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L'assimilation des Autochtones, tout près de Montréal

25/04/2013 05:32 EDT | Actualisé 25/06/2013 05:12 EDT

Konwatsitsa Meloche est Mohawk. À la différence des témoins de la Commission vérité et réconciliation, elle n'est pas allée dans un pensionnat. Et pourtant, son histoire illustre une facette méconnue de l'assimiliation des Autochtones, celle des écoles de jour.

Un article d'Anne-Louise Despatie

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Au milieu du XXe siècle, toutes les communautés autochtones avaient au moins une école de jour qui suivait un programme similaire pour intégrer les enfants autochtones. De son école Kateri de Kahnawake qu'elle a fréquentée dans les années 60, Konwatsitsa garde de souvenirs douloureux, humiliants, teintés de la peur qu'elle avait au ventre.

« Les religieuses dénigraient notre culture mohawk. Il était interdit de parler notre langue. Nous étions humiliés. Certains recevaient des corrections et pas seulement à l'école, se rappelle-t-elle. On savait qu'il fallait marcher droit, sinon on allait y goûter. »

Une répétition de l'enfance de ses parents

À l'instar de ses parents, cette Autochtone d'une cinquantaine d'années a vécu l'assimilation. Pour elle, ses parents ont été brutalement dépouillés de leur identité et de leur culture. Sa mère, qui est allée dans un pensionnat, a été complètement endoctrinée par l'Église catholique, croit-elle. Et elle a transmis à ses enfants un sentiment de honte.

Son père aussi a été marqué par son enfance. « Il se souvient d'une religieuse qui l'avait poussé par terre pour lui montrer combien ses chaussures étaient sales et abîmées. Une fois par terre, elle lui a donné des coups de pied. Il devait avoir six ans tout au plus. »

Conférencière en estime de soi

Ancienne enseignante, Konwatsitsa donne maintenant des ateliers sur l'estime de soi. Elle dit qu'elle peut ainsi contribuer à redonner un sentiment de fierté aux membres des communautés autochtones. Mais elle dit recevoir encore beaucoup de préjugés de la part des Blancs, qu'ils soient d'origine anglaise ou française.

« Non seulement les Anglais me demandent pourquoi j'ai un nom français, mais les Français, eux, me disent : "Meloche, tu dois parler français?" ». Même son nom de famille lui semble étranger : « Je n'ai rien contre "Meloche", mais on nous l'a imposé ».

Il existe peu de données sur la fréquentation des écoles de jour dans différentes communautés autochtones. Jusqu'à la fin des années 70, elles étaient sous la responsabilité des congrégations religieuses. Même si ces écoles ne sont pas visées par la Convention de règlement des pensionnats, de plus en plus de victimes se manifestent.

Les écoles et les pensionnats, « deux systèmes parallèles »

Un des commissaires de la Commission vérité et réconciliation, le juge Murray Sinclair du Manitoba, estime que ces écoles de jour suivaient le même programme que les pensionnats. « Les deux avaient le même programme : enseigner aux enfants comment être des petits Canadiens, tout en dénigrant leur langue, leur culture d'origine. »

« Dans les écoles, on apprend que des enfants autochtones recevaient aussi des corrections brutales et subissaient les excès d'une discipline de fer. Au fond, il s'agit de deux systèmes parallèles qui traitent les enfants autochtones de la même manière durant les heures de classe », poursuit le président de la Commission vérité et réconciliation.

Celui qui a été le premier Autochtone nommé juge au Manitoba n'hésite pas à parler de plusieurs générations sacrifiées. Et même, plus récemment, alors que le réseau d'écoles publiques se développait dans les différentes provinces, les programmes ont continué à mépriser la culture des Autochtones, la dévalorisant aux yeux de l'ensemble des élèves canadiens.

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