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Budget du Manitoba : hausse des dépenses et de la taxe de vente

16/04/2013 03:57 EDT | Actualisé 15/06/2013 05:12 EDT

Un texte de Florence Reinson

Le gouvernement manitobain a déposé mardi un budget 2013 en hausse de 3,1 % se démarquant de la tendance générale des autres provinces à réduire leurs dépenses.

Pour aider à payer cette hausse, la taxe de vente provinciale passera de 7 à 8 % à partir du 1er juillet. Cela rapportera à la province des revenus de 198,5 millions de dollars en 2013 et 277,6 millions en 2014.

Le budget, présenté pour la deuxième année par le ministre des Finances Stan Struthers, prévoit des dépenses de 14,8 milliards de dollars, en hausse de 3,1 %. Le déficit atteindra 518,4 millions de dollars, en hausse de 58 millions par rapport aux prévisions budgétaires de l'an dernier, mais en baisse de 65 millions par rapport aux chiffres révisés en fin d'année dernière.

La province mise tout comme l'an dernier sur les familles en insistant sur un budget fait pour les protéger. Toutefois, elles débourseront en moyenne 25$ de plus par mois, en raison notamment de l'augmentation de la taxe de vente.

Les Manitobains épargneront toutefois 27 $ d'impôt, grâce à une hausse de l'exception personnelle de base.

La hausse de la taxe de vente rend perplexe

Le chef de l'opposition officielle, Brian Pallister, affirme que cette hausse fera mal aux Manitobains et que les conséquences se feront sentir dans leur assiette. Il dénonce le fait que le gouvernement change la loi pour éviter un référendum.

« Le gouvernement est si arrogant qu'il décide que 37 députés ont plus de droits que les millions de citoyens. Ce sont les Manitobains qui seront touchés par cette hausse massive et ont le droit à ce qu'ils pensent », a-t-il déclaré.

Du côté du chef du Parti libéral du Manitoba, John Gerrard, cette mesure ne fera qu'accentuer la pauvreté extrême au Manitoba. « Les taux d'utilisation des banques alimentaires sont le double que dans le reste du Canada », a-t-il rappelé. Il aurait plutôt voulu voir l'adoption de mesures pour réduire la pauvreté, notamment dans le nord de la province.

« Nous leur disons depuis des années qu'ils devraient mettre de l'argent de côté pour les jours plus sombres et ils ne nous ont pas écoutés. Ce n'est pas la bonne solution. Plusieurs familles seront durement touchées, alors que tout augmente rapidement sauf leurs revenus », a pour sa part déclaré le porte-parole de la section des Prairies de la Fédération canadienne des contribuables, Colin Craig.

Le directeur régional du Syndicat canadien de la fonction publique, Bill Sumerless, aurait lui aussi préféré que des recettes soient obtenues d'une autre manière, en haussant les impôts des mieux nantis, par exemple. « Toutefois, nous sommes heureux que le gouvernement ait décidé d'augmenter ses revenus plutôt que de réduire les services les plus importants », ajoute-t-il.

Tous ne sont toutefois pas aussi perplexes. Un professeur d'économie à l'Université de Saint-Boniface, Faiçal Zellama, voit la hausse de la taxe d'un bon œil.

« Entre deux scénarios, maintenir les niveaux de taxes, ne pas augmenter les dépenses, et augmenter la taxe de vente, avoir 277 millions de plus et réorienter ces dépenses dans les secteurs déterminants de la croissance, le gouvernement a opté pour le meilleur », indique l'économiste. Il explique qu'en agissant ainsi, le gouvernement vise à soutenir la croissance, en investissant dans l'éducation, la santé, les services aux familles, l'innovation, et à soutenir la création et la répartition de la richesse.

Loi pour éviter la tenue d'un référendum

La loi manitobaine oblige le gouvernement à tenir un référendum avant toute hausse de la taxe de vente provinciale, mais le NPD déposera cette semaine une loi lui permettant de contourner cette obligation.

« Le Manitoba faisant spécifiquement face à plus de menaces que d'autres provinces, en raison des inondations, on avait un choix, soit faire des compressions budgétaires comme l'ont fait les conservateurs, soit adopter une approche plus équilibrée en allant chercher de nouveaux revenus », s'est défendu le ministre des Finances, Stan Struthers, pour justifier cette hausse.

Sur les 200 millions que rapportera la hausse de cette taxe, 100 millions seront dédiés aux inondations.

L'an dernier, 1,43 million en capital et en infrastructures ont été consacrés aux inondations, selon le ministre.

« Ces factures auraient été bien pires si les gouvernements précédents n'avaient pas construit le canal de dérivation », souligne-t-il.

Déficit jusqu'en 2016

Le gouvernement prévoit atteindre l'équilibre budgétaire en 2016-2017.

Le déficit devrait atteindre 365 millions en 2014-2015, pour baisser de moitié l'année suivante. Un bénéfice de 49 millions devrait être atteint dans trois ans.

La dette publique s'élève à 17,75 milliards de dollars.

Les institutions postsecondaires insatisfaites

« Nous sommes déçus, mais pas étonnés que le gouvernement provincial ait renoncé à son engagement de fournir une subvention de fonctionnement aux universités de 5 % pendant trois ans », a déclaré dans un communiqué le recteur de l'Université de Winnipeg, Lloyd Axworthy.

Les institutions postsecondaires devront se contenter d'une hausse de 2,5 % en 2013.

Pour l'Université de Saint-Boniface, cela représente un manque à gagner de 300 000 $, selon sa rectrice, Raymonde Gagné.

« Il faut juste se rappeler que les droits de scolarité sont légiférés. On les ajustera seulement au niveau du coût de la vie, de l'inflation. Alors on n'a plus de levier. On a vu dans le passé que pour pouvoir construire, pour pouvoir augmenter nos activités, il a fallu se tourner vers le privé. C'est de plus en plus ce qui va se passer », déplore Mme Gagné.

Les services comptent pour 75 % du budget

« Ce budget protège les familles, les entreprises et l'économie, le long terme. On investit dans la Santé, l'Éducation », a souligné Stan Struthers. Des réductions seront toutefois opérées dans 11 ministères.

Les dépenses en santé, tout comme celles en éducation, augmentent de 4,5 %, pour s'élever respectivement à 5,66 milliards et à 3,8 milliards de dollars.

Les dépenses en santé représentent la part la plus importantes des dépenses du gouvernement, à savoir 38 %, viennent ensuite celles en éducation (25,6%). En ajoutant les 7,7 % consacrés au services à la famille, ce sont plus de 75 % des dépenses qui sont dédiés aux personnes.

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