POLITIQUE

Sarkozy en conférence à Montréal : pourquoi ils ont (cher) payé pour entendre l'ex-président français

25/04/2013 01:50 EDT | Actualisé 25/04/2013 03:41 EDT
AFP

L’ex-président français Nicolas Sarkozy donnait ce jeudi midi une conférence au Palais des congrès de Montréal. Une causerie à laquelle la presse n’était vraiment pas conviée, et pour laquelle les participants ont dû débourser entre 225 $, pour les membres de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), et 795 $ pour ceux qui voulaient occuper l’une des 150 meilleures places et repartir avec une photo individuelle en compagnie de Sarkozy.

Malgré ces tarifs plutôt dispendieux, 750 personnes étaient attendues pour entendre l’ancien chef d’État discuter avec l’ex-ministre conservateur Michael Fortier de «l’état de l’économie mondiale», «des perspectives pour l’Europe» et «des nouveaux équilibres qui caractérisent la gouvernance mondiale», selon le programme annoncé sur le site web de la CCMM qui coorganise l’événement avec la banque RBC.

Parmi les convives, on retrouvait entre autres le ministre des Relations internationales, Jean-François Lisée (chargé de représenter le gouvernement du Québec, rapporte Le Journal de Montréal), l’ex-PM Jean Charest (que Nicolas Sarkozy avait décoré de la Légion d’honneur en 2009), de nombreux gens d’affaires ainsi que quelques particuliers venus à titre privé.

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Ils tweetent la conférence de Sarkozy

Guy Bertrand fait partie de ces quidams qui ont payé pour entendre Sarkozy. «C’est moins cher qu’une place en tribune pour assister à un match de foot», explique cet entrepreneur français à la retraite, de passage à Montréal où son fils vit depuis 10 ans. «Je ne serai pas venu de France pour le voir, mais je suis sûr qu’il a des choses intéressantes à dire», poursuit ce militant de l’UMP, convaincu qu’on reverra un jour l’autre «Nicolas sur le devant de la scène politique».

Aurélien Constantinescu a lui aussi payé de sa poche pour assister à la conférence. D’origine roumaine, ce Montréalais d’adoption n’a pas hésité à prendre un billet VIP «pour la photo» et «voir Sarkozy de plus près», indique l’ingénieur qui a vécu cinq ans en France. «C’est un prix correct pour un orateur de ce calibre», ajoute-t-il.

Les journalistes, persona non grata

La presse n’était pas la bienvenue à la conférence donnée jeudi à Montréal par Nicolas Sarkozy. Aucune accréditation n’a été accordée aux journalistes, «à la demande de l’orateur», avait précisé le service presse de la CCMM lorsque le Huffington Post Québec l’a sollicité début avril. Quant aux reporters qui étaient présents jeudi au 7e étage du Palais des congrès de Montréal, ils ont été priés de dégager le plancher avant le début de la causerie de Sarkozy, les agents de sécurité les conviant fermement à se diriger vers le 5e niveau, où rien ne se passait.

Une poignée d’entre eux ont tout de même réussi à s’introduire dans le Saint des Saints, tweetant au fur et à mesure les propos de l’ex-président.

Seule La Presse, qui est partenaire de l’événement, avait le droit de cité au 7e étage, avec un kiosque présentant La Presse Plus. La Presse appartient à Power Corporation, dont le fondateur, Paul Desmarais, est l’ « ami canadien » de Nicolas Sarkozy qui l’avait lui aussi décoré de la Légion d’honneur en 2008.

Christian Paire a lui été invité par un des partenaires de l’événement. Le directeur général du CHUM (Centre hospitalier de l'Université de Montréal) reconnaît qu’il «aurait réfléchi à deux fois» s’il avait dû acheter son billet d’entrée. «C’est pas donné, mais c’est le tarif pour voir des gens comme Blair, Clinton ou Sarkozy», observe ce Français d’origine, curieux d’entendre le point de vue de l’ancien chef d’État sur la situation économique mondiale, l’actualité récente ou le regain du terrorisme.

Également invité, par un client, Helmut Herold ignorait tout du prix de la conférence. «Ah oui…, 300 $..., quand même…» À titre personnel, cet Allemand se dit curieux de savoir ce que Sarkozy devient ou ce qu’il a à dire sur l’amitié franco-allemande. Mais, il avoue qu’il n’aurait pas été prêt à payer autant pour découvrir la vision du monde de l’ex-président. En tant que PDG de la filiale canadienne d’une compagnie allemande, il considère toutefois que sa présence peut avoir un intérêt pour son entreprise.

Pierre Malboeuf en est lui aussi convaincu. PDG de deux entreprises québécoises (Ipsum et TargHERTZ), il songe à investir le marché européen. Il voulait donc entendre Sarkozy sur l’économie, en espérant qu’il serait «plus loquace», étant donné le caractère privé de la conférence. Quant au prix d’entrée, il ne s’en souvient pas. «Ce qui est important, c’est le contenu. On verra après si ça valait le coup.»

Sarkozy affirme sa foi européenne

«L'euro survivra et l'Europe n'explosera pas», a notamment déclaré Nicolas Sarkozy lors de sa conférence, affirmant ainsi sa foi dans l'avenir de l'Union européenne.

L'Europe étant un continent qui s'est entre-déchiré dans le passé, l'Union européenne lui a apporté la paix, a-t-il expliqué en substance, selon un participant qui a accepté de rapporter ses déclarations à l'AFP sous couvert d'anonymat, la rencontre étant fermée aux médias.

L'ancien chef de l'Etat a ponctué son intervention de plusieurs formules chocs: «l'Europe c'est la paix», «l'euro est le coeur de l'Europe», «si l'euro échoue, l'Europe explose».

Interrogé sur les conséquences d'une éventuelle sortie d'un pays de la zone euro, M. Sarkozy l'a jugée improbable, car elle ne serait pas dans l'intérêt du ou des pays en question. «Leur dette est libellée en euros» donc la sortie de l'euro et la dévaluation de la monnaie nationale qui devrait suivre, rendraient la dette encore plus lourde», a-t-il expliqué.

Puis, «si on laisse tomber un pays, les marchés se demanderont quel est le suivant», a-t-il ajouté, avant de conclure: «l'euro est un tout, l'Europe est un tout».

Par ailleurs, l'ancien président, apparaissant en bonne forme, a dit qu'il lui fallait éviter deux écueils lors de son séjour au Québec: se mêler de la politique québécoise et canadienne et faire de la politique française. «Ce n'est pas que je n'en aie pas envie», a-t-il ajouté sur ce dernier point, dans un clin d'oeil à son auditoire.

Avec AFP

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