ENVIRONNEMENT - Les glaces de l'Antarctique fondent dix fois plus vite qu'il y a 600 ans pendant l'été, la perte de banquise ayant été la plus rapide au cours des 50 dernières années, révèle une étude internationale à laquelle ont participé des laboratoires de Grenoble et Montpellier.

Les chercheurs ont foré à 364 mètres de profondeur sur l'île de James Ross dans le nord de la calotte antarctique afin de mesurer les températures il y a plusieurs centaines d'années. Les couches successives dans les échantillons carottés révèlent le mouvement de fonte et de regel des glaces.

Intensification de la fonte

"Nous avons établi que les conditions les plus froides sur la péninsule antarctique et la plus petite quantité de glace fondue ont prévalu il y a 600 ans", a expliqué Nerilie Abram, de la British Antarctic Survey de Cambridge (Grande-Bretagne).

"A cette époque, les températures se situaient autour de 1,6 degré Celsius au-dessous des températures enregistrées à la fin du 20ème siècle et la quantité de neige tombée chaque année ayant fondu puis regelé était de 0,5%. Aujourd'hui, la quantité de neige tombée fondant chaque année est dix fois plus importante", selon elle.

Les températures ont régulièrement augmenté depuis des centaines d'années mais la fonte ne s'est intensifiée que vers la moitié du 20ème siècle, affirme cette étude parue dans la revue Nature Geoscience.

Cela signifie que le réchauffement dans l'Antarctique a atteint un tel niveau que même de légères augmentations de température peuvent causer une forte accélération de la fonte.

Cette accélération de la fonte des glaces, a-t-elle été le fait de l'homme et du réchauffement climatique? C'est à cette question que répond en partie une autre étude publiée le même jour dans la même revue en ligne, sans parvenir à une conclusion claire et définitive. Et pour cause, le phénomène est complexe et toutes les zones de l'Antarctique ne répondent pas aux mêmes effets.

El Niño ou El réchauffement climatique?

Pour ce qui est de la fonte brutale qu'ont connu les glaces antarctiques pendant les années 1990, elles se seraient de toute façon produite. Selon Eric Steig, de l'Université de Washington, aux États-Unis, "si l'on pouvait revenir aux décennies 1940 et 1830, on se rendrait compte que le climat régional ressemblerait beaucoup à celui que nous connaissons aujourd'hui."

À l'origine de ces deux décennies inhabituellement chaudes, le même phénomène que pendant les années 1990: El Niño et ses températures particulièrement élevées dans les eaux de l'océan Pacifique. Ainsi, la fonte importante de glace en Antarctique "ne serait pas un phénomène aussi inhabituel que cela", explique Eric Steig.

Afin de s'en rendre compte, Eric Steig et son équipe ont analysé une carotte de glace, prélevée dans un glacier de l'ouest de l'Antarctique et d'une capacité d'analyse de près de 2.000 ans, ainsi que plusieurs autres carottes permettant de savoir ce qui s'est passé pendant les 200 dernières années. Une forte présence de l'isotope de l'oxygène 18 dans ces carottes indique généralement des températures plus élevées comment pendant les années 1830 et 1940.

Cependant, le chercheur estime que la perte des glaces sur la péninsule Antarctique - cette partie du continent proche de l'Amérique du sud où la fonte des glaces a été encore plus importante que dans le reste de l'Antarctique - a bien été provoquée par l'activité humaine. Mais dans l'ouest de l'Antarctique, l'influence de l'homme est plus difficilement mesurable.