POLITIQUE

Le gouvernement Marois rend facultatif l'apprentissage de l'anglais intensif en 6e année primaire (PHOTOS)

07/03/2013 10:20 EST | Actualisé 07/05/2013 05:12 EDT
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QUÉBEC - L'enseignement de l'anglais à l'école primaire est remis en question par le gouvernement Marois.

La ministre de l'Éducation, Marie Malavoy, a annoncé jeudi deux mesures en ce sens: le gouvernement rend désormais facultatif l'enseignement intensif de l'anglais en 6e année et commande une étude sur la pertinence de continuer à enseigner l'anglais dès la première année.

En point de presse, la ministre a dit que le temps était venu de faire baisser la pression sur les écoles en cette matière.

Elle a donc annoncé qu'elle levait l'obligation qui était faite à toutes les écoles primaires francophones d'offrir l'anglais intensif à la fin du cours primaire.

Cette approche de l'apprentissage de l'anglais langue seconde, privilégiée par le gouvernement précédent, n'était ni réaliste, ni souhaitable, selon elle.

Il reviendra donc désormais aux conseils d'établissement des écoles primaires de décider s'ils vont de l'avant avec l'anglais intensif en 6e année. Et si c'est le cas, aucun calendrier d'implantation ne leur sera imposé.

«Il n'y aura pas d'obligation de modèle», a-t-elle dit, soucieuse de redonner une marge de manoeuvre aux conseils d'établissement qui reçoivent le message suivant: «choisissez les moyens qui vous semblent les plus appropriés».

La ministre Malavoy s'est donc rendue aux arguments invoqués par plusieurs acteurs du milieu de l'éducation. Au cours des derniers mois, d'aucuns avaient exhorté la ministre à intervenir pour revoir cette mesure, jugeant qu'elle était difficile à appliquer, surtout dans des délais aussi courts.

Le gouvernement libéral avait annoncé en février 2011 que toutes les écoles primaires francophones du Québec devaient offrir l'enseignement intensif de l'anglais aux élèves de 6e année, à compter de l'année scolaire 2015-2016.

L'implantation devait être graduelle. Jusqu'à maintenant, quelque 12 pour cent des écoles fonctionnent sur le modèle de l'immersion.

La commande était de faire en sorte que les élèves de 6e année passent la moitié de l'année scolaire en immersion totale en anglais.

Si Mme Malavoy prend du recul par rapport à cette approche pédagogique, c'est qu'elle estime ne pas être en mesure de dire si l'apprentissage intensif est vraiment la meilleure façon pour un enfant de devenir bilingue.

Pour avoir l'heure juste, elle demande donc à l'École nationale d'administration publique (ÉNAP) d'examiner la question et de tracer un bilan des expériences d'immersion totale menées sur le terrain au cours des deux dernières années dans les écoles du Québec.

«J'ai besoin d'un véritable bilan articulé et scientifique» sur la question, a fait valoir la ministre, en ajoutant qu'elle manquait de données factuelles actuellement pour bien évaluer dans quel sens aller.

Elle joue de prudence dans ce dossier, sachant à quel point la question du bilinguisme institutionnel devient vite au Québec un sujet explosif.

«C'est un dossier qui est délicat. Il faut agir avec prudence», a-t-elle commenté.

L'ÉNAP devra par ailleurs évaluer l'impact de l'implantation ces dernières années, également par le gouvernement libéral, de l'enseignement de l'anglais langue seconde dès la première année du primaire.

Dès la réception du rapport attendu de l'ÉNAP, cet automne, la ministre Malavoy pourrait donc revoir l'approche pédagogique privilégiée quant à l'enseignement de l'anglais langue seconde.

En cette matière, l'objectif du gouvernement consistera à faire en sorte qu'«à la fin du secondaire, les élèves du Québec puissent parler anglais avec aisance et se faire comprendre», a indiqué la ministre. Mais les moyens pour y arriver restent donc à définir.

Les réactions à l'annonce ont été mitigées.

La présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE-CSQ), Manon Bernard, est restée sur sa faim, espérant un «véritable frein» à la création de classes d'immersion totale en 6e année. Elle juge que Mme Malavoy ne respecte pas les «étapes logiques», en commandant des études, tout en laissant les écoles implanter ce type de pédagogie.

Le président d'Impératif français, Jean-Paul Perreault, partage sa perplexité. Il juge que l'annonce est «une bonne nouvelle incomplète», car il espérait et s'attendait à un moratoire.

Au lieu de cela, selon lui, le gouvernement laisse planer le doute sur ses intentions, alors que les enfants n'ont «pas besoin d'anglais intensif, mais de français intensif».

Les partis d'opposition ont eux aussi exprimé leurs réserves.

La porte-parole libérale en éducation, Francine Charbonneau, conclut que la ministre Malavoy entretient «à des fins partisanes la peur de voir le français disparaître».

«Les enfants du Québec seront privés d’outils indispensables pour leur avenir. C’est inacceptable», selon celle qui affirme que le gouvernement péquiste considère l'anglais «comme une langue étrangère».

La porte-parole de la Coalition avenir Québec, Nathalie Roy, estime que la ministre sème la confusion chez les parents en adoptant une position ambivalente.

Mme Roy approuve la levée de l'immersion obligatoire, mais déplore que la ministre semble vouloir couper court à l'enseignement intensif de l'anglais.

«Lever l’obligation d’implanter le programme est une bonne décision. Mais pourquoi la ministre a-t-elle senti le besoin d’aller plus loin en indiquant qu’elle souhaitait mettre un frein au programme?», s'est interrogée la députée.

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