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Rencontre avec Raine Maida, le chanteur de Our Lady Peace et sortie de l'album solo «We All Get Lighter» (ENTREVUE)

26/03/2013 02:32 EDT | Actualisé 26/05/2013 05:12 EDT
Jean-François Cyr

MONTRÉAL - Dans une sorte de seconde vie à son groupe torontois de rock alternatif Our Lady Peace (OLP), le chanteur Raine Maida mène une carrière solo dont le résultat se distingue grandement de la formation mondialement connue. Dans cette démarche plus personnalisée qui s’est amorcée en 2006, l’homme de 43 ans sort un second album intitulé We All Get Lighter. Rencontre avec l’artiste canadien qui était de passage à Montréal pour jaser de son nouveau projet.

C’est avec un EP (Love Hope Hero) sorti en 2006 puis The Hunter’s Lullaby, un premier disque complet paru en 2007, que Maida a fait ses premières armes sans ses collègues d’OLP. Pourquoi au juste cette carrière en parallèle, alors que le groupe Our Lady Peace connaît un succès international (19 années) plus qu’honorable?

«Our Lady Peace reste une aventure incroyable, mais avec une façon de faire qui limite en quelque sorte la création», raconte Maida en anglais. «Nous faisons un album de dix à douze morceaux et ensuite nous partons en tournée durant 18 mois. C’est étrange de considérer que ces chansons peuvent définir votre travail durant plus de deux années. Ma carrière solo, c’est comme une extension créatrice de mon groupe. Je peux la personnaliser, me laisser inspirer par d’autres artistes (il parle notamment de Leonard Cohen, Mike Patton, The Clash, David Bowie) et choisir un univers, autre, qui me ressemble aussi.»

Outre ses responsabilités pour Our Lady Peace, Maida a donc trouvé le temps (et a manqué de temps considérant les délais associés à la sortie de cet album qui ne comprend que huit chansons) de réaliser son second disque, un rendu relativement posé et fin. Comme on s’y attendait, la voix est fort différente (contre-ténor, de fausset quelque peu nasillarde et angoissante) de celle utilisée avec Our Lady Peace. Malgré les percussions électroniques et les quelques passages de guitares électriques, la majorité des arrangements sont acoustiques, basés sur des influences folk. Il y a aussi les cors, qui apportent une texture toute particulière à l’ensemble.

«We all leave this planet»

On ne peut passer sous silence les textes lyriques et passablement contestataires qui caractérisent le travail de Maida. C’est le cas pour la pièce How to Kill A Man, en ouverture. On peut également mentionner la très mélodique Rising Tide, belle pièce à la spoken words (le chanteur s’intéresse depuis plusieurs années à cette forme d’expression) enjolivée de la voix de Kreviazuk, sur laquelle les paroles évoquent le regret et la tristesse d’un homme qui n’a pu saisir le moment présent d’une vie qui passe.

«We All Get Lighter provient de cette idée qu’il faut vivre le moment présent,» commente Maida. «Une affirmation qui semblait pourtant tellement ridicule quand j’avais 20 ans. We all leave this planet, you know. On quitte tous cette planète, un jour ou l’autre. Le corps se réduit en cendres et devient plus léger. Ce qui reste de nous est ce que nous avons vécu et chéri. C’est de cette façon que j’ai abordé l’écriture sur l’album.»

«J’essaie aujourd’hui de m’investir et d’apprécier ce qui m’est présenté», poursuit-il. «J’ai une femme magnifique (la chanteuse et compositrice Chantal Kreviazuk qui joue du piano et fait les chœurs sur le disque) et trois garçons. Je ne veux pas regretter plus tard. La vie est courte. Il faut en prendre soin.»

Au final, on se flattera quelque peu l’égo québécois avec la sympathique Montreal (Maida décrit que la pièce, avec ses cors, ressemble à l’esprit western d’Ennio Morricone) inspirée de l’enfance de Maida. On se réconfortera d’entendre du matériel différent de la formation rock torontoise (tant qu’à se produire en solo, aussi bien proposer autre chose). On découvrira tout le potentiel de l’auteur qui, non seulement invente pour lui-même et son groupe, mais aussi pour de nombreux artistes (souvent en collaboration avec son épouse) dont Kelly Clarkson, Avril Lavigne, Carrie Underwood, Eminem et Drake. On appréciera l’émotion et l’intensité (il a pas mal toujours donné dans l’intensité d’ailleurs) de Not Done Yet. On aimera cette voix qui peut moduler au gré des chansons. On montera le volume sur SOS, la pièce la plus dynamique de We All Get Lighter.

On se dira également que le tout est intelligent, mais manque de cohésion. On ne peut qu’espérer que le prochain disque soit plus long (en juin 2012, il a quand même sorti un autre EP, gratuit, sous le nom de Pachamama) et présente au moins dix chansons, question de pouvoir pleinement apprécier le talent de cet artiste qui se débrouille fort bien sans la locomotive Our Lady Peace.

À noter: l'album We All Get Lighter sort ce mardi 26 mars.