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La thèse du putsch évoquée par Pourreaux est « loufoque », dit Zampino

22/04/2013 05:44 EDT | Actualisé 22/06/2013 05:12 EDT

Frank Zampino dément être intervenu pour « tuer dans l'oeuf » la stratégie élaborée par Serge Pourreaux pour ouvrir à la concurrence le marché des travaux publics afin d'en diminuer les coûts.

Un texte de François Messier

Selon l'ex-président du comité exécutif de la Ville de Montréal, le projet en question n'est pas mort parce que Guy Hébert, Robert Abdallah et Serge Pourreaux auraient été écartés entre la fin 2005 et le début 2006, comme l'a dit ce dernier, mais parce que les arrondissements ne voulaient rien savoir de ce projet.

L'opposition à la démarche de M. Pourreaux, dit-il, venait autant des anciennes villes de banlieue fusionnées que des arrondissements issus de l'ancienne Ville de Montréal. 

« Le dossier avait un blocage », a assuré Frank Zampino. « Même si c'était la volonté de M. Pourreaux de présenter ça au mois de décembre [2005, NDLR], il l'a bien dit : il n'y avait pas l'assentiment des arrondissements, qui ne voulaient pas adhérer à cette forme de centralisation des grands services ».

« Force est de constater, et je pense que M. Pourreaux l'a bien mentionné, que les arrondissements n'avaient pas signé son sommaire décisionnel », a-t-il ajouté.

« Ça a été un putsch : comme le projet ne pouvait pas être arrêté, ils ont écarté les trois porteurs de dossiers en ordre hiérarchique », avait lancé Serge Pourreaux en février dernier, en référence au directeur général de l'époque, Robert Abdallah, au directeur du service des services administratifs, Guy Hébert, et à lui-même.

Il avait imputé la responsabilité de ce putsch à Frank Zampino.

Frank Zampino a plutôt allégué lundi que c'est le maire Gérald Tremblay qui a décidé de ne pas renouveler le contrat de M. Abdallah, sans lui en dévoiler les raisons. Il souligne au passage qu'il restait encore deux ans à écouler au contrat de Robert Abdallah, et que lui-même était d'avis que le directeur général de la Ville faisait un « travail exceptionnel ». Guy Hébert a pour sa part été déplacé à l'arrondissement Ville-Marie à la suite d'une « décision personnelle » du maire, a-t-il ajouté.

Il soutient par ailleurs que la démarche pilotée par Serge Pourreaux, qui aurait retiré la gestion des appels d'offre du service des travaux publics pour la confier à son service, visait à réduire les coûts à la Ville, et non à combattre la collusion. Ce mot, dit-il, ne figurait même pas dans le sommaire décisionnel que M. Pourreaux avait préparé à l'intention des membres du comité exécutif.

Lorsque la procureure Lebel lui a souligné que les problèmes budgétaires que vivait la Ville à l'époque aurait pu lui permettre de convaincre les arrondissements de se rallier, Frank Zampino a souligné qu'il avait lui-même lancé en mai 2006 une « révision des services, des activités, des opérations, et des programmes avec l'objectif d'aller chercher 300 M$ sur trois ans et l'abolition de 1000 postes, ce qu'on a réalisé. »

« J'ai réussi par une autre façon à aller chercher les économies nécessaires. », a-t-il encore précisé. « C'est cet exercice-là qui a permis à la Ville de Montréal d'obtenir de la part de Moody's la meilleure cote de crédit de son histoire, AA2. »

Frank Zampino a aussi nié que le directeur du service d'infrastructure, transport et environnement (SITE) de l'époque, Yves Provost, est venu se plaindre de la démarche pilotée par M. Pourreaux, comme ce dernier l'avait évoqué en février. Il a noté que le sommaire décisionnel préparé par Serge Pourreaux indique clairement que le SITE a émis une opinion favorable sur ce projet, ce qui est exact. 

M. Zampino a également vivement démenti être intervenu dans ce dossier pour protéger les entrepreneurs en construction. « J'avais la responsabilité de gérer un chantier sur l'optimisation. L'opinion des entrepreneurs en construction me passe 10 000 [pieds, NDRL] par-dessus la tête », a-t-il lancé à la procureure Lebel, qui lui avait soumis cette hypothèse.

Serge Pourreaux avait expliqué en février que le projet en question prévoyait que la direction de l'approvisionnement de la Ville gérerait dorénavant les « secteurs chauds : les travaux publics, l'informatique, les immeubles et certains autres dossiers ». Cette approche devait permettre visait à générer des économies de 45 à 50 millions de dollars par année, sur la base des propositions élaborées dans un rapport produit en 2004, qui recommandait d'ouvrir le marché public de Montréal.

Pas d'influence aux comités de sélection

Plus tôt en après-midi, Frank Zampino a aussi nié les allégations faites par Claude Léger à son endroit. L'ex-directeur général de la Ville avait affirmé que Frank Zampino lui avait dit que Robert Marcil ferait un bon membre de comité de sélection, et qu'il lui avait déjà remis à deux reprises des feuilles sur lesquelles avaient été inscrites un numéro de projet et de noms de firmes. Claude Léger assurait avoir compris que Frank Zampino voulait influencer le travail des comités de sélection.

Frank Zampino assure n'avoir jamais demandé à ce que Robert Marcil siège aux comités de sélection. Il assure en outre que Claude Léger s'est mépris sur une feuille qu'il lui a remis à une occasion.

L'ex-président du comité exécutif soutient qu'un représentant d'une firme de services professionnels qui croyait avoir été lésé lors d'un comité de sélection était venu le voir en lui demandant de vérifier ce qui s'était passé dans ce dossier. Il dit avoir pris la feuille, avoir retranscrit les informations, et les avoir remis à Claude Léger peu après. « Je pense qu'il a très mal réagi à une demande extrêmement simple », a-t-il commenté.

Claude Léger avait aussi dit que Frank Zampino lui avait déjà remis une feuille avec les noms de personnes qu'il souhaitait voir siéger à des comités de sélection. Le témoin soutient que cette liste lui avait été soumise par des responsables d'arrondissements, qui se plaignait que des fonctionnaires d'arrondissements ne se penchaient jamais sur des dossiers dans le cadre desquels les arrondissements étaient concernés.

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