SANTÉ - Pour l'Organisation mondiale de la santé, c'est l'un des virus de la grippe "les plus mortels". Plus de 100 personnes infectées, 20% de morts, c'est certes moins que le virus H5N1 qui a tué 60% des 370 personnes qui l'ont contracté, mais cette mortalité jusqu'ici plus faible ne devrait pas éluder une autre réalité. "Nous pensons que ce virus (le H7N9) est plus facilement transmissible à l'homme que le H5N1," a déclaré Keiji Fukuda (OMS) qui parlait mercredi 24 avril d'un virus "inhabituellement dangereux".

La grande crainte des scientifiques? Une éventuelle mutation de la souche qui le rendrait cette fois directement transmissible d'homme à homme. Plusieurs signes les inquiètent, à commencer par ce qu'ils appellent des "foyers familiaux"; à Pékin, trois familles comptant plus d'un membre infectés par le virus ont été identifiées. Le virus aurait-il muté? Selon une étude chinoise publiée par The Lancet le jeudi 25 avril, ce ne serait pour l'instant pas le cas mais l'analyse génétique de la souche a révélé qu'il avait développé certaines des caractéristiques d'adaptation aux mammifères.

Pékin, Shanghai, au total quatre provinces chinoises ont été touchées par des contaminations aujourd'hui concernées. Mercredi 24 avril, un nouveau cas a été identifiée, en dehors de Chine cette fois-ci, à Taïwan. À l'image d'autres virus comme la grippe aviaire H5N1 en 2009, mais aussi de la grippe espagnole de 1918 ou encore des épidémies de 1956- 58 et 1968, c'est donc bien en Chine que tout semble avoir commencé. Alors pourquoi toujours la Chine?

Fortes densités d'hommes et d'animaux

"Le pays rassemble plusieurs facteurs favorisant l'émergence de nouvelles souches du virus de la grippe," explique au HuffPost, Sylvie van der Werf qui dirige l'unité de Génétique moléculaires des virus à ARN de l'Institut Pasteur et coordonne PREDEMICS, le projet européen sur les virus émergents. Les fortes densités humaines et animales dans certaines régions de Chine favorisent un brassage des différents virus grippaux.

D'autant plus que la Chine dénombre près de 5 milliards de volailles, 70% de la population mondiale de canards mais aussi des porcs que les Chinois consomment en masse, au point que la République populaire de Chine concentre la moitié de la population porcine mondiale. Or, ceux-ci ont la particularité de pouvoir être infectés par des virus d'origine aviaire comme d'origine humaine.

"Tous les ingrédients sont réunis pour que les matériels génétiques de différents virus s'échangent, c'est cette combinaison d'éléments qui va rendre certains virus transmissibles à l'homme." C'est ce qu'on a vu en 2009 avec la grippe A(H1N1), dont l'origine supposée ne se trouverait cette fois-ci pas en Chine mais au Mexique.

Publiée sur le site de la très sérieuse revue scientifique Nature, une analyse cartographique de l'identification des cas de transmission du virus H7N9 montre bien qu'ils sont apparus dans les régions les plus denses en animaux et en être humains. En cause: les pratiques de d'élevage et de commercialisation des animaux où les contacts entre hommes et animaux sont fréquents. Les animaux sont par exemple vendus vivants sur les marchés ce qui multiplie le risque de concentration et de diffusion de l'infection. Jeudi 25 avril, l'étude publiée par The Lancet confirmait la possibilité d'une contamination par des volailles vivantes sur des marchés.

Un virus sournois

"L'une des difficultés par le virus H7N9 est qu'il n'est pas particulièrement pathogène chez les oiseaux," rappelle Sylvie van der Werf. En d'autres termes, de nombreuses volailles peuvent être contaminées sans que cela se remarque, augmentant ainsi le risque de dissémination du virus aux pays voisins de la Chine.

Dernier risque à prendre en compte, la faune sauvage dont le rôle reste à déterminer. À l'heure actuelle, les migrations vont du sud vers les nord en Chine, rendant peu favorable une dissémination du virus vers l'Europe ou l'Afrique. Mais tout cela pourrait changer à l'automne lorsque le flux s'inversera. Quant au caractère cosmopolite de certaines villes chinoises, comme Shanghaï, il ne constitue pas un facteur d'émergence du virus, mais pourrait augmenter le risque de diffusion si toutefois, celui-ci muter pour se transmettre d'homme à homme.

"Pour l'instant, nous ne sommes pas en situation de démarrage de pandémie," relativise Sylvie van der Werf. "Les efforts portent sur l'identification des sources afin de réduire les possibilités d'infection humaine." À cet égard, les chercheurs souligne que les autorités chinoises ont été exemplaires. "Dans ce type de situation, on attend d'un État que les informations soient partagées rapidement et la source virale mise à disposition. C'est ce qui a été fait," a-t-elle conclu.