Les réflexions que nous faisons à propos de nous-mêmes sont souvent fausses. Le temps est venu de démasquer les petits mensonges qui nous enferment dans la routine.

1. « Demander de l’aide est trop gênant. »
Ce refrain, vous le connaissez bien : « Je peux tout faire moi-même » signifie en réalité « Je dois tout faire seule », parce qu’au fond, « personne n’a envie de me donner un coup de main. »

Cette manière de penser risque de vous forcer à déménager en solo. Après avoir fait des centaines de boîtes, monté et descendu les escaliers des dizaines de fois, jeté votre fauteuil en rotin du haut du balcon et effectué six voyages à l’entrepôt dans une vieille Yugo, vous risquez de hurler lorsqu’une de vos amies vous invitera à souper au restaurant. Après avoir fait un effort herculéen, la simple pensée de mastiquer une pizza passera pour une épreuve insurmontable. Le pire est que votre interlocutrice, déçue par votre refus, répondra probablement : « Pourquoi ne m’a tu pas appelée? J’aurais pu t’aider. »
Avez-vous déjà vécu ce genre d’histoire pathétique? Je suis certaine que oui. Nous avons toutes dû apprendre un jour ou l’autre cette vérité universelle, à savoir qu’il est impossible de déménager seule. Et par déménager, je ne parle pas nécessairement de vos meubles, mais d’effectuer des changements majeurs dans votre vie en général.

Dites-vous qu’il y aura toujours une personne prête à vous reconduire à l’aéroport, ou désireuse de préparer 200 cupcakes en votre compagnie. Il y aura toujours une personne assez courageuse pour vous accompagner à la fête de fiançailles de votre « ex » qui s’est entiché d’une jeune de 22 ans. Mais cette personne au grand cœur n’est pas clairvoyante. Vous devrez lui envoyer un texto ou un courriel pour lui demander de l’aide (ce qui est bien plus facile, pour les néophytes, que de prendre le téléphone et lui parler de vive voix).

2. « Je suis trop fatiguée pour finir la journée. »
Vous êtes peut-être déshydratée. Vous avez peut-être oublié de manger ce midi, ou omis de prendre vos suppléments de fer pour la 200e fois. Sinon, vous souffrez probablement de stress ou de démotivation et dans ce cas, il est temps de remettre à jour votre CV et de faire des démarches pour changer d’emploi. À vrai dire, le mot « fatiguée » est souvent un prétexte pour ne pas vous occuper des petits détails essentiels au bonheur.

3. « Cette personne est complètement idiote. »
Nous pouvons avoir des pensées très dures envers autrui à l’occasion. Malheureusement, notre visage nous trahit très facilement. N’importe quelle personne peut déchiffrer notre regard, comprendre que nous la prenons pour une imbécile, et se transformer en harpie vindicative qui empoisonnera nos rapports sociaux (ou ce qu’il en reste) à très long terme.
L’important est de se rappeler que nul n’est totalement idiot. Il y a des gens à demi-idiots, ou idiots à 90 pour cent. Il y a des gens pourris au Scrabble mais très doués pour cuisiner les pâtes. Il y a des gens idiots du lundi au vendredi, qui deviennent les meilleurs parents au monde et stimulent le QI de leurs enfants avec des jeux éducatifs dès qu’ils en ont la garde durant le week-end.

Juger catégoriquement autrui est une prison mentale dans laquelle il est très facile d’entrer mais très difficile de sortir. La personne que vous trouvez idiote – qu’il s’agisse de votre patron, de votre « ex » ou de votre vieille voisine – n’a pas besoin de ce genre d’attention. Vous pouvez décider de l’ignorer ou de transiger avec elle, en fonction de ce qui vous fera économiser le plus de temps, sans toutefois l’affubler d’une étiquette qui ne vous rendra ni plus libre, ni plus intelligente.

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  • Ils ont un réseau social étendu

    Les gens heureux restent en contact avec leur famille, leurs voisins, leur lieu de culte et leur communauté en général. Ces liens sociaux sont un rempart contre la dépression, un phénomène qui a pris une ampleur dramatique au cours des 50 à 75 dernières années. L’Organisation mondiale de la Santé prédit que la dépression deviendra la deuxième cause de mortalité et touchera près d'un adulte sur trois dans le monde d'ici à 2020. Bien que plusieurs autres facteurs contribuent à cette augmentation, la rupture des liens sociaux et familiaux est sans contredit l'une des plus importantes causes de dépression.

