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Les conservateurs canadiens saluent l'héritage de Thatcher

08/04/2013 08:48 EDT | Actualisé 08/06/2013 05:12 EDT

Le premier ministre du Canada Stephen Harper a réagi lundi au décès de Margaret Thatcher, première ministre conservatrice du Royaume-Uni de 1979 à 1990, en affirmant que « le monde a perdu une géante parmi les dirigeants ».

« Alors que plusieurs personnes en position de pouvoir se voient définies par l'époque pendant laquelle ils gouvernent, Margaret Thatcher a eu la capacité exceptionnelle de définir son époque. En effet, avec le succès de ses politiques économiques, elle a défini le conservatisme contemporain », a déclaré Stephen Harper.

Il estime que ses plus grandes réalisations se sont faites sur la scène internationale, rappelant le rôle-clé qu'elle a joué aux côtés de Ronald Reagan et du pape Jean-Paul II dans la chute de l'URSS.

M. Harper a par ailleurs révélé que Mme Thatcher lui a fourni « de sages et bienveillants conseils » lors de son accession au pouvoir à la tête du Canada en 2006.

De son côté, l'ancien premier ministre libéral Jean Chrétien a rappelé en point de presse que la « colorée Dame de fer » était favorable au rapatriement de la Constitution canadienne, malgré l'opposition de certains groupes de pression.

Jean Chrétien a par ailleurs ironisé que « nous sommes encore en déficit et les conservateurs sont au pouvoir. Imaginez comment elle en serait déçue si elle pouvait commenter! »

Le chef par intérim du Parti libéral du Canada (PLC), Bob Rae, a quant à lui souligné la « ténacité légendaire » de Mme Thatcher. « Même ses opposants devaient admirer son habileté à garder le cap sur l'orientation qu'elle voulait donner à son parti et à son pays », a-t-il souligné.

« Mme Thatcher a servi son pays dignement pendant trois mandats [...] Elle laisse un héritage riche et intéressant qui sera à analyser pendant les années à venir. Pour l'instant, nos pensées vont à sa famille », s'est contenté de dire le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair.

Une relation amicale... et tendue

L'ancien premier ministre canadien Brian Mulroney ne cache pas son admiration pour Margaret Thatcher et la range parmi les « grands leaders du 20e siècle ».

Margaret Thatcher a été son homologue britannique jusqu'en 1990, M. Mulroney ayant gouverné le Canada de 1984 à 1993. Malgré une complicité politique et amicale, les deux premiers ministres ont eu de profonds désaccords, notamment quant à la question de l'apartheid en Afrique du Sud.

Alors que Brian Mulroney était à la tête du Sommet du Commonwealth à Kuala Lumpur, il proposait de mettre en oeuvre des « sanctions économiques totales pour paralyser » le gouvernement sud-africain, qu'il qualifiait d'« épouvantable ». Or, Mme Thatcher s'opposait à ces mesures, la Grande-Bretagne ayant des intérêts économiques en Afrique du Sud.

Benoît Bouchard, ministre conservateur de l'époque, se souvient de cet épisode houleux dans les relations entre le Canada et la Grande-Bretagne, qui a selon lui « profondément insulté » Mme Thatcher, puisque Brian Mulroney se serait entendu avec tous les chefs d'État pour signer, à son insu, une déclaration condamnant l'apartheid.

Selon Benoît Bouchard, Mme Thatcher était déterminée « à en être détestable » et elle pouvait « manquer de discernement », bien que Jean Chrétien la qualifie de « très gentille » et de « civilisée ». Mais étant donné le contexte dans lequel la Grande-Bretagne se trouvait, « il fallait une femme comme Margaret Thatcher à l'époque, » a affirmé M. Bouchard.

Si M. Mulroney était un admirateur de Mme Thatcher, « elle n'était pas nécessairement une admiratrice de M. Mulroney, » note Benoît Bouchard. « Elle le trouvait trop progressiste, pas suffisamment conservateur », explique-t-il. 

Or, Brian Mulroney affirme avoir entretenu des liens d'amitié avec Margaret Thatcher pendant 30 ans, de leur première rencontre jusqu'à sa mort. Il a d'ailleurs raconté un moment émouvant, lorsqu'il l'a invitée à dîner il y a environ un an. Déjà atteinte de la maladie d'Alzheimer, Mme Thatcher aurait terminé le repas en disant devoir aller préparer le thé pour son mari Denis, déjà mort à ce moment.

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