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«J'ai toujours eu une grande loyauté au maire» - Zampino

24/04/2013 09:23 EDT | Actualisé 24/06/2013 05:12 EDT
CEIC

Le témoignage de Frank Zampino devant la commission Charbonneau est terminé. L'ex-président du comité exécutif a été questionné par la procureure Sonia Lebel cet après-midi dans le dossier du Faubourg Contrecoeur, dans le cadre duquel il est accusé de fraude, de complot et d'abus de confiance. Cet interrogatoire s'est déroulé sous ordonnance de non-publication, tel que l'a demandé le Directeur des poursuites criminelles et pénales.

L'ex-maire de Montréal Gérald Tremblay sera jeudi matin devant la commission.

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

La fin de l'interrogatoire public de Me Lebel et le contre-interrogatoire de Me Denis Houle, l'avocat de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec, ont permis d'apprendre certaines nouvelles informations, notamment :

- que Rosaire Sauriol, ex-vice-président de Dessau, a tenté de convaincre Frank Zampino de briguer la mairie de Montréal lors des élections de 2009, dans la mesure où Gérald Tremblay ne se représentait pas;

- que Frank Zampino a bel et bien fait un voyage à Las Vegas avec l'entrepreneur en construction Tony Accurso en septembre 2006, alors que l'appel de qualification pour le contrat des compteurs d'eau était en cours. La commission a présenté des photos de ce voyage et d'un autre, que les deux hommes ont effectués avec l'ex-directeur général de la Ville Robert Abdallah en février 2006;

- que Frank Zampino nie avec véhémence s'être fait payer une cuisine de 250 000 $ par l'entrepreneur en construction Paolo Catania, comme l'avait affirmé l'automne dernier un ex-partenaires d'affaires de M. Catania, Elio Pagliarulo.

L'ex-bras droit du maire Gérald Tremblay aura cependant maintenu dur comme fer, jusqu'au bout, qu'il n'a jamais été au courant d'un quelconque stratagème de collusion ou de partage de contrats mis sur pied par des firmes de génie-conseil pour faire main basse sur les contrats de la Ville et voler les contribuables au passage.

Gérald Tremblay sera appelé à la barre jeudi. Son témoignage devrait clore en quelque sorte le volet stictement montréalais des travaux de la commission, qui est en cours depuis la mi-janvier.

Zampino, loyal au maire, mais courtisé pour lui succéder

Frank Zampino affirme être parti de son plein gré de la Ville de Montréal en mai 2008, mettant ainsi fin à 22 ans de vie politique, mais non sans une série de réflexions alimentées par ses amis Bernard Trépanier et Rosaire Sauriol.

L'ex-président du comité exécutif a ainsi fait état d'une rencontre, en janvier 2007, lors de laquelle ses amis Jean Battah d'Octane, Rosaire Sauriol de Dessau, Bernard Trépanier et Martial Fillion (SHDM) ont sondé son intérêt pour briguer la mairie en 2009, advenant le départ du maire Gérald Tremblay.

M. Zampino soutient n'avoir pas organisé cette rencontre et leur avoir répondu : « il n'en est pas question ».

« Moi j'ai toujours eu une grande loyauté au maire » — Frank Zampino.

M. Sauriol avait avoué à la commission avoir participé à un système de collusion entre firmes de génie sur des contrats de la Ville. M. Sauriol avait désigné M. Zampino comme le chef d'orchestre de la collusion, une allégation qualifiée de mensonge par ce dernier, qui dit cependant lui garder toute son amitié.

M. Zampino soutient avoir par la suite décidé en famille, fin 2007, de quitter la Ville, avant de confier la chose à son ami Rosaire Sauriol début 2008.

« Sauriol m'a dit : Frank, tu fais erreur, tu devrais au moins terminer ton mandat. » — Frank Zampino.

Le maire en sera informé en mai. Ce dernier aurait alors exprimé une « grande déception sur ma décision ».

Frank Zampino soutient que si son ami Rosaire Sauriol a su avant son départ qu'il voulait aller dans le secteur privé, ni l'un ni l'autre n'ont parlé de son éventuel passage chez Dessau, où il sera finalement embauché à l'automne 2008 et entrera en fonction en janvier suivant.

M. Zampino sera aussi approché en mai, dès son départ de la ville, par Paolo Catania pour qu'il dirige une de ses entreprises, une proposition qui ne l'a pas intéressé. Il dit avoir aussi été approché par Yves Théberge et Kazimir Olechnowicz de CIMA+ et par Pierre Lavallée, de BPR.