  • Leurs activités correspondent à leurs forces et à leurs valeurs

    Il n'y a pas d'approche uniforme en matière de recherche du bonheur. Les gens qui s'adonnent à l'activité physique suivent généralement un programme visant à atteindre des objectifs précis. Les gens heureux font la même chose avec leurs objectifs émotionnels. Toutefois, certaines méthodes de promotion du bonheur me semblent galvaudées. Personnellement, je préfère celles qui permettent aux individus d'exprimer leur générosité et de s'impliquer davantage dans leur communauté. À cet effet, le livre The How of Happiness, de Sonja Lyubomirsky, offre un bon diagnostic permettant de jumeler les individus aux activités qui leur correspondent le mieux.

  • Ils expriment leur gratitude

    La gratitude a des effets physiques très concrets. Quelques mots d'appréciation permettent de diminuer le stress, d'augmenter son estime de soi, de vaincre les émotions négatives et d'acquérir une plus grande confiance en tenant compte du chemin parcouru. D'après certains chercheurs, la capacité d'un individu à exprimer sa gratitude serait directement liée à son degré de satisfaction envers la vie en général [1].

  • Ils font preuve d'optimisme

    Les gens heureux ont trois manières de vaincre leurs pensées négatives. Premièrement, ils consacrent leur temps et leur énergie à des tâches qu'ils maîtrisent bien. Autrement dit, ils savent lâcher prise et changer de direction lorsque leur stratégie ne fonctionne pas ou lorsque les circonstances échappent à leur contrôle. Deuxièmement, ils savent que le temps règle bien des choses et que les situations houleuses ne durent pas éternellement. Enfin, les gens heureux sont les plus aptes à « compartimentaliser » leur vie. Ils ne laissent pas les difficultés et les échecs propres à une sphère de leur existence gâcher toutes les autres.

  • Ils sont généreux

    Faire le bien fait du bien ! En effet, plusieurs études ont démontré la corrélation entre l'aptitude à aider autrui, d'une part, et la santé, le bien-être et la longévité, d'autre part. Les gestes de générosité contribuent à rehausser l'estime de soi et l'appréciation d'autrui. Les émotions positives qui en découlent se traduisent par une plus grande résilience physique et psychologique. Il n'y a donc rien de surprenant à ce que les gens heureux aient une propension plus marquée au bénévolat. Par exemple, une étude a suivi cinq femmes souffrant de sclérose en plaques pendant trois ans. [2] Ces femmes, qui devaient aider bénévolement 67 patients atteints de la même maladie, ont vu leur état s'améliorer davantage que les personnes qu'elles devaient aider.

  • La richesse matérielle n'est pas leur priorité

    Les gens heureux savent garder une saine distance entre leurs attentes personnelles et leurs possessions matérielles. Dans son livre The How of Happiness, la docteure Lyubomirsky explique qu'en 1940, 7,5 Américains sur 10 se disaient « très heureux ». À l'heure actuelle, cet indice de bonheur se situe à 7,2 malgré un revenu plus élevé et l'omniprésence de voitures sport, d'ordinateurs, de iPods et de téléviseurs dernier cri. Une étude s'est penchée sur le comportement de 12 000 étudiants universitaires de première année, puis a mesuré leur degré de satisfaction une fois parvenus à l'âge de 37 ans. Ceux qui avaient exprimé des attentes matérialistes à l'âge de 18 ans se sont avérés les moins satisfaits de leur vie deux décennies plus tard.

  • Ils s'adaptent mieux aux épreuves

    Les gens heureux font face aux mêmes situations stressantes que les autres, mais se démarquent par leurs stratégies d'adaptation plus efficaces. La croissance personnelle post-traumatique se définit comme l'ensemble des changements positifs qui surviennent chez les individus ayant dû faire face à des défis très sérieux. Ces changements surviennent chez des personnes de tous les horizons et ayant vécu toutes sortes d'épreuves. Selon les chercheurs Richard Tedeschi et Lawrence Calhoun, la croissance personnelle post-traumatique peut prendre cinq formes : une appréciation renouvelée de la vie; la définition de nouveaux objectifs de vie; une plus grande confiance en soi; l'amélioration des relations interpersonnelles et une vie spirituelle plus riche. Bref, les gens heureux savent tirer le meilleur parti des expériences les plus difficiles.

