POLITIQUE

Vous étiez un middleman? Peut-être. Un bagman? Non (EN DIRECT)

27/03/2013 09:12 EDT | Actualisé 27/05/2013 05:12 EDT

EN DIRECT - Bernard Trépanier a admis mercredi à la commission Charbonneau qu'il a fait du financement sectoriel alors qu'il était directeur du financement d'Union Montréal. Il admet notamment avoir déjà exigé 200 000 $ des firmes de génie-conseil Dessau et SNC-Lavalin, et 100 000 $ ou 50 000 $ à d'autres firmes de plus petite taille, en vue des élections municipales de 2005.

Il dément par contre avoir reçu 200 000 $ de François Perreault de Genivar et 100 000 $ Michel Lalonde, de Genius, comme ils l'ont pourtant eux-mêmes déclaré.

Ces paiements étaient répartis sur presque cinq ans, entre 2004 et 2009, a expliqué le témoin au procureur en chef adjoint, Denis Gallant, avant de préciser que ces sommes servaient à payer des billets pour des activités de financement organisées par le parti du maire Tremblay. Il admet qu'une certaine partie de ces sommes a pu être versée en argent comptant, mais « pas toujours » assure-t-il.

Il soutient par contre qu'il n'a jamais demandé de l'argent aux firmes de génie pour avoir des contrats à Montréal, ni participé à un système de partage de contrats et se défend donc d'avoir instauré, après 2005, un système de ristourne de 3 % avec Frank Zampino.

Il admet cependant qu'il ajustait le nombre de billets d'événements du parti demandés aux firmes en fonction des contrats obtenus par celles-ci.

Bernard Trépanier n'a pas manqué d'écorcher l'ingénieur Michel Lalonde, qui l'avait mis sur la sellette en tant que premier représentant d'une firme à dénoncer à la commission le système de financement occulte que M. Trépanier aurait mis en place, avec l'appui de l'ex-président du comité exécutif, Frank Zampino. « M. Lalonde a été un menteur dans la déclaration qu'il a faite contre moi », a-t-il dit.

Le procureur Gallant a d'ailleurs déposé en preuve plusieurs registres téléphoniques démontrant l'étendue des contacts que Bernard Trépanier a entretenu avec des représentants de firmes de génie-conseil et des entrepreneurs en construction au fil du temps.

Ces registres démontrent ses liens étroits avec Michel Lalonde (984 appels entre janvier 2005 et mai 2010), son « ami » Bernard Poulin du groupe SM (894 appels entre janvier 2005 et janvier 2010), Normand Trudel (1820 appels entre avril 2006 et octobre 2011), Paolo Catania (1371 appels entre février 2005 et décembre 2009) et Tony Accurso (197 appels entre janvier 2005 et octobre 2010).

« ''Vous êtes ce que j'appelle, moi, un middleman : est-ce que je peux vous qualifier comme ça ?'' ''Peut-être''. ''Et plus tard, je vais vous demander si vous étiez le bagman aussi : j'imagine que oui ?'' ''Bagman, c'est un gros mot, non''. » — Échange entre le procureur Gallant et Bernard Trépanier

La commission Charbonneau avait continué, plus tôt ce matin, de s'intéresser aux activités de la compagnie Bermax, fondée et dirigée par Bernard Trépanier. L'homme, retraité, qui se dit « toujours ouvert à travailler », explique avoir notamment fait du démarchage pour Inspec-Sol auprès de municipalités de la Rive-Nord.

La commission a démontré qu'il a touché 30 000 $ en 2010 de cette entreprise spécialisée en contrôle de qualité. Le procureur Gallant soutient qu'Inspect Sol l'a engagé en raison de son réseau de contacts « phénoménal » dans le monde politique municipal, notamment.

M. Trépanier a par ailleurs offert des explications alambiquées sur la somme de 45 000 $ facturée en 2007, 2008 par Bermax à la firme SM, dirigée par son« grand chum » Bernard Poulin. Il soutient qu'il a notamment, pour ce montant, aidé un ami personnel de M Poulin, propriétaire de la firme, qui avait un problème d'alcool. Il aurait aussi, selon ses propres dires, supervisé contre rémunération la réparation d'un condo de SM en Floride.

La commission a aussi fait ressortir qu'il a touché 12 000 $ de Louisbourg Construction en 2007 (Accurso), mais il ne s'en souvient pas.

Le procureur Gallant avance que l'argent versé par des firmes ou des entreprises à Bermax l'a été pour du démarchage auprès de municipalités en vue d'avoir des contrats, ce dont se défend. M. Trépanier. Celui-ci demeure cependant vague sur le travail réel effectué.

À partir d'informations communiquées par Dessau au début de la semaine, la commission a révélé hier que Dessau a versé 688 000 $ à Bermax entre 2002 et 2010, et 218 000 $ à Bernard Trépanier.

