MONTRÉAL - Une femme en contractions termine la traite des vaches avant de quitter pour l'hôpital; le père de la mariée enfile sa veste le temps de nourrir les animaux avant de revenir à la noce; un autre n'aura jamais le temps de vivre son deuil. Le milieu agricole manque d'oxygène.

L'organisme Au coeur des familles agricoles caressait le désir de voir naître une maison de répit pour les agriculteurs depuis des années. En 2011, les responsables ont sollicité des dons pour mener à bien le projet d'acheter une maison où des agriculteurs et agricultrices épuisés et dépassés pourraient effectuer de courts séjours.

Deux ans plus tard, le projet prend vie et environ 750 000 $ ont été réunis pour acheter une maison située à Saint-Hyacinthe, en Montérégie.

Maria Labrecque-Duchesneau porte le dossier depuis le début. Issue du milieu agricole et diplômée en intervention psychosociale c'est elle qui recevait jusqu'ici, chez-elle, les agriculteurs en détresse.

L'organisme soutient que les demandes d'aide sont nombreuses et certaines tellement précaires qu'il n'est pas rare de voir des producteurs abandonner.

Dans l’Enquête sur la santé psychologique des producteurs agricoles du Québec, produite en 2006, on révélait un portrait alarmant et une combinaison de nombreux facteurs de stress allant de la charge de travail à l'incertitude liée aux conditions climatiques aléatoires, l'état de santé des animaux et la réalité du marché des aliments.

Dans une étude plus récente où elle compare la situation de producteur de lait de la Suisse, de la France et du Québec, les quelque 600 répondants ont avoué dans plus de 40 pour cent des cas être en détresse psychologique et 6,1 pour cent des répondants québécois ont reconnu avoir eu des idées suicidaires, une incidence quatre fois plus élevée que dans la population générale où ce pourcentage est de 1,9 pour cent.

Pour aider les agriculteurs, Maria Labrecque-Duchesneau propose de leur offrir de sortir de leur ferme et d'organiser les corvées le temps de leur séjour afin de leur permettre de prendre une courte pause, trouver des solutions et repartir de nouveau.

«En agriculture on peut faire 80 heures par semaine et quand on n'est plus capable et que l'on s'assoit, ce qu'on voit dehors, c'est l'ouvrage qu'on ne fait pas. Ce qui est loin de les aider. Il faut donc les sortir de là», affirme-t-elle.

C'est aussi pour cette raison que la maison de répit a été aménagée en ville et non à la campagne.

«Le producteur dans la maison fatiguerait de voir un tracteur dans le champ! C'est prenant tout ça», a-t-elle soutenu.

En raison des besoins importants et parce que la réalité agricole ne permet pas de profiter d'une relève prolongée, les séjours seront limités. À peine quelques jours, moins d'une semaine, pour trois ou quatre personnes à la fois, qui pourront profiter de différents services de soutien.

«Il faut que ce soit court, puisque l'ouvrage doit être fait là-bas. Et il faut organiser le remplacement. Nous avons des bénévoles, mais je ne peux pas envoyer un producteur bovin dans une porcherie. Il faut tenir compte des spécialités de chacun», a insisté Maria, comme l'appellent tous ceux qui la côtoient.

La maison de répit ouvrira ses portes cet été. Le service apportera un peu de réconfort, mais ne permettra pas d'enrayer tous les problèmes dont celui de la relève agricole, un facteur de stress important. Au Québec, deux producteurs sur trois sont âgés de plus de 55 ans selon les données de l'Union des producteurs agricoles.