QUÉBEC - Le chef libéral fédéral Justin Trudeau a exprimé sa satisfaction, jeudi, que la Cour suprême examine des allégations concernant le rôle d'un ex-juge en chef dans le rapatriement de la Constitution canadienne.

M. Trudeau a affirmé qu'il partage les préoccupations exprimées au Québec à la suite de la publication d'un livre montrant que Bora Laskin a communiqué des renseignements confidentiels au début des années 1980, lors du processus de rapatriement.

Le nouveau chef libéral, qui effectuait sa première visite à l'Assemblée nationale depuis son élection, n'est cependant pas allé jusqu'à presser le premier ministre Stephen Harper d'ouvrir les archives fédérales afin de faire la lumière sur ces allégations, comme l'ont exigé à l'unanimité les parlementaires québécois cette semaine.

«Je partage l'inquiétude des Québécois par rapport à la séparation des pouvoirs entre le judiciaire et l'exécutif et quand l'Assemblée nationale fait une motion unanime, il faut absolument la prendre au sérieux et s'y pencher, a-t-il dit. Pour moi, que la Cour suprême se soit saisie de cette préoccupation et va mener une enquête pour voir ce qui s'est passé avec le juge en chef Bora Laskin me satisfait pour l'instant.»

Selon le chef libéral, le principe de séparation des pouvoirs «fait partie d'un équilibre nécessaire pour qu'on ait un système de gouvernance qui ne dispose pas trop de pouvoirs qui vont mener à de l'excès».

Posant un geste exceptionnel, la Cour suprême a décidé d'examiner les allégations du livre «La Bataille de Londres», dans lequel l'auteur Frédéric Bastien cite des archives indiquant que M. Laskin a informé un représentant du gouvernement britannique des délibérations de la Cour suprême, en 1981.

Lors d'une rencontre avec la presse, qui a suivi ses échanges avec le chef libéral québécois Philippe Couillard et le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) François Legault, M. Trudeau a eu un long moment de silence lorsqu'il a été interrogé sur l'impact que pourrait avoir ces allégations si elles s'avéraient.

«Ça dépend de ce qu'on prouve, ça dépend de ce que sont les conséquences, a-t-il dit. On entend différentes choses et c'est pour ça que j'ai hâte de voir ce que la Cour suprême va dire.»

M. Trudeau a exprimé son étonnement que des commentaires sur le rôle de René Lévesque dans la ratification de la Constitution canadienne aient suscité autant d'attaques contre lui à Québec.

Mercredi, M. Trudeau a été la cible du tir nourri de ministres péquistes, qui ont notamment dénoncé son arrogance et sa méconnaissance de l'histoire.

Son passage à l'Assemblée nationale, où il a rencontré l'opposition, a été précédé par de nouvelles charges de deux ministres, M. Trudeau étant même accusé à tort d'avoir une attitude princière envers les politiciens québécois.

Mercredi, M. Trudeau a laissé entendre que Québec avait «choisi» de ne pas signer la Constitution de 1982 parce que M. Lévesque était souverainiste.

Après avoir rencontré l'opposition, M. Trudeau a déclaré que ses propos au sujet de M. Lévesque n'étaient pas nouveaux.

«Ça m'a surpris un petit peu que ç'a ait choqué des gens parce que je faisais preuve d'un constat qui a été fait bien souvent par d'autres que moi et que j'avais déjà fait, soit qu'il était très peu probable qu'un premier ministre souverainiste accepte une Constitution pour le Canada qui allait renforcer, qui allait rendre la Canada plus uni ou plus fort, a-t-il dit. Ce n'était pas du tout une critique de M. Lévesque.»

Ces propos sont survenus alors que l'Assemblée nationale a voté à l'unanimité une motion réclamant que M. Harper ouvre les archives fédérales afin de faire la lumière sur des allégations que le principe de séparation des pouvoirs judiciaire et exécutif aurait été enfreint lors d'un rapatriement de la Constitution, il y a 30 ans.

Le gouvernement péquiste a aussi réclamé qu'une enquête indépendante soit mandatée pour aller plus loin à ce sujet.

Le chef libéral québécois Philippe Couillard a rencontré la presse à son tour pour dire qu'il avait discuté avec son homologue fédéral de ses attentes concernant la motion de l'Assemblée nationale.

«C'est surtout nous qui avons communiqué l'importance de cette motion, qui met l'accent sur la séparation nécessaire des pouvoirs et on a insisté sur cette question, a-t-il dit. J'en ai profité pour lui indiquer que cette question ne pouvait être banalisée sur le fond, c'est-à-dire le fait que le Québec n'ait pas adhéré à l'amendement constitutionnel de 1982 n'est pas un élément banal de l'histoire de notre pays.»

La première ministre Pauline Marois a affirmé qu'un conflit d'horaire l'empêchait de rencontrer M. Trudeau.

En matinée, le ministre des Relations internationales, Jean-François Lisée, a lancé un pétard mouillé sur le chemin de M. Trudeau. M. Lisée s'est offusqué que M. Trudeau ait demandé à rencontrer simultanément tous les chefs de partis au Parlement, mais il s'est par la suite avéré que cette requête n'avait jamais été formulée ainsi.

«M. Trudeau avait demandé à rencontrer les trois chefs en même temps, a-t-il dit. C'était sa première demande. Tel un jeune prince descendant d'Ottawa pour rencontrer ceux qui pourraient être ses sujets.»

Le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes et de la Gouvernance souverainiste, Alexandre Cloutier, s'est lui aussi appliqué à mettre la table en prévision du passage de M. Trudeau à Québec.

«Il suscite la controverse 24 heures avant d'arriver, il fait preuve de mépris envers les Québécois, envers les faits historiques, et effectivement il fait preuve d'arrogance», a-t-il dit.

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Justin Trudeau au fil des années
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