DIVERTISSEMENT

Michel Dumont et Monique Miller dans «Le Diable rouge», au Théâtre Jean Duceppe: les jeux de l'amour... et du pouvoir

15/04/2013 10:00 EDT | Actualisé 15/04/2013 10:00 EDT
duceppe.com

Le passé est-il garant de l’avenir? Alors qu’hier se tramaient jeux de coulisses, alliances secrètes et mariages forcés pour davantage de pouvoir, aujourd’hui, corruption, collusion et scandales financiers font les manchettes. Le Théâtre Jean Duceppe ne pouvait viser davantage dans le mille en programmant, en ce début de printemps où la commission Charbonneau bat son plein, Le Diable rouge, d’Antoine Rault, récit historique fait de mensonges, de manipulations et d’amours déchus. Tableau sombre d’une époque pas si révolue, certes, mais néanmoins parsemé ici et là de savantes pointes d’humour, lancées par des comédiens en pleine possession de leurs moyens.

Nous sommes à Paris, en 1658. Le cardinal Mazarin (Michel Dumont) règne sur le royaume de France avec un flegme assorti d’une indomptable ruse qui le rend capable des pires hypocrisies pour assurer son propre bien. Jadis serviteur du pape, Mazarin a monté les échelons et a été nommé premier ministre par Anne d’Autriche (Monique Miller), qui boit à grandes lampées les paroles de son subalterne. Ensemble, les deux dirigeants tentent d’instaurer un traité de paix avec l’Espagne, alors qu’une guerre perdure entre les deux pays depuis plusieurs années. Pour arriver à leurs fins, ils planifient de marier le roi Louis XIV (François-Xavier Dufour), fils de madame et filleul de monsieur, avec l’infante d’Espagne, Marie-Thérèse. Or, ce dernier est follement épris de Marie Mancini (Magalie Lépine-Blondeau), la nièce de Mazarin. Évidemment, Mazarin et Anne d’Autriche verront d’un bien mauvais œil cette ardente liaison, et s’interposeront vivement afin que la passion ne prenne pas le dessus sur la raison. Les bons sentiments triompheront-ils des egos et des ententes douteuses? Rien n’est moins sûr…

Grands acteurs, fade mise en scène

Ce que le spectateur applaudira du Diable rouge, ce sont les performances de ces grandioses acteurs que sont Michel Dumont et Monique Miller. Au sommet de leur art, les deux artistes incarnent à merveille la soif de domination et l’absence totale de scrupules qui animent leurs personnages. Charismatique dans la peau d’un homme antipathique, Michel Dumont prête vie au rôle-titre de la pièce avec cette force tranquille qui est la sienne, une puissance décuplée par la grandiloquence de son Mazarin. Monique Miller, dure, tranchante, sous les traits d’une femme paradoxalement amoureuse, en impose et n’attendrira personne. Chapeau également aux jeunes François-Xavier Dufour et Magalie Lépine-Blondeau, qui apportent le vent de fraîcheur nécessaire dans ce tissu de tractations immorales. Malheureusement, les cadets apprendront de leurs aînés et perdront, en bout de piste, cette candeur qui les honore si bien. Jean-François Casabonne, en Colbert, proche collaborateur de Mazarin, s’illustre aussi à quelques reprises.

Par contre, les dialogues-fleuves livrés dans un français soutenu en rebuteront certains, qui déploreront peut-être l’absence de rebondissements, de retournements de cette histoire pourtant riche en possibilités. Bien qu’interpellés par la joute qui se tisse entre eux, on s’attache difficilement à ces êtres qui, s’ils ne sont pas déjà calculateurs, deviendront nécessairement méfiants au contact des magouilles qui s’opèrent autour d’eux. La mise en scène plutôt stérile de l’œuvre, dans un décor de palais convenu, contribue certainement à la froideur de l’ensemble, racheté par le talent des interprètes et l’actualité du propos.

Le Diable rouge tient l’affiche du Théâtre Jean Duceppe jusqu’au 18 mai. Pour plus d’informations: www.duceppe.com.