QUÉBEC - Le projet de refonte de la loi 101 semble plus menacé que jamais, avec la décision de la Coalition avenir Québec (CAQ) de contester les principaux articles du projet de loi 14.

Le chef de la CAQ, François Legault, a annoncé vendredi que sa formation politique s'opposerait à la francisation obligatoire des entreprises de 25 à 49 employés, une des principales modifications inscrites au projet de loi 14 par le gouvernement de Pauline Marois.

Donc, si le gouvernement refuse de reculer sur ce point, les 19 députés de la CAQ voteront contre le projet de loi, a assuré M. Legault en point de presse.

«Si les amendements ne sont pas acceptés sur les points majeurs, on votera contre», a tranché M. Legault, en disant souhaiter tout de même que le gouvernement se montre accommodant.

La CAQ s'engage aussi à s'opposer à la révision annoncée du statut bilingue des municipalités, lorsqu'elles ne comptent pas au moins 50 pour cent de citoyens anglophones.

De manière générale, M. Legault a fait valoir qu'à ses yeux il importait de maintenir un équilibre entre la volonté de promouvoir le français et celle de respecter les droits de la minorité anglophone.

Il demande donc au gouvernement de reculer, en renonçant à plusieurs mesures jugées trop contraignantes dans le projet de refonte de la Charte de la langue française adoptée en 1977.

Dans un contexte de gouvernement minoritaire, l'adhésion d'un des partis d'opposition est essentielle à l'adoption d'un projet de loi. Or, les libéraux, qui forment l'opposition officielle avec 50 députés, ont déjà indiqué qu'ils s'opposeraient fermement au projet de loi déposé en décembre par la ministre responsable, Diane De Courcy.

«Il faut que le gouvernement reconnaisse qu'actuellement il est dans une position minoritaire. Il a besoin de notre appui pour être capable d'aller de l'avant», a-t-il ajouté, se disant «mal à l'aise» à la lecture du projet de loi 14.

La CAQ s'objectera également à l'adoption des articles du projet de loi visant à contraindre les enfants de militaires à fréquenter l'école française.

Mais c'est la langue de travail qui retiendra principalement l'attention des caquistes, autour des dispositions visant les petites et moyennes entreprises. Se disant allergique à toute contrainte et à tout surplus de bureaucratie, la CAQ préconisera une approche «souple» et incitative, rejetant l'idée de forcer la francisation des entreprises comptant entre 25 et 49 employés.

M. Legault est au moins d'accord avec le gouvernement sur un point: la nécessité d'inscrire dans la Charte des droits et libertés le droit de vivre et de travailler en français au Québec.

Malgré cela, dès qu'il est question de langue au Québec, il faut surtout «faire preuve de bon sens, de sens pratique», a-t-il insisté, et agir sans chercher à «brimer inutilement la communauté anglophone».

L'étude du projet de loi 14, qui constitue une des pièces maîtresses du menu législatif élaboré par le gouvernement péquiste, débutera la semaine prochaine en commission parlementaire.

Le chef caquiste a dit espérer que le débat linguistique qui s'amorce autour du projet de loi 14 se fera «sans trop d'émotions».

Interrogée sur le sujet lors d'un point de presse à Clermont, dans sa circonscription, la première ministre Pauline Marois ne s'est pas montrée surprise de la position de son ancien collègue sur le sujet.

«Il n'a jamais donné priorité aux questions linguistiques au Québec. Il en assumera les conséquences», a commenté la première ministre, en se disant tout de même déçue de la position prise par M. Legault.

Mme Marois a ajouté que le projet de loi 14 était «raisonnable» et nécessaire dans un contexte où le problème du français dans les milieux de travail ne cessait de croître dans la région de Montréal.

Elle n'a pas dit dans quelle mesure elle était ouverte ou non à des amendements.

De son côté, la ministre responsable du dossier, Diane De Courcy, a minimisé l'importance des déclarations de M. Legault en y voyant une «position de départ». Elle s'est montrée rassurée par l'intérêt qu'il a démontré pour la protection du français.

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  • Camille Laurin lors de son entrée à l'Assemblée nationale, le 27 avril 1977, jour où il déposa son projet de loi sur la langue française.

  • Un vétéran de la Seconde guerre mondiale proteste contre la Loi 101.

  • Camille Laurin appose un badge YES sur le veston de René Lévesque, lors de la campagne du référendum sur l'indépendance du Québec en février 1980.

  • Camille Laurin s'adresse au caucus du PQ lors du 20ème anniversaire de la Loi 101, célébré le 26 août 1997.

  • Un restaurateur montréalais montre les sous-bock en anglais qui lui ont valu, en mars 2000) d'être réprimandé par les inspecteurs de l'Office de la langue française.

  • Gilles Duceppe, Louise Harel et Pauline Marois en tête de la manifestation montréalaise organisée le 26 août 2007, pour les 30 ans de la Loi 101.

  • Des partisans de la Loi 101 manifestent pour la défense de la Charte de la langue française, le 26 août 2007 à Montréal.

  • Un défenseur du Québec francophone, lors de la manifestatiom organisée pour les 30 ans de la Loi 101.

  • Le premier ministre Jean Charest, le 3 juin 2010, lors d'un débat houleux à l'Assemblée nationale portant sur une décision de la Cour supérieure qui a autorisé les enfants de neuf familles à fréquenter une école anglophone.

  • Pauline Marois, le 3 juin 2010, lors d'un débat houleux à l'Assemblée nationale portant sur une décision de la Cour supérieure qui a autorisé les enfants de neuf familles à fréquenter une école anglophone.

  • L'édifice de l'Office québécois de la langue française, à Montréal, porte le nom du père de la Loi 101.

  • Le député indépendant, et ex-péquiste, Pierre Curzi présente, le 27 mai 2012, un projet de loi visant à modifier la Charte de langue française qui élargirait la portée de ses dispositions.

  • La ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, a présenté le 5 décembre 2012 un <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/12/05/modification-loi-101_n_2243301.html">projet de loi visant à modifier la Loi 101</a>, et notamment à inclure l'usage du français Charte québécoise des droits et libertés.