BIEN-ÊTRE

L'histoire d'un certain Tsukuru Tazaki, nouveau roman de Murakami au Japon

12/04/2013 09:20 EDT | Actualisé 12/06/2013 05:12 EDT

"Du mois de juillet de sa deuxième année d'université au mois de janvier de l'an suivant, Tsukuru Tazaki a vécu en ne songeant presque qu'à une chose: mourir". Telle est la première phrase du nouveau roman de Haruki Murakami sorti vendredi au Japon, un ouvrage de près de 400 pages que dévorent déjà ses admirateurs.

En pleine nuit jeudi, les plus impatients inconditionnels des oeuvres de l'écrivain japonais le plus encensé du moment se sont rués sur son nouveau mystérieux roman, dont le premier tirage s'élève à 500.000 exemplaires.

Une librairie du "quartier latin de Tokyo", Jimbocho, a carrément changé son enseigne pour la mettre au nom de cet auteur dont le succès va grandissant au Japon.

D'autres avaient organisé des événements spéciaux depuis le début de soirée jeudi pour attirer les admirateurs de cet auteur qui n'avait rien publié depuis le troisième tome sorti en 2010 de la trilogie "1Q84" dont les deux premiers volumes avaient déjà déchaîné les lecteurs l'année précédente.

"Je viens de l'acheter. Depuis "La balade de l'impossible" j'achète tous les livres de Murakami le jour de leur sortie", a témoigné dans la nuit un aficionado qui se fait appeler Nash.

"Il y a déjà des gens qui lisent le dernier Murakami dans le train", s'étonnait pour sa part sur Twitter le "salariman" Sakamobi aux premières heures matinales.

Avant même d'être disponible, cet ouvrage très attendu s'est hissé à la première place du classement sur le site Amazon Japan où étaient prises en compte les plus de 20.000 précommandes reçues. Les exemplaires réservés depuis des semaines seront en partie livrés le 12 dans la journée, les autres dans les 48 heures suivantes.

Dans les librairies les plus en vues et prêtes à accueillir les clients plus tôt que d'habitude, se dressaient des montagnes de l'ouvrage à sobre couverture blanche barrée de quelques bandes de diverses couleurs et d'un bandeau indiquant "il y a des bonnes et des mauvaises nouvelles".

Rien n'avait filtré avant l'heure fatidique sur le contenu de ce roman dont le titre en japonais signifie "Le sans couleur Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage". Les suppositions sont cependant allées bon train sur le Web, chacun tentant de décrypter chaque mot du titre, faute d'autre chose.

Et c'est ainsi qu'on comprit, sans pour autant être plus avancé, que le nom du personnage principal, Tsukuru Tazaki, était l'anagramme de Tsuzuku tikara (prononcez tsouzoukou tchikara) qui signifie "la force continue".

D'autres, connaissant la mélomanie de Murakami, spéculèrent sur "années de pèlerinage", qui est aussi le titre de pièces pour piano de Franz Liszt.

Quant à l'auteur, qui parle et se montre très peu, il s'est contenté de livrer dans un communiqué ces quelques mots abscons:

"J'avais l'intention d'écrire une histoire courte, mais elle est naturellement devenue longue au fur et à mesure que j'avançais. Cela ne m'arrive pas souvent, c'est peut-être la première fois depuis "La Balade de l'impossible". Je n'avais aucune idée de ce que ce serait avant de commencer à l'écrire".
Haruki Murakami est considéré comme l'un des plus grands auteurs japonais contemporains, de renommée internationale et même digne du prix Nobel selon ses admirateurs, une distinction pour laquelle il est pressenti depuis plusieurs années.

Ses oeuvres, où l'absurde le dispute au malaise social de Japonais hors normes, ont été traduites dans une quarantaine de langues.

Lors d'un entretien en 2011, après le tsunami du 11 mars et l'accident nucléaire suivant, Murakami avait laissé entendre qu'il s'engagerait davantage dans les débats sociaux et politiques, mais ses déclarations sont depuis restées aussi rarissimes qu'auparavant. Et s'il avait encore choisi le vecteur de ce roman, le premier paru depuis le drame ?

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