POLITIQUE

Changements climatiques: divers ministres fédéraux se contredisent

12/04/2013 06:40 EDT | Actualisé 12/06/2013 05:12 EDT
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OTTAWA - Alors qu'un ministre fédéral argue en faveur de l'adoption d'une position un peu plus nuancée dans le débat sur les changements climatiques, un autre membre du cabinet Harper s'est plutôt attardé à tenter de prouver qu'il n'était pas un climatosceptique.

Le ministre de l'Environnement Peter Kent a déclaré cette semaine que le gouvernement fédéral n'adopterait jamais lui-même un système de mise à prix du carbone, mais serait ouvert à l'idée d'arrangements établis par les provinces.

Selon ce qu'il a confié mercredi en entrevue, il est important d'apporter certaines différences subtiles lorsqu'il est question d'apposer un prix au carbone.

M. Kent a ajouté que l'Alberta partageait son point de vue en matière de type d'actions à accomplir pour réduire les émissions polluantes de façon importante.

Le lendemain, toutefois, le ministre des Ressources naturelles Joe Oliver a semblé vouloir réduire le sentiment d'urgence associé à la lutte aux changements climatiques.

Au cours d'une rencontre éditoriale avec le quotidien La Presse, M. Oliver a cité des scientifiques selon lesquels la peur des changements climatiques a été exagérée.

«Je pense que les gens ne s'inquiètent pas autant qu'avant d'un réchauffement de deux degrés», a déclaré le ministre, faisant référence au seuil de 2 degrés Celsius qui, s'il était dépassé, pourrait entraîner des conséquences catastrophiques à l'échelle planétaire.

M. Oliver a mentionné que selon lui, «les scientifiques nous ont dit récemment que nos peurs (sur les changements climatiques) sont exagérées», rapporte La Presse. Il n'a toutefois pas identifié de scientifiques qui sont de cet avis.

Le ministre a cependant assuré qu'il croyait que les changements climatiques étaient un «problème fondamental».

Pour étayer les dires du ministre, le personnel de son bureau a fait référence à un article du climatosceptique Lawrence Solomon, ainsi qu'à des citations, rapportées dans The Economist et d'autres publications, de chercheurs s'interrogeant à savoir si le rythme du réchauffement climatique ralentissait.

Les déclarations de M. Oliver ont poussé les environnementalistes à bombarder les médias sociaux de commentaires remettant en question l'engagement du gouvernement Harper à ralentir le réchauffement climatique.

Le ministre est informé par des reportages distordus sur les changements climatiques, a déclaré Keith Stewart, coordonnateur des campagnes de Greenpeace Canada sur le climat et l'énergie. Il a qualifié le point de vue de M. Oliver de «désolant» et de «choquant».

La prise de position de M. Oliver contraste avec celle adoptée par M. Kent et la première ministre albertaine Alison Redford à Washington, plus tôt cette semaine. Lors de déclarations et de rencontres séparées, les deux politiciens ont souligné que le Canada prenait les changements climatiques très au sérieux et que de sévères mesures étaient en préparation pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur pétrolier et gazier.

M. Kent et Mme Redford doivent persuader le peuple américain que le Canada est sérieux à propos des émissions polluantes, dans l'espoir d'obtenir l'approbation des États-Unis pour construire l'oléoduc Keystone XL. Celui-ci transporterait du brut des sables bitumineux albertains jusqu'à la côte américaine du golfe du Mexique.

Le discours fédéral selon lequel toute forme de prix imposé sur le carbone correspondrait à une taxe qui ferait accroître le prix de tous les produits n'existe plus. Bien qu'Ottawa apprécie son approche réglementaire en matière d'émissions, il était ouvert à l'idée que les provinces mettent leur propre législation sur pied — tant et aussi longtemps que de telles ententes mènent à de véritables réductions des émissions — s'est plutôt employé à souligner M. Kent.

Vendredi, le ministre Oliver a émis un communiqué clarifiant ses précédentes remarques.

«Comme je l'ai dit hier [jeudi] à La Presse, les changements climatiques sont un problème majeur. Voilà pourquoi notre gouvernement travaille à réduire de 17 pour cent les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020, et nous en sommes déjà à la moitié de l'objectif.»

La plupart des mesures adoptées ayant permis d'atteindre la moitié de cet objectif environnemental ont été prises par les provinces. Afin d'aller chercher les réductions manquantes, les normes pétrolières et gazières devant être publiées d'ici les prochains mois devront être particulièrement sévères.