NOUVELLES
03/04/2013 05:20 EDT | Actualisé 03/06/2013 05:12 EDT

Le Parc olympique de Montréal en piètre état

Alamy

À presque 40 ans, le Stade olympique de Montréal a plutôt mauvaise mine et perd régulièment des morceaux de béton. Un manque d'entretien qui va coûter cher.

Symbole de Montréal partout dans le monde, le stade olympique reste le grand mal-aimé des Montréalais. L'ingénieur qui l'a mis au monde trouve qu'on l'a négligé. « Il y a une partie centrale qui s'est affaissée », regrette Claude Phaneuf.

L'eau qui s'accumule un peu partout choque l'ingénieur à la retraite, qui déplore aussi le manque de vision de ceux qui ont pris le flambeau. « Il y a beaucoup de choses à faire parce que ça fait longtemps que les installations ont été laissées à l'abandon », déclare Claude Phaneuf.

Depuis le début, le Parc olympique de Montréal est un gouffre financier qui a englouti plus de 1,5 milliard de dollars. En 2009, la Régie des installations olympiques (RIO) a convaincu Québec d'injecter de nouveaux fonds : 95 millions sur cinq ans pour l'entretien, soit près du double comparativement au passé.

Détérioration du stationnement

Sur quatre étages de stationnement, le spécialiste du béton Normand Tétreault a constaté les détériorations. Des blocs tombent du plafond : on en ramasse un contenant et demi par année. Certains ont abîmé des voitures, comme le montre des documents obtenus de la RIO par Radio-Canada par la Loi d'accès aux documents. Même des endroits réparés sont à refaire.

« Par cette fissure-là, l'eau est rentrée et a corrodé l'armature. On voit tout le long la fissure », constate sur les lieux l'ingénieur Normand Tétreault, fondateur et président de Soconex.

Un autre rapport explique que la dégradation du béton due à « la corrosion des barres d'armature suit un rythme exponentiel ». « Donc ça veut dire : plus ça va aller dans le temps, plus ça va accélérer », explique Normand Tétrault.

Pour rénover le stationnement, l'un des plus importants au Canada, des ingénieurs recommandent à la RIO d'investir près de 22 millions.

Malgré l'ampleur des travaux à faire, rien n'indique que l'intégrité de la structure est compromise pour autant.

« C'est du rattrapage », dénonce Unsal Ozdilek, professeur en immobilier à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM, qui trouve que l'état du stationnement illustre un problème généralisé.

« Ce n'est pas une bonne façon de gérer un immeuble de cette taille-là. Si on était intervenu au bon moment, peut-être que ça n'aurait pas été nécessaire d'assumer ces coûts additionnels », poursuit-il.

Claude Phaneuf s'inquiète davantage de la détérioration d'une pièce maîtresse de son stade. Ces immenses blocs de béton, les voussoirs de tête, supportent les poutres en porte-à-faux du stade. Plusieurs sont endommagées et il faut les réparer.

À cela s'ajoute la saga du toit, qui s'est fissuré une deuxième fois en 1999. Le remplacer pourrait coûter 300 millions.

L'hiver, l'espace est vide la plupart du temps. Les expositions doivent se tenir au sous-sol.

Début de la mise à niveau

La RIO veut se refaire une beauté pour rendre les lieux plus attrayants. « C'est sûr que pour libérer tout le potentiel de ce site touristique majeur et symbole de Montréal à l'étranger, c'est sûr que ça passe par une revitalisation du Stade olympique », reconnaît David Heurtel, PDG de la RIO.

Revamper l'esplanade coûtera 7 millions, et 5 millions de dollars seront injectés pour le mat. La construction d'un restaurant dans l'observatoire est également dans les plans.

Claude Phaneuf dénonce toutefois l'incohérence de certaines décisions, comme la construction du futur Institut des sports. Il donne comme exemple la démolition des installations sportives pour construire des espaces de bureau, alors qu'il y a plus de 10 étages inoccupés dans le mat.

« Il y a des pièces qui n'ont jamais été utilisées. Ils auraient pu faire un Institut des sports sans être obligés de démolir entre autres le bassin de plongée sous-marine qui est une structure unique en Amérique du Nord », déplore Claude Phaneuf.

Le ministre du Tourisme Pascal Bérubé, qui a mis un frein au projet de démolition du bassin de plongée depuis, promet des décisions cette année sur l'avenir de toutes les installations olympiques.

En décembre dernier, l'ancienne présidente de la Grande bibliothèque, Lise Bissonnette, déposait un rapport accablant sur les installations olympiques de Montréal. Son constat : le stade et les installations olympiques souffrent d'un manque de vision. Elle propose un plan directeur pour développer leur plein potentiel.

VOIR AUSSI

Dans les coulisses du Biodôme