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Pensionnats autochtones: la Commission de vérité et réconciliation à Montréal

24/04/2013 05:05 EDT | Actualisé 23/06/2013 05:12 EDT
Radio-Canada

Dans le cadre de sa tournée à travers le pays, la Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR) tiendra un événement national à Montréal du 24 au 27 avril. L'activité, qui est ouverte au grand public, vise à sensibiliser la population aux abus vécus pendant des années par les anciens élèves des pensionnats autochtones et aux conséquences dévastatrices sur leurs communautés.

Un article de Ximena Sampson

Des témoignages et rassemblements sont au programme, tout comme des cérémonies et des présentations culturelles. Des activités spéciales sont également prévues pour les groupes scolaires.

Depuis 2010, quatre événements semblables ont déjà eu lieu au Manitoba, dans les Territoires du Nord-Ouest, en Nouvelle-Écosse et en Saskatchewan, en plus d'audiences à plus petite échelle dans des dizaines de communautés de ces mêmes provinces et territoires.

Au Québec, quatre rencontres régionales ont déjà eu lieu à Maliotenam, La TuqueVal-d'Or et Chisasibi.

Deux autres événements nationaux sont prévus en Colombie-Britannique et en Alberta avant la fin des travaux de la commission, en juillet 2014.

Les commissaires ont pu entendre des témoignages déchirants d'anciens pensionnaires arrachés à leurs familles et à leur communauté, forcés d'oublier leur langue et leurs traditions, en plus d'être punis physiquement, battus et parfois violés.

Les pensionnats autochtones

Entre 1870 et 1996, environ 150 000 enfants autochtones ont été retirés à leurs familles et  envoyés dans des écoles chrétiennes dans le cadre d'une politique délibérée visant à « civiliser » les Premières Nations. Ces écoles étaient subventionnées par le gouvernement canadien et exploitées par des congrégations religieuses, qui avaient le mandat d'assimiler les pensionnaires et de leur faire oublier leur langue, leurs croyances, leur culture et leurs traditions.

L'objectif clairement affiché était d'éliminer la culture amérindienne.

Quelque 139 pensionnats autochtones ayant fonctionné au cours de ces années ont été recensés dans le cadre de la Convention de règlement, dont 12 au Québec. Les pensionnats étaient administrés par les Églises anglicane, catholique, presbytérienne, baptiste ou unie.

Souvent, les enfants étaient amenés loin de leur communauté et de leurs proches; frères et sœurs étaient séparés.

Quelque 30 000 enfants y auraient subi des agressions sexuelles ou physiques de la part des religieux des administrateurs des établissements ou de camarades.

Les effets de cette expérience dévastatrice sur les communautés autochtones ont été reconnus par le gouvernement canadien, qui a présenté ses excuses en 2008.

Le mandat de la commission

Au cours des années 1990, des milliers de survivants des pensionnats ont poursuivi Ottawa et les congrégations religieuses en charge des écoles pour les sévices qu'ils y ont subis. En 2007, une entente a finalement été conclue, qui offrait aux victimes des indemnisations totalisant 1,9 milliard de dollars et constituait la Commission vérité et réconciliation.

La commission est présidée par le juge Murray Sinclair, qui est lui-même d'origine autochtone.

Son but est d'établir la vérité sur les pensionnats indiens au Canada et d'encourager le rétablissement des relations brisées. Pour cela, elle va écouter d'anciens élèves et d'anciens dirigeants de ces écoles et élaborer un rapport avec des recommandations. Elle créera aussi un centre de documentation rassemblant les milliers de documents et de témoignages recueillis, afin de « créer un héritage » et sensibiliser le grand public à cette question. L'idée est d'amorcer un processus de guérison pour permettre aux autochtones de se réconcilier entre eux et avec les Blancs.

Premières recommandations

Un rapport intérimaire a été remis au gouvernement en février 2012. Les commissaires recommandent notamment de revoir la façon dont on enseigne l'histoire des pensionnats autochtones aux élèves canadiens, de créer un fonds pour revitaliser la culture autochtone au Canada et d'offrir des soins spécialisés en santé mentale aux survivants des pensionnats.

La Commission recommande également que les excuses officielles présentées par le gouvernement Harper aux peuples autochtones du Canada en juin 2008 soient affichées dans toutes les écoles secondaires canadiennes.

Les commissaires estiment qu'une commission n'est pas suffisante pour parvenir à la réconciliation avec les Premières Nations et que le gouvernement devrait reconnaître un statut unique aux Autochtones du pays.

Les indemnistations

En sus de la mise en place de la Commission de vérité et de réconciliation, dotée d'un budget de 60 millions de dollars, la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens prévoyait également une mesure de compensation économique pour les anciens élèves, le Paiement d'expérience commune (PEC). En échange, les victimes devaient renoncer aux poursuites judiciaires au civil et, donc, à la tenue d'un procès.

Le PEC donnait 10 000 $ aux personnes admissibles pour leur première année en pensionnat et 3000 $ pour chaque année additionnelle, sans égard aux sévices qu'elles auraient pu subir. Environ 80 000 personnes ont reçu une indemnisation moyenne de 19 525 $.

Le Processus d'évaluation indépendant (PEI) permet une indemnisation supplémentaire pour ceux qui auraient subi des sévices sexuels et physiques graves. Les victimes peuvent obtenir un montant allant jusqu'à 430 000 $. L'indemnisation moyenne est de 116 000 $.

Le Secrétariat d'adjudication des pensionnats indiens a traité plus de 30 000 déclarations jusqu'à maintenant et 16 000 sont encore en traitement.