POLITIQUE

Chefferie du PLC: dernier rassemblement samedi pour courtiser les militants

06/04/2013 05:21 EDT | Actualisé 06/06/2013 05:12 EDT
CP

TORONTO - Sur différents tons, promouvant des idées parfois opposées, les candidats au leadership du Parti libéral du Canada (PLC) ont voulu convaincre leurs militants d'une chose: le parti est loin d'être mort et il prendra un nouveau souffle s'ils choisissent le bon leader.

Et pour une grande partie des libéraux rassemblés au Palais des congrès de Toronto, samedi, ce leader ne peut être personne d'autre que Justin Trudeau.

Le favori de cette course à six n'a voulu laisser planer aucun doute sur ses aptitudes à riposter aux publicités négatives qui s'abattront sans doute sur lui s'il est élu à la tête de sa formation, et qui risquent fort de mettre en relief l'expérience limitée de cet ancien enseignant.

«Je suis extrêmement fier d'être l'un des centaines de milliers de Canadiens qui appartiennent au monde de l'enseignement. Et laissez-moi vous dire une chose, mes amis: ce professeur a fermement l'intention de se défendre», a affirmé le fils de l'ancien premier ministre Pierre Eliott Trudeau.

En 25 minutes chacun, l'un après l'autre, les six aspirants chefs se sont succédé au micro dans l'espoir de gagner le coeur des quelque 127 000 personnes qui se sont qualifiées pour voter.

Dans un ordre préétabli par le parti, Deborah Coyne, Karen McCrimmon, Joyce Murray, Justin Trudeau, Martha Hall Findlay et Martin Cauchon sont venus tour à tour sur scène. Les membres du parti, mais aussi les simples sympathisants qui se sont enregistrés gratuitement pour le scrutin, disposeront de la prochaine semaine pour enregistrer leur vote par téléphone ou Internet.

Les partisans des divers camps ont brandi des pancartes et scandé des slogans, mais l'enthousiasme dans cette salle clairsemée de 1500 places était somme toute modéré, et les applaudissements, souvent polis.

Le groupe le plus imposant était constitué des supporters du député de Papineau, qui a livré un discours personnel, axé sur un message général d'unité et d'écoute plutôt que sur des politiques publiques précises.

«Pour diriger le Canada, nous devons être au service des Canadiens. Et nous devons le prouver avec des actions concrètes plutôt que des mots. Je vous dis cela, pas en tant que fils qui a appris de son père, mais en tant que père qui, chaque jour, apprend de ses enfants», a lancé ce père d'un garçon et d'une fille.

M. Trudeau a voulu signaler qu'il avait fait ses devoirs et roulé sa bosse pour être en mesure d'aspirer au rôle de chef du troisième parti au Communes.

«J'ai rencontré, discuté et appris de plus de Canadiens au cours des six derniers mois que M. Harper au cours des six dernières années», a-t-il scandé.

Son manque de substance a été critiqué à mots couverts par l'ancien ministre de la Justice Martin Cauchon, qui s'est porté en faux contre ceux qui croient que le parti aura tout le temps de discuter du contenu avant les prochaines élections.

«Certains vont tenter de vous convaincre que ce n'est pas encore le temps de discuter de politique publique. Je ne partage pas cet avis (...). Les politiques sont la clé parce que les Canadiens ne nous donneront pas un chèque en blanc à la prochaine élection», a-t-il affirmé.

Si les jeux semblent déjà faits et qu'une victoire de Justin Trudeau semble pratiquement assurée, le mode de scrutin pourrait malgré tout générer quelques surprises. En effet, chacune des 308 circonscriptions du pays se voit attribuer 100 points, peu importe que le nombre de personnes qui y votent soit de 1 ou de 10 000.

Cette méthode de calcul fait en sorte que Joyce Murray, considérée comme la principale rivale de M. Trudeau, pourrait s'en tirer avec un bon résultat.

Dans son discours, l'ancienne ministre de l'Environnement de la Colombie-Britannique a fait la promotion de son projet de coopération ponctuelle avec les néo-démocrates et les verts en vue des prochaines élections générales.

«Mon plan, c'est comme l'équipe olympique canadienne de hockey, qui est composée des joueurs des équipes concurrentes qui s'associent pour une cause commune au nom de notre pays. Et une fois la médaille d'or en poche, les joueurs retournent dans leurs équipes, pour se concurrencer à nouveau les uns les autres, aussi durement qu'avant», a-t-elle illustré.

L'ancienne députée ontarienne Martha Hall Findlay — officiellement contre la gestion de l'offre en agriculture — a quant à elle plaidé pour des prises de positions plus audacieuses, au risque de déplaire à l'occasion.

«Nous ne pouvons plus nous rabattre sur des politiques simplement parce qu'elles sont prudentes (...). Nous devons être courageux et choisir nos politiques parce que ce sont les bonnes pour les Canadiens.»

Première à monter sur scène, l'avocate Deborah Coyne, ancienne conjointe de Pierre Eliott Trudeau, a proposé la création d'un forum national dirigé par le premier ministre qui aurait comme mission de se pencher sur les enjeux comme la santé, l'environnement et les infrastructures. Moins connue du grand public, elle a laissé entendre que peu importe l'issue de la course, elle tenterait de briguer un siège dans la région de Toronto aux prochaines élections générales.

Autre candidate susceptible d'arriver en queue de peloton, Karen McCrimmon a insisté sur le fait que son passé de militaire la rendait moins susceptible de faire l'objet d'une campagne publicitaire négative, une tactique utilisée abondamment par les conservateurs contre les anciens chefs libéraux.

«Je serai leur pire cauchemar», a-t-elle crâné.

Les libéraux ont profité de l'événement pour saluer une dernière fois leur chef intérimaire Bob Rae, qui a tenu les rênes du parti après sa débâcle historique du 2 mai 2011. L'ancien premier ministre Paul Martin a fait valoir qu'il n'y avait pas de rôle plus difficile que celui de chef intérimaire, signalant que M. Rae était parvenu au cours de son mandat à marier conscience sociale et économie.

Bob Rae a lui-même livré un discours personnel, sans notes, comme à son habitude, où il a insisté sur l'importance pour ses troupes de rester unies comme unique route vers le succès.

En entrevue avant son discours, M. Martin soutenait que ce serait bien sûr le travail du nouveau chef de continuer la reconstruction du parti, mais que tous devraient faire leur part.

«Je pense qu'il faut s'expliquer à la population, et je pense que le nouveau chef et ses coéquipiers vont faire la même chose. Mais c'est vraiment le rôle de tous les libéraux, pas seulement les députés, pas simplement les candidats (...) d'aller vers les gens», a-t-il affirmé.

Le résultat du vote sera dévoilé le 14 avril à Ottawa.

INOLTRE SU HUFFPOST

Les candidats à la chefferie du PLC