référence catégoriquement exclue par Israël.

« Si les Palestiniens et les Israéliens parviennent à un accord final, alors les 22 pays arabes et les 57 pays musulmans membres de l'Organisation de la coopération islamique seront tous d'accord : ils considéreraient que le conflit serait terminé, ils poseraient les bases d'une normalisation des relations avec Israël, ils lanceraient des négociations de paix avec Israël et ils apporteraient la sécurité pour tous les États de la région », a espéré John Kerry.

« Une étape importante » qui réjouit Tzipi Livni

L'annonce de la Ligue arabe et de M. Kerry a été accueillie favorablement par les Israéliens.

« Il s'agit certainement d'une étape importante et je m'en réjouis », a déclaré la ministre israélienne de la Justice, Tzipi Livni, chargée du dossier des négociations avec les Palestiniens.

« Nous sommes prêts à des changements, quelque chose qui permettra aux Palestiniens, je l'espère, de revenir à la table [des négociations] et de faire les compromis nécessaires », a ajouté Mme Livni.

« Cela envoie aussi un message aux citoyens israéliens : nous ne parlons plus seulement aux Palestiniens, il y a un groupe de pays arabes qui disent: "Si vous parvenez à un accord avec les Palestiniens, nous ferons la paix avec vous, nous normaliserons les relations" », a-elle souligné.

Rien de nouveau pour les Palestiniens

Le négociateur en chef palestinien, Saëb Erakat, a estimé que cette annonce « n'est pas quelque chose de nouveau » et qu'elle reflète « la position officielle palestinienne ».

« En échange de l'acceptation sans équivoque par Israël de la solution à deux États sur la frontière de 1967, l'État de Palestine en tant qu'État souverain pourrait envisager dans le cadre d'un accord des modifications frontalières mineures égales en superficie et en qualité, dans la même zone géographique, et qui ne porteraient pas préjudice aux intérêts palestiniens », a rappelé M. Erakat.

Une déclaration nuancée qui ajoute un bémol à l'enthousiasme de M. Kerry et de ses invités arabes à Washington.

Dans des documents de mai 2010 exposant sa « vision » de la paix, à l'intention d'Israël et des États-Unis, la partie palestinienne réaffirmait être « prête à envisager des modifications mineures de la frontière sur la base d'échange de territoires au ratio de 1 pour 1, de même taille et valeur, dans la même zone géographique ».

Elle excluait « toute discussion sur les échanges de territoires qui prennent pour référence les "blocs de colonies" », disant vouloir « discuter des possibles échanges colonie par colonie ».

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