  • Ils accordent une grande importance à leur santé

    La gestion efficace du stress et une bonne santé physique et mentale sont des ingrédients essentiels au bonheur. Cependant, la santé ne se résume pas à l'exercice physique. La plupart du temps, les gens heureux agissent comme tels : ils sourient, ils font preuve d'entregent, ils insufflent une bonne dose d'énergie et d'enthousiasme à tout ce qu'ils entreprennent.

  • Ils ont des objectifs précis

    </strong>Les gens heureux ont un système de valeurs très développé et des buts pour lesquels ils sont prêts à redoubler d'efforts. Selon messieurs Diener et Biswas-Diener, la définition d'objectifs de vie pertinents est une composante très importante du bonheur. En ce qui me concerne, j'ai négligé cet élément lorsque je pratiquais le droit. Il a fallu que je fasse un burn out pour me rendre compte de l'importance de trouver un sens à ma vie. Pour sa part, le regretté Chris Peterson a résumé sa quête du bonheur en ces termes : « J'ai passé ma vie de jeune adulte à remettre à plus tard les petites choses que je savais importantes. Heureusement, je me suis rendu compte que je n'aurais jamais l'occasion de faire ces choses à moins d'aménager mon temps en conséquence. C'est à ce moment que le reste de ma vie a commencé. » En résumé, la capacité d'être heureux repose sur des stratégies à long terme qui nous font voir la vie différemment. Elle repose sur un bon dosage d'émotions et d'aptitudes pratiques.

  • Ils ont une vie spirituelle plus riche

    Selon la docteure Lyubomirsky, des recherches scientifiques de plus en plus nombreuses démontrent que les personnes pratiquant une religion sont plus heureuses, en meilleure santé et plus aptes à se rétablir après un traumatisme. [5] Dans leur livre Unlocking the Mysteries of Psychological Wealth, les chercheurs Ed Diener et Robert Biswas-Diener soutiennent que le sentiment religieux est essentiel au bonheur et à la plénitude psychologique, car il aide les individus à s'identifier à un univers plus vaste.

4. « Je suis trop âgée pour entreprendre des études. »
Il n’est jamais trop tard pour entreprendre des études en médecine, en danse à claquettes ou en haute coiffure. Nous avons presque toutes un rêve que nous n’avons jamais réalisé. Par exemple, je caressais le projet d’élever des veaux, de posséder plusieurs chiens et de me promener dans un champ boueux avec mes enfants. Mais à chaque fois que j’y pensais, je me rappelais que j’avais 41 ans et que personne n’entreprend des études en médecine vétérinaire à cet âge. Alors imaginez mon étonnement lorsqu’une dénommée Jess, de l’École vétérinaire Davis de l’Université de Californie, m’a dit : « Nous avons plusieurs étudiants âgés de plus de 40 ans. L’un d’entre eux est un ancien conseiller financier qui a même passé le cap des 60 ans. Il n’est jamais trop tard pour réorienter sa carrière. »

Ding, dong ! Mon tabou a volé en éclats. J’ai immédiatement pris conscience des dommages qu’il avait causés. En refusant d’envisager sérieusement la possibilité d’étudier, je m’étais enfermée dans un cycle infernal : « Je veux étudier, mais je suis trop vieille. Je veux étudier, mais je suis trop vieille. » Je considère avoir été très assidue dans mon déni.

En prenant conscience que j’avais bel et bien la capacité d’entreprendre des études vétérinaires, j’ai dû établir mes priorités. Étais-je prête à bouleverser la vie de mes enfants pour me farcir les cours de base puis les cycles supérieurs? Non. J’ai donc révisé mes attentes à la baisse, et me suis défaite du même coup de mes rêves de petite fille hypnotisée par les romans de James Herriot.

5. « Se moquer des gens? Toute ma famille le fait et s’en tire à bon compte. »
Alors ça, non ! Si votre oncle Frank et votre grand-père font un bruit de radio amateur et crient « L’aigle s’est envolé » à chaque fois que votre neveu de 14 ans pointe le bout de son nez proéminent, il n’y a pas de quoi en rire. Pas plus qu’il n’y a de raison de sourire en silence pendant que ce pauvre adolescent au physique ingrat fait mine de ne rien entendre pour cacher sa profonde détresse. La nuance entre les plaisanteries et le harcèlement doit s’apprendre à la maison, tout comme la consommation modérée d’alcool. Ce n’est pas parce que des beuveries ou des comportements mesquins ont lieu en famille qu’ils deviennent acceptables.

