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Zampino réplique coup sur coup

18/04/2013 08:55 EDT | Actualisé 18/06/2013 05:12 EDT
CEIC

Frank Zampino soutient n'avoir « jamais » entendu parler de collusion sur des contrats de la Ville avant la commission Charbonneau et soutient ne s'être jamais ingéré dans un projet.

Un texte de François Messier et Bernard Leduc

M. Zampino dit tout au plus qu'au comité exécutif, tous savaient que les travaux coûtaient souvent de 10 % à 20 % plus cher à la ville-centre que dans les anciennes banlieues fusionnées de Montréal.

L'ex-président du comité exécutif se défend par ailleurs des allégations à son endroit de Joseph Farinacci, ex-directeur stratégies et transactions immobilières (DSTI) pour la Ville de Montréal, sur ses interventions présumées dans le projet Marc-Aurèle-Fortin dans Rivière-des-Prairies.

Frank Zampino assure qu'il n'avait « absolument aucun problème » avec le choix du promoteur Iberville pour ce projet de développement immobilier. Il soutient n'avoir jamais dit à M. Farinacci que c'était « au tour de Petra » d'obtenir ce contrat : c'est « complètement faux », dit-il.

« Je n'avais aucune dette envers Petra. Aucunement. » — Frank Zampino

L'ex-président du comité exécutif a dit se souvenir que Giuseppe Borsellino de Petra s'était plaint auprès de lui, dès le dépôt de l'appel d'offres, que l'offre d'Iberville de 1,5 million de dollars pour construire des tours d'habitation ne respectait pas le cahier de charges de la Ville.

Frank Zampino a dit en outre que l'arrondissement s'opposait au projet d'Iberville, parce qu'elle ne voulait pas de tours d'habitation.

Giuseppe Borsellino a demandé une rencontre avec le maire, qui s'est produite peu après, relate Frank Zampino. Il a alors répété ses doléances en menaçant la Ville de poursuite dans ce dossier. Le témoin croit que l'affaire a été abordée avec le directeur général Claude Léger le lundi suivant, et qu'elle a suivi son cours.

Après qu'Iberville eut été disqualifiée en raison d'un avis juridique fourni par une firme externe, un second comité de sélection a accordé le projet au groupe Petra. Frank Zampino affirme qu'il a alors demandé à Giuseppe Borsellino de payer 500 000 $ de plus afin de couvrir la perte de revenus que la Ville avait subie en écartant Iberville.

« J'ai tout simplement dit à M. Borsellino qu'on avait une proposition à 1,5 M$, que la proposition avait été jugée non conforme, et je lui ai demandé poliment s'il pouvait matcher l'offre », a affirmé le témoin. « Il n'était pas heureux, mais il a accepté ».

Lors de son témoignage devant la commission, M. Farinacci avait soutenu que le président du comité exécutif avait bloqué la vente au groupe immobilier Iberville du site Marc-Aurèle Fortin parce que « c'était au tour de Petra de gagner ». Il avait par ailleurs soutenu que le second comité de sélection n'avait pas lieu d'être et en a critiqué les critères de sélection.

Convaincu qu'il ne pouvait plus faire son travail après ce qu'il avait vécu dans ce dossier et celui de Faubourg Contrecoeur, M. Farinacci démissionne en 2007.

Le maire ne disait pas tout à Zampino...

Frank Zampino, bras droit du maire Gérald Tremblay, dit n'avoir appris que des mois après les faits que le poste de directeur de financement de son ami Bernard Trépanier avait été aboli, en février 2006.

L'ex-président du comité exécutif dit que c'est M. Trépanier qui lui a appris la chose, quatre ou cinq mois après les faits. M. Zampino dit par ailleurs que jamais lui et le maire n'ont parlé entre eux de cet événement.

Selon M. Zampino, Bernard Trépanier lui a alors dit qu'Union Montréal avait décidé d'abolir son poste, mais qu'on allait lui offrir d'autres choses et « qu'il allait continuer dans son rôle de directeur de financement du parti », ce qui a dans les faits été le cas.

