Dans la série suédoise Real Humans, actuellement diffusée sur Arte, les humains vivent avec des hubots (contraction de human et robot), des androïdes sophistiqués qui ont l'apparence de l'homme. Ils leur ressemblent même tellement que les hommes s'y attachent au point de filer la frousse aux "vrais hommes", les real humans, qui craignent de voir le robot prendre la place de l'homme.

De la science fiction? Plus tellement. En témoigne cette étude dont les résultats seront présentés à Londres en juin 2013. D'après ses résultats, l'homme serait bien capable de sentiment pour les robots. L'information parait a priori inutile, mais ses implications sont nombreuses. Assistance aux personnes âgées ou handicapées, aide aux convalescents, les champs d'application de la robotique sont potentiellement nombreux. Mais une inconnue demeure, et elle est de taille. Comment les vrais humains réagiront-ils face à ces robots?

Répondre à cette question est important, l'une des principales barrières observées dans l'interaction entre l'homme et le robot étant d'ordre émotionnel. Dans l'état actuel de nos connaissances, l'expérience prouve que les humains ont quelques difficultés à exprimer, et cela peut se comprendre, leurs ressentis ou leurs besoins à des machines. Or en matière de réponse à une demande, communiquer est essentiel.

C'est donc pour mettre au point les meilleurs modèles émotionnels possibles que les ingénieurs ont besoin de savoir comment robots et hommes interagissent. D'où l'importance de ce type d'étude et de celles qui lui succéderont. Alors avoir des sentiments pour des robots, c'est possible? De iRobot, à AI de Steven Spielberg ou encore Metropolis de Fritz Lang, la science fiction a abondamment creusé ce sillon. Pour en avoir le coeur net, les chercheurs de l'Université de Duisbourg-Essen se sont livrés à deux expérience.

Choyés puis maltraités

Au cours de la première expérience, les psychosociologues Astrid Rosenthal-von der Pütten, Nicole Krämer et Matthias Brand, ont demandé à 40 participants de regarder un film. On y voyait un petit robot en forme de dinosaure traité avec beaucoup d'attention, puis avec force violence (voir la vidéo en bas de l'article). Alors qu'ils observaient la scène, impuissants, les scientifiques ont évalué à l'aide de questionnaires leur état psychologique. Les participants se sentaient évidemment moins bien mais aussi plus alertes après avoir vu les robots se faire maltraiter.

Au cours de la seconde expérience, les chercheurs ont fait à peu près la même chose, à quelques différences près: 14 participants ont cette fois-ci dû regarder trois films.

Les deux premiers montraient tour à tour un robot et un humain se faire choyer, puis maltraiter. Le troisième film enfin, montrait un objet inanimé auquel les mêmes traitements furent réservés. Mais à la différence de la première expérience, les chercheurs ont observé la réaction des participants à l'aide d'un IRM, afin de pouvoir observer ce qui se passait dans leur cerveau.

Les participants ont-ils eu plus d'empathie pour les hommes ou pour les robots? Réponse : les deux! Lorsqu'ils se faisaient choyer, humains et robots ont produit la même activité neurale. Quand ils se faisaient maltraiter cependant, les participants ont ressenti davantage d'empathie négative à l'égard des humains, ce qui se peut se comprendre.

La forme idéale

Peu importe que les robots soient des machines, le fait qu'il s'agisse d'objets animés semble introduire un processus d'identification très fort. Un résultat qui ouvre la voie à d'autres hypothèses. Ce sentiment sera-t-il plus fort si les robots en question sont anthropomorphes, à la manière des androïdes? En 2012, une équipe américaine s'était déjà posée la question.

Pour savoir de quoi il en retournait, ils avaient évalué le ressenti d'êtres humains devant différents robots. Mais la seule conclusion à laquelle ils sont parvenus est que les robots avaient été associés à des émotions plus ou moins différentes, en fonction de leur forme. Certains ont ainsi été perçus comme plus "consciencieux", d'autres plus "sympathiques", etc.

Ces conclusions laissent donc entrevoir qu'en fonction des tâches qu'ils devront accomplir ou des vrais humains auxquels ils s'adresseront, les robots verront leur forme s'adapter. Mais les robots, auront-ils des sentiments, eux? Certains ne font pas seulement que le croire, ils en sont même sûrs, à l'image du philosophe anglais Peter Singer. Selon lui, un jour viendra où il faudra même leur donner des droits. De la science fiction? Rien n'est moins sûr.

Voir l'une des vidéos de la première étude :