Il fut une époque où vous étiez jeune et attentive aux codes sociaux établis par les « grandes personnes ». Désormais, les rôles sont inversés. Vous devez regarder au-dessus des épaules de vos proches et tenter d’élargir votre perspective. Apprendre à vous comporter dignement en société et donner l’exemple aux jeunes générations peut être un véritable honneur.

6. « Je ne peux absolument pas faire ça. C’est hors de question. Jamais plus on ne m’y reprendra. »
Et pourtant, si « ça » peut vous permettre de garder votre emploi, de sauver votre mariage ou d’améliorer le traitement d’un proche hospitalisé, vous le ferez. « Ça » étant bien entendu le test ultime de volonté et de persévérance qui vous permettra d’arriver à un stade de votre vie que vous croyiez hors d’atteinte. Parfois, il faut s’astreindre à faire ou à refaire des choses déplaisantes, mais les résultats en valent amplement la peine.

7. « Je me fous complètement de ce que mes parents pensent de moi. »
Une telle affirmation ne mérite pour toute réponse que les lettres MDR (« morte de rire »).

8. « Je vais lui dire des choses si intéressantes et bien documentées qu’elle changera d’avis. »
Tenez-vous-le pour dit : cette personne ne changera pas d’avis ! Votre interlocutrice ne se mettra pas à adorer les chats si elle préfère les chiens. Elle ne se convertira pas au bouddhisme si elle est musulmane. Elle ne votera pas pour le candidat à la mairie que vous lui suggérez.

À force de vouloir changer l’opinion des gens, vous risquez de vous épuiser. De plus, votre obsession pour les phrases-choc et les statistiques les plus convaincantes vous empêchera d’entendre leurs arguments. Qui sait? Vous pourriez vous-même changer d’idée en ayant accès à des informations inattendues. Tout compte fait, si vous n’en savez pas plus au sujet des chiens, vous en saurez certainement plus à propos de leurs maîtres.

9. « Je n’ai pas besoin de produits capillaires. Ces trucs sont trop compliqués. »
Il n’y a rien de compliqué à presser un peu de matière gluante entre vos mains pour l’enduire sur vos cheveux. Sans cette opération, des fourches vont apparaître un peu partout et vous passerez pour une personne confuse et excentrique. Les petits miracles en tube sont rarissimes : le dentifrice en est un, le gel coiffant en est un autre. Profitez-en pour vous présenter sous votre meilleur jour.

10. « Elle réussit tout ce qu’elle entreprend. Je n’arriverai jamais à sa cheville. »
À chaque seconde, une femme fait les choses mieux que moi. Son nom est Christine. Son ascension professionnelle ne connaît aucune limite. Elle conduit une voiture allemande flambant neuve. Ses enfants communiquent avec les dauphins et prennent des cours de mandarin. Dois-je préciser qu’elle était ma camarade de classe et qu’elle volait systématiquement mes collations? Qu’elle était un peu prétentieuse, mais qu’elle se méritait quand même tous les applaudissements à cause de sa grande intelligence?

Voilà où je veux en venir : Que Christine gagne ou non le prix Nobel du succès ne m’empêchera pas de gagner ce prix moi aussi. Les juges n’éliminent pas d’emblée les amies de Christine, les personnes jalouses de Christine ou les simples connaissances de Christine. Ils évaluent les gens selon leur mérite. En fait, dans ce vaste univers, il y a assez de prix Nobel du succès pour récompenser toutes les personnes qui lisent cet article. Nous avons toutes un talent particulier qui ne demande qu’à être révélé. Sachez que notre lumière intérieure rejaillit lorsque nous cessons de nous comparer aux autres.

11. « Je n’ai peur de rien. »
Il faudra admettre tôt ou tard que vous avez peur. Porter votre candidature à un poste de haute direction ou rétablir les ponts avec votre mère que vous n’avez pas vue depuis 15 ans sont des choses qui peuvent vous faire trembler dans vos bottes. Pendant un certain temps, vous sentirez probablement le besoin de vous protéger en vous accrochant à ce mensonge. Mais ultimement, vous devrez faire face à vos démons intérieurs, et vous convaincre qu’ils ne sont pas assez forts pour vous empêcher d’atteindre votre objectif. Cette longue phrase se résume en un mot : le courage. C’est ce dont vous aurez besoin pour passer l’entrevue la plus déterminante de votre carrière ou pour sonner à la porte de votre mère.

Leigh Newman est rédactrice en chef adjointe du réseau Oprah.com et auteure du livre Still Points North: One Alaskan Childhood, One Grown Up World, One Long Journey Home.