M. Trépanier, dit-il, ne lui a pas parlé de congédiement. D'ailleurs, ce dernier, lors de son interrogatoire, avait dit lui-même que le maire, au moment de lui annoncer la nouvelle, lui avait présenté la chose comme une abolition de poste par raison d'économies.

La procureure Lebel a cependant rappelé que Bernard Trépanier avait lui-même souligné que la décision du maire pouvait s'expliquer par deux rumeurs : l'une selon laquelle on lui reprochait d'être trop proche de Frank Zampino; l'autre alléguant qu'il aurait demandé un pot-de-vin de 1 million de dollars au promoteur immobilier Frist Pro/Smart Centre.

L'ex-argentier d'Union Montréal avait déclaré à la commission qu'une fois informé de la seconde rumeur, il s'était précipité pour voir Frank Zampino, afin de lui donner sa version des faits et lui demander d'intercéder auprès du maire.

Frank Zampino a confirmé cette version des faits, mais a assuré que Bernard Trépanier n'avait fait aucun lien entre cette rumeur et l'abolition de son poste. Il est bel et bien allé voir le maire Tremblay pour parler de l'affaire First Pro/Smart Centre, mais soutient qu'il ne lui a jamais mentionné alors l'abolition du poste de M. Trépanier.

« Cette rencontre n'avait pas pour but de le réintégrer » dans son poste, a-t-il affirmé. Frank Zampino affirme en outre qu'il n'a jamais entendu parler du fait que le maire reprochait à Bernard Trépanier sa trop grande proximité avec lui.

Seulement, lors de son témoignage, l'agent officiel d'Union Montréal Marc Deschamps a soutenu que le maire lui avait dit, à l'automne 2012, qu'il avait bel et bien congédié M. Trépanier, et cela pour deux raisons, dont l'une était sa proximité avec Frank Zampino, et l'autre, qui demeure à ce jour inconnue.

Frank Zampino a par ailleurs admis qu'il avait été présent à la rencontre qui s'est tenue au 357c avec l'ex-ministre libérale Line Beauchamp le 26 février 2007. Il a cependant nié avoir été présent lors de la seconde, le 18 mai de la même année.

L'ex-président du comité exécutif a dit que la rencontre de février 2007 n'était pas une activité de financement. Il n'a pu dire qui l'avait convoqué, évoquant simplement que cela aurait pu être fait par Bernard Trépanier, Pierre Bibeau ou Rosaire Sauriol.

Il n'a pu dire ce que Bernard Trépanier faisait à cette rencontre, organisée pour discuter des grands enjeux de la métropole, en soulignant qu'il n'avait pas fait les invitations lui-même.

Après le registre téléphonique, l'agenda électronique...

La commission utilise l'agenda électronique qu'avait M. Zampino à la Ville de Montréal pour tenter d'établir des liens entre lui et différents acteurs, notamment Giuseppe Borsellino de Petra, mais il estime qu'elle le fait à ses risques et périls.

Frank Zampino affirme qu'il n'a jamais pu ravoir cet agenda, saisi après son départ de la Ville, malgré les efforts de ses avocats, et qu'il ne peut donc se porter garant de ce qu'il contient.

« Ce que j'aimerais dire Mme la présidente, c'est que si je dois me baser sur certaines inscriptions à mon agenda qui ont été publiées dans les dernières semaines devant la commission, oui je suis porté à croire qu'il y a des informations qui sont là et qui ne reflètent aucunement la vérité », a-t-il soutenu.

Et si la commission s'en défend, il soutient qu'il « pourra plus tard en faire la démonstration si on me pose certaines questions ».

« Je vais vous rassurer tout de suite M. Zampino, il n'y a aucune fausseté ou malhonnêteté ou de malversation ou falsification qui sont fait du côté de la commission. » — La commissaire France Charbonneau

Hier, M. Zampino avait contesté la validité du registre téléphonique détaillant ses liens avec l'ex-solliciteur d'Union Montréal, Bernard Trépanier qu'utilise la commission.