Le témoin a assuré qu'il s'agissait d'honoraires pour aider la firme de génie-conseil à décrocher des contrats à Aéroports de Montréal, ce qui s'est bel et bien produit selon lui. Son travail, a-t-il expliqué, consistait simplement à confier à un intermédiaire le mandat de bien remplir des documents permettant à Dessau de se classer pour obtenir des contrats.

Or, Bernard Trépanier a été payé par Dessau alors qu'il travaillait pour Union Montréal. Officiellement, Bernard Trépanier a été l'argentier du parti du maire Gérald Tremblay du printemps 2004 à février 2006, date à laquelle il a été congédié, selon le témoignage livré lundi par Marc Deschamps. Le trésorier du parti a cependant admis, comme d'autres témoins, que Bernard Trépanier a poursuivi son travail de sollicitation jusqu'en 2009.

La version des faits sur ses liens avec Dessau livrée par le témoin a étonné le procureur en chef adjoint Denis Gallant, qui croyait plutôt que cet argent avait été versé dans le cadre d'activités de démarchage effectuées au profit de Dessau-Soprin dans diverses municipalités, comme le stipule une lettre que Rosaire Sauriol, numéro 2 chez Dessau, lui avait envoyée en janvier 2004. Bernard Trépanier assure qu'il n'a rien fait de tel.

Dessau « ignorait tout » des paiements faits à Bermax

En début de soirée mardi, Dessau a cependant publié un communiqué pour assurer que toute sa direction, incluant son président et chef de la direction, Jean-Pierre Sauriol, « ignorait tout de l'existence de ces paiements, de même que de la nature des services rendus. » Une version totalement incompatible avec celle fournie par Bernard Trépanier, qui assure que Dessau a obtenu d'importants contrats grâce à son travail.

Dessau dit « avoir pris connaissance de l'existence de ces paiements » lors du témoignage de Rosaire Sauriol, le frère du numéro 1 de la compagnie, jeudi dernier. Contre-interrogé par l'avocat d'Union Montréal, Michel Dorval, Rosaire Sauriol avait alors admis avoir présenté des factures à Bermax. Il estimait avoir versé de 5000 $ à 10 000 $ par année à Bermax, de 2001 ou 2002 à 2008, pour des activités de démarchage auprès des municipalités. Il avait nié qu'il s'agissait de paiements déguisés.

Soulignant que Michel Lalonde, PDG de Génius, avait plutôt révélé en janvier avoir utilisé Bermax pour verser des ristournes de 3 % exigées par Bernard Trépanier dans le cadre du système de collusion des grandes firmes de génie-conseil, Me Dorval avait alors demandé au témoin de produire toutes les factures présentées par Bermax à Dessau, de 2002 à ce jour, ainsi que les preuves de paiements.

Rosaire Sauriol a toujours nié que Dessau avait versé une ristourne de 3 % exigée par Bernard Trépanier, dans le cadre du système de partage des contrats qui était dirigé, dit-il, par l'ex-président du comité exécutif Frank Zampino. Selon plusieurs dirigeants de firmes de génie, ce système a fonctionné de 2004 à 2009.

Dessau dit avoir pris connaissance de « l'ampleur des paiements » le lendemain, en effectuant les recherches demandées. Lundi, la firme de génie a annoncé la démission de Rosaire Sauriol. Hier, elle a demandé et obtenu le statut de participant à la commission. Elle veut ainsi pouvoir contre-interroger Bernard Trépanier et Frank Zampino, qui devrait lui succéder à la barre des témoins.

Bernard Trépanier a aussi admis mardi :

  • qu'il a souvent été un « faux bénévole » lorsqu'il a travaillé comme organisateur politique dans des municipalités de la grande région de Montréal dans les années 90. Il s'agissait d'élections clé en main, dit-il, où des firmes d'ingénieurs, des cabinets d'avocats et des entrepreneurs locaux « misent » sur des équipes cherchant à obtenir des contrats par la suite;
  • qu'il a été payé en argent comptant à Ville Saint-Laurent (pour Bernard Paquet), à Saint-Jérôme (pour Denis Germain et Marc Gascon) et en partie aussi à Boisbriand (pour Georges Dubois). Il dit avoir aussi travaillé à Rosemère et à Repentigny;
  • qu'il a véritablement travaillé comme bénévole pour Frank Zampino à la Ville de Saint-Léonard. Il dit avoir noué des liens d'amitié avec lui dès 1989, après que son mentor, l'organisateur politique Claude Dumont, les ait mis en contact. « Un chum, c'est un chum », a dit Trépanier au sujet de Zampino. Il dit aussi avoir travaillé bénévolement pour l'ex-maire de Laval, Gilles Vaillancourt;
  • qu'il n'a jamais fait de financement politique avant d'être embauché par Union Montréal, en 2004. Il dit avoir accepté ce poste sous certaines conditions : « Je ne faisais aucun dépôt, je ne signais aucun chèque, je ne siégeais pas à l'exécutif du parti : je ne voulais aucune responsabilité autre. »

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