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Élections vénézuéliennes : trois questions à Jean-Michel Leprince

12/04/2013 02:53 EDT | Actualisé 11/06/2013 05:12 EDT

Au moment où les Vénézuéliens s'apprêtent à tourner la page sur l'ère Chavez, Jean-Michel Leprince @jmleprince, correspondant de Radio-Canada pour l'Amérique latine, analyse le scrutin de dimanche.

À quoi peut-on s'attendre lors des élections de dimanche?

Presque tous les sondages donnent Nicolas Maduro largement gagnant, avec une avance de 8 % à 20 % sur son principal adversaire, Henrique Capriles. Par contre, il faut quand même savoir qu'un grand nombre de personnes qui ont voté pour Chavez ne sont pas nécessairement des chavistes. On estime que c'est le cas d'environ 2 millions de personnes sur les 6 millions qui ont voté pour lui lors de la dernière élection présidentielle, en octobre 2012. Vont-elles voter pour son successeur? On a également observé, lors de cette même élection, une forte baisse du vote dans les quartiers populaires. Est-ce que la machine du parti de Chavez, le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), va aller les chercher?

Capriles n'a aucune chance. Le fantôme du président est trop présent. Dès le début de la campagne, il a raconté que ses proches lui disaient qu'il s'en allait à l'abattoir. En fin de compte, on peut dire que c'est Chavez qui va gagner l'élection.

Quels sont les défis qui attendent le nouveau président?

Il y a plusieurs défis économiques. L'économie est de plus en plus dépendante du pétrole et le taux d'inflation (20 %) est l'un des plus élevés au monde. Le bolivar, la monnaie nationale, est surévalué. Il y a aussi une forte désindustrialisation, le Venezuela produit peu, mais importe beaucoup. Tout cela pèse beaucoup sur le portefeuille des Vénézuéliens, surtout les plus pauvres.

Heureusement, le prix du pétrole est élevé, ce qui fait en sorte que les petrodollars continuent de rentrer à flots, permettant au gouvernement de maintenir ses dépenses.

La criminalité est aussi un sujet préoccupant; les deux candidats ont d'ailleurs promis de s'y attaquer.

Il y avait la magie d'Hugo Chavez pour surfer au-dessus de toutes ces difficultés. Est-ce que Nicolas Maduro, s'il est élu, sera capable de faire la même chose?

À quoi peut-on s'attendre après les élections?

Si M. Maduro est élu, il va falloir qu'il gouverne avec les problèmes qu'on sait. Mais il n'a pas le charisme, ni le poids, ni la légitimité qu'Hugo Chavez avait acquis.

D'ailleurs, il n'est pas tout seul dans le parti. Il y a des poids lourds comme Diosdado Cabello, le président de l'Assemblée nationale et vice-président du PSUV, que plusieurs voyaient comme le successeur de Chavez, Rafael Ramirez, président de l'entreprise publique Petroleos de Venezuela (PDVSA) et qui était vice-président, et Elias Jaua, ministre des Affaires étrangères.

Il est probable qu'il ne pourra pas gouverner comme Chavez l'a fait, tout seul, faisant la pluie et le beau temps.

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