M. Zampino a mal pris que la commission suggère que ces propositions pouvaient constituer des retours d'ascenseur : « Je prends offense! ».

M. Zampino est contraint de quitter Dessau en avril 2009 lorsque les médias dévoilent qu'il a séjourné sur le Touch avec Rosaire Sauriol et Tony Accurso. Mais il soutient qu'il ne s'en va que pour soulager la firme de la pression des médias, et que son départ n'a rien à voir avec le contrat des compteurs d'eau, remporté par un consortium constitué de Dessau et Simard-Beaudry.

Il maintient sinon qu'il n'a jamais su que Dessau a fait de la collusion sur les contrats de la Ville, malgré son rôle de chef de la direction financière et clame de nouveau son innocence :

« Ces personnes-là vont embaucher comme chef de la direction quelqu'un de corrompu? J'ai de la misère à croire ça! » — Frank Zampino.

Zampino, grand voyageur

La commission a par ailleurs prouvé mercredi matin que Frank Zampino et Tony Accurso ont fait un voyage ensemble à Las Vegas en septembre 2006, en dévoilant quelques photos faites lors de ce voyage. Simard-Beaudry, propriété de l'entrepreneur, était alors engagé dans l'appel de qualification pour le dossier des compteurs d'eau au sein du consortium GÉNIeau. Cette qualification se confirmera quelques semaines plus tard.

« Je n'avais pas un souvenir de ça. », a commenté Frank Zampino. « Mais il est fort probable que j'ai participé avec ce voyage, avec les photos que vous me montrez là »

La commission a du même coup dévoilé quelques photos d'un autre voyage que M. Zampino a effectué avec M. Accurso à Las Vegas, en février, cette fois en compagnie de l'ex-directeur général de la Ville, Robert Abdallah.

L'ancien bras droit du maire Gérald Tremblay avait aussi admis mardi qu'il avait séjourné sur le bateau de l'entrepreneur en construction Tony Accurso avec sa famille dès 2005, sans payer quoi que ce soit. Ce voyage n'avait jamais été révélé, contrairement à ceux qu'il a effectués en février 2007 et 2008, soit avant et après le lancement de l'appel d'offres dans le dossier des contrats d'eau.

Zampino outré par les affirmations d'Elio Pagliarulo

Contre-Interrogé par Me Houle, Frank Zampino s'est dit « complètement outré » des allégations de l'homme d'affaires Elio Pagliarulo, selon lesquelles il se serait fait payer une cuisine d'une valeur de 250 000 $ par Paolo Catania.

« J'ai acheté ma maison en 2003. [...] Et d'entendre quelqu'un venir ici, en commission, dire que quelqu'un m'a refait une nouvelle cuisine d'une valeur de 250 000 $, sans que ces déclarations ou ce témoignage soient corroborés, c'est complètement... C'est indéfendable », s'est-il exclamé.

« Je n'ai pas, depuis que j'ai acheté ma maison, en 2003, changé une poignée de porte, changé une tablette. C'est encore la même cuisine aujourd'hui qu'au moment où je l'ai achetée en 2003. Et jamais jamais jamais Paolo Catania n'a payé une cenne pour ma cuisine, ni celle qui était là quand je l'ai achetée, ni aucune autre rénovation. C'est complètement faux ».

Elio Pagliarulo avait déclaré l'automne dernier que Frank Zampino avait reçu 555 000 $ en argent comptant et en cadeaux du grand patron de Frank Catania et associés. M. Pagliarulo affirme avoir déjà remis de l'argent à cette fin à Paolo Catania en présence de Frank Zampino.

Ces remises en argent comptant n'ont pas été abordées cependant. Elles pourraient l'être lors de l'interrogatoire sur le dossier Faubourg Contrecoeur.

Sur Faubourg Contrecoeur

Le Faubourg Contrecoeur est un projet immobilier de 300 millions de dollars dans le cadre duquel Frank zampino a été arrêté par l'escouade Marteau, à l'instar de Bernard Trépanier et de Paolo Catania, et formellement accusé de fraude, de complot et d'abus de confiance. La date de leur procès devant la Cour supérieure dans cette affaire sera fixée lundi prochain.

L'ancien grand patron de la Société d'habitation et de développement de Montréal (SHDM) Martial Filion, aussi arrêté, est mort entre temps.

La tenue du procès a incité la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP) à demander une ordonnance de non-publication, qu'elle a obtenue, pour cette portion du témoignage de l'ex-bras droit du maire Gérald Tremblay. Les avocats des médias pourront éventuellement demander à la commissaire France Charbonneau de lever cette ordonnance en tout ou en partie.

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