Une mystérieuse conversation obtenue de l'opération Diligence

La procureure Sonia Lebel a aussi présenté un nouvel extrait d'écoute électronique obtenu lors de l'opération Diligence, portant sur l'infiltration du crime organisé dans l'industrie de la construction, dans lequel on peut entendre Louis-Pierre Lafortune, un partenaire d'affaires du Hell's Angels Normand Ouimet dans la compagnie Grues Guay, évoquer le nom de Frank Zampino, avec un interlocuteur qui n'est pas identifié.

« M. Lafortune explique plusieurs postes de dépenses qu'il doit entrer dans les livres de la FTQ je crois », a résumé la procureure Lebel en guise d'introduction de cet extrait capté en mars 2009.

L'interlocuteur de Lafortune lui lance : « M. Louis-Pierre Lafortune, grues Guay, 6 billets, cocktail bénéfice le 16 avril ». Lafortune répond : « Ah c'est chose, on a pas l'choix ça crisse c'est Garnier, c'est Frank Zampino estie ça c'est e j'ai reçu les billets ». L'interlocuteur souligne que le tout coûtera 900 $, ce à quoi Lafortune répond : « C'est ça, c'est Zampino, ça on n'a pas l'choix pis en plus faut qu'tu sois là, pis moi aussi ».

« Pourquoi Louis-Pierre Lafortune dans cette conversation explique à la personne avec qui il fait ses comptes qu'il doit passer ces billets là sous le compte de Garnier et qu'il n'a pas le choix parce c'est Frank Zampino? », lui a demandé la procureure Lebel.

« Je ne connais pas Louis-Pierre Lafortune. Je ne suis plus à la Ville de Montréal. Je ne m'occupe plus de financement « , a répondu le témoin. « Vous m'exposez un transcript qui concerne du ouï-dire entre deux personnes qui ne me concernent pas », a rétorqué le témoin.

La conversation intégrale peut être consultée sur le site de la commission.

Un affrontement Lebel-Zampino

Celui qui a été décrit par plusieurs témoins comme le véritable chef d'orchestre du système de collusion impliquant toutes les grandes firmes de génie-conseil de la métropole entend défendre sa réputation bec et ongles.

Dès le début de son témoignage mercredi, Frank Zampino a notamment affirmé qu'il ne jouait aucun rôle particulier au sein d'Union Montréal, qu'il ne se mêlait aucunement de son financement, et qu'il n'avait « aucune autorité opérationnelle et fonctionnelle dans l'octroi des contrats ».

S'il a été ébranlé en matinée par les questions de la procureure Lebel concernant ses liens directs ou indirects avec des mafieux notoires comme Frank Cotroni et les frères Joe et Jimmy Di Maulo, Frank Zampino, ou par la simple mention de Vito Rizzuto, il ne s'est pas démonté pour autant.

En après-midi, il n'a pas hésité à attaquer la preuve de la commission, en contestant la validité du registre téléphonique détaillant ses liens avec l'ex-solliciteur d'Union Montréal, Bernard Trépanier, que de nombreux témoins ont décrit comme le chef opérationnel du système de collusion.

Le témoin a admis sans détour qu'il était proche de Bernard Trépanier, qui a mis la main à la pâte à chacune de ses campagnes électorales qu'il a menée à Saint-Léonard entre 1986 et 2005.

Il soutient cependant que le registre de ses appels avec celui qui été surnommé « Monsieur 3 % » est une « fausseté ». Arguments à l'appui, il a affirmé qu'il a dû lui parler environ 200 fois entre 2005 et 2011, et non plus de 1800 fois, comme l'indique le registre.

Cet épisode, marqué par un débat juridique impliquant l'avocat du témoin, Me Claude-Armand Sheppard, la procureure Lebel et la commissaire France Charbonneau, a semblé laisser un goût amer dans la bouche de la présidente de la commission, qui a abruptement mis fin à la séance.

Frank Zampino n'a pas rencontré les enquêteurs et les procureurs de la commission avant d'être appelé à la barre des témoins.

La commission a entendu en non-publication, une partie de l'après-midi, les présentations des partis sur la levée possible de l'ordonnance de non-publication préventive qui pèse sur une partie du témoignage de Bernard Trépanier.

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