DIVERTISSEMENT

Cargo culte: power trio hip-rock aux Katacombes de Montréal

30/04/2013 09:27 EDT | Actualisé 30/06/2013 05:12 EDT
Jean-François Cyr

MONTRÉAL – Sur la couverture de l’album du nouveau power trio québécois Cargo Culte intitulé Les temps modernes, des caisses de bois estampées «CC» sont parachutées du ciel. Pourtant, ce n’est pas un hasard si le claviériste Alex Mc Mahon (Plaster, Catherine Major, Yann Perreau), le chanteur Éric Brouseau (ancien membre de Gatineau aussi connu pour son travail sous le pseudonyme de DJ Seba) et le bassiste Jean-François Lemieux (Jean Leloup, Daniel Bélanger, Pascale Picard, Les Jedi Electro et bien d’autres) se sont réunis: ces artistes établis manifestent tous les trois un faible pour le hip-hop.

«Reste dans la lumière», est le clin d’œil envoyé au chanteur par Mc Mahon (il se débrouille également très bien avec les baguettes sur ce disque) et Lemieux quand Brousseau se laissait trop transporter en studio par leur énergique musique, qui allie à la fois le rock et le rap des années 1980 et 1990.

«Éric a gardé un peu le côté sombre et à fond de son époque avec Gatineau», raconte en souriant Alex Mc Mahon.

«Disons qu’on pouvait l’échapper quelques minutes avant qu’il revienne avec nous deux dans quelque chose de moins intense», renchérit Jean-François Lemieux avec complicité.

«C’est vrai que j’avais tendance à plonger dans les atmosphères de mes textes. J’ai toujours l’impression de ne pas en donner assez. Grâce à eux, j’ai appris à nuancer un peu mon approche. Rage Against The Machine, oui, mais pas tout le temps…»

Il y a aussi quelque part une touche de punk (on effleure notamment des groupes comme Nirvana)», poursuit celui qui a écrit les paroles. Je pense aussi aux Beastie Boys. C’est évident que, pour nous, c’est une source d’inspiration incontournable.»

Dans la foulée viendra aussi des rapprochements avec le travail de Loco Locass, dont le phrasé et l’utilisation de certaines couleurs locales québécoises peuvent ressembler quelque peu au joual poétique d’Éric Brouseau. Or, ici s’arrête les comparaisons avec l’autre trio de rappeurs montréalais, puisque Cargo Culte donne davantage dans le mordant musical rock avec une basse à plein régime (Watch out on t’watche! ou encore le groove de Le chien de madame) et une batterie qui frappe la cadence (La bandaison).

Un beat positif

«Le moral des troupes a toujours été très bon», explique Mc Mahon. «Que ce soit pendant ou après l’enregistrement (été 2012), qui a été fait en quasi-totalité dans le studio [L Gros Montréal], que je partage avec Jean-Phi [Goncalves]. Une nouvelle amitié est née. On se connaissait avant ce projet, mais l’envie de faire un son comme ça, assez unique au Québec, nous a définitivement rapprochés. Il n’y avait pas beaucoup d’égo en studio. On trouvait les beats assez vite. Le vrai défi était de garder une énergie générale positive malgré l’intensité et la hargne des compositions.»

Bref, un carré de sable musical hautement fréquenté ces dix dernières années, mais dans lequel trois habiles garçons se sont plu à ajouter leur propre sauce old school-rentre-dedans peu revendiquée chez nous. D’autant plus originale que cette partie de plaisir a le mérite d’être rehaussée par une plume réfléchie, en français de surcroit, ce qui n’est pas toujours chose facile avec le genre. Au chant, le tout est aussi assez bien livré.

Bon, il y a bien quelques bémols comme ce bruitage plus ou moins nécessaire à certains endroits (issus de la programmation faite par Lemieux et McMahon). La voix un peu nasillarde et agressive de Brousseau peu, par ailleurs, agacer à l’occasion une oreille sensible.

Pour le reste, la mélodie tempère de belle façon la fougue hip-rock de ces messieurs qui, franchement, ne sont que de sympathiques durs à cuire.

Le disque sera en magasin le 30 avril.

Un spectacle-lancement aura également lieu le même jour aux Katacombes de Montréal.