BIEN-ÊTRE

L'écrivain espagnol Carlos Ruiz Zafon : "je suis un dragon !"

22/03/2013 10:04 EDT | Actualisé 22/05/2013 05:12 EDT

"Je suis un dragon ! Et mon pays c'est la littérature", proclame l'écrivain voyageur Carlos Ruiz Zafon, l'un des auteurs européens les plus lus dans le monde, né à Barcelone où cet animal mythique est omniprésent.

"Je partage ma vie entre Los Angeles et l'Europe depuis plus de vingt-cinq ans. Je ne me sens pas plus catalan qu'espagnol, européen ou américain, je suis un Terrien et mon pays c'est la littérature", assure à l'AFP le romancier et scénariste de 48 ans, invité du Salon du livre de Paris, où il est attendu comme une star par ses fans.

Il y dédicacera ses livres samedi après-midi. Barcelone est la ville célébrée par la manifestation cette année, au côté de la Roumanie, pays invité d'honneur.

Avec ses grosses lunettes rondes, un visage avenant à la barbe soignée et une corpulence bonhomme, cet amoureux et collectionneur de dragons ne semble pas prêt à mordre.

"Mais, détrompez-vous, dit-il, si je suis un dragon plutôt gentil en général, je peux aussi cracher des flammes ! Pas à Paris, j'adore cette ville", sourit-il, en pointant l'animal qu'il arbore en broche: "j'en porte toujours au moins un ou deux sur moi et j'en ai des centaines", avoue-t-il.

Né en 1964, Carlos Ruiz Zafon est l'auteur des romans-cultes du cycle du "Cimetière des Livres Oubliés". Son oeuvre, traduite dans plus de quarante langues et publiée dans plus de cinquante pays à quelque 20 millions d'exemplaires, a été couronnée de nombreux prix. Il est l'auteur de "L'Ombre du vent" (Grasset, 2004), du "Jeu de l'ange", de "Marina", du "Prince de la Brume", du "Palais de Minuit" et des "Lumières de septembre" (Robert Laffont, 2009, 2010, 2011 et 2012).

"J'écris actuellement le quatrième et dernier opus de la saga du "Cimetière des Livres" qui devrait sortir en 2014", confie Zafon. Le roman devrait paraître l'année suivante en France, selon Robert Laffont.

"Je ne dévoile pas le titre, pas même à mon éditeur ou mon agent, avant de terminer le livre. Et quand je sais que mon roman est fini, personne d'autre n'y touche ! C'est bouclé à double tour: le titre, le texte. J'ai cette liberté", se réjouit cet auteur à succès planétaire.

"Barcelone est ma mère"

Après une carrière dans la publicité et des débuts prometteurs dans la littérature pour ados, le jeune Carlos avait choisi, la trentaine approchant, de quitter l'Espagne. "J'ai toujours désiré, même enfant, découvrir d'autres cultures, d'autres pays, voyager. J'ai bourlingué de ville en ville. Puis je me suis installé à Los Angeles où je voulais écrire des scénarios de films", raconte l'écrivain.
"Je suis bien sûr toujours très lié à Barcelone, ma ville natale. Barcelone est ma mère, mais j'ai besoin de prendre de la distance comme on le fait avec ses parents".

"À Los Angeles, je me sens chez moi et je suis beaucoup plus productif en Californie. C'est plus facile qu'en Europe d'y créer sa propre bulle, de se concentrer sur l'écriture", affirme-t-il. "Je ne sais pas si c'est dû au climat, à la lumière, à la flexibilité de la ville..."

Ce dragon polyglotte et musicien -"la musique est ce que j'aime le plus au monde", avoue ce compositeur et pianiste - écrit en anglais ses scénarios, en espagnol ses romans et parle catalan quand il se retrouve dans sa ville natale.

"Ce n'est pas un choix ni une conviction politique. J'ai toujours parlé catalan. Mais j'ai fait ma scolarité en castillan. C'était dans les années 70. Aujourd'hui, ce serait en catalan et j'écrirais sans doute mes romans dans cette langue".

Quant à l'indépendance de la Catalogne, "les gens ont le droit de choisir leur avenir, mais moi je ne sais pas ce qui est mieux, reconnaît-il. "Je fais partie d'une minorité, car il y a une grande polarisation de l'opinion. À mes yeux, aujourd'hui, c'est surtout une lutte de pouvoir entre oligarques, des deux côtés..."

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