POLITIQUE

Désertification: une décision « incompréhensible » d'Ottawa

12/04/2013 04:59 EDT | Actualisé 11/06/2013 05:12 EDT
Radio-Canada.ca

La décision du gouvernement canadien de se retirer de la convention internationale sur la désertification est « incompréhensible », estime l'environnementaliste Karel Mayrand.

M. Mayrand, qui est directeur général pour le Québec de la Fondation David Suzuki, dit ne pas comprendre ce qui a bien pu motiver ce retrait, soulignant qu'il n'y a pas eu de crise, ni de scandale, ni aucune décision prise à l'encontre du Canada.

Le gouvernement a justifié son choix par un raisonnement économique, explique M. Mayrand, argumentant que les impôts des Canadiens pouvaient être mieux employés ailleurs.

Dans la Chambre des communes, le 28 mars, Stephen Harper a soutenu qu'il y avait beaucoup trop de bureaucratie et que moins du cinquième du montant versé par le Canada au fonds de cette convention servait effectivement à l'élaboration du programme.

Pour Karel Mayrand, les vraies raisons sont ailleurs. « On reste sur l'impression qu'en réalité, c'est une décision purement idéologique [...] prise sur la base du fait qu'on ne souhaite pas promouvoir la coopération internationale, mais on veut aller de plus en plus vers une action unilatérale » a-t-il expliqué

François Audet, directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaire, trouve, lui aussi, que la décision d'Ottawa est difficile à justifier. « Se retirer de ce régime-là remet en perspective à la fois les intérêts du Canada - pourquoi le Canada y avait été et pourquoi se retire-t-il - et aussi sa relation directe avec les Nations unies », soutient le chercheur.

Il estime qu'il y a un aspect idéologique, lié au fait que le Canada est ambivalent face aux changements climatiques, mais également une composante liée à ses relations avec l'ONU.

« Le Canada tend à vouloir s'isoler des Nations unies [...] Cet isolationnisme-là est un vecteur supplémentaire d'une politique étrangère différente, où les conservateurs veulent faire les choses différemment, d'eux-mêmes, sans passer à travers les canaux multilatéraux traditionnels que le Canada avait utilisés à une autre époque » affirme François Audet.

Karel Mayrand renchérit. Il s'inquiète surtout des conséquences à long terme des choix du gouvernement Harper. Selon lui, le fait que le Canada n'ait même pas avisé directement le secrétariat est « un affront » aux institutions multilatérales.

« Les ponts qui sont coupés avec nos partenaires, les relations qui se perdent, la confiance qui s'effrite [..], fait en sorte que pendant très longtemps ensuite, on va être moins efficace pour promouvoir nos intérêts sur la scène internationale. Quand on se bâtit une réputation d'un pays qui est méprisant envers les autres pays, cette réputation-là nous colle à la peau très très longtemps », affirme-t-il.

 

Avec les informations de Catherine François

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