POLITIQUE

Aide sociale: des groupes de défense demandent l'implication de la première ministre

07/03/2013 04:37 EST | Actualisé 06/05/2013 05:12 EDT
Radio-Canada.ca

Tandis que la ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale du Québec, Agnès Maltais, continue de défendre les changements apportés à l'aide sociale en affirmant qu'ils ne représentent pas une forme de contingentement, des organismes de défense des assistés sociaux demandent à la première ministre Pauline Marois de s'impliquer dans le dossier.

À l'issue d'une rencontre avec la ministre Maltais, les représentants du Collectif pour un Québec sans pauvreté et du Front commun des personnes assistées sociales ont réclamé qu'elle mette de l'avant les mesures d'employabilité pour les personnes participant à un programme de réinsertion à l'emploi, mais abandonne, en contrepartie, les autres changements touchant les prestations versées aux bénéficiaires de 55 ans et plus, les ménages avec un jeune enfant et les toxicomanes, dont l'entrée en vigueur est prévue pour le 1er juin prochain.

Amélie Châteauneuf, du Front commun des personnes assistées sociales, affirme n'avoir obtenu ni recul, ni engagement dans ce sens de la part de la ministre Maltais. « C'est sûr que pour nous, c'est extrêmement inquiétant. On est tous d'accord que ce n'est pas en affamant les personnes qu'on va réussir à les retourner sur le marché du travail ».

Mme Châteauneuf s'inquiète encore davantage des prestataires toxicomanes qui pourraient, selon elle, « se faire couper leur thérapie ». « Ce sont des gens qui pourraient mourir! » a-t-elle lancé.

« Il y a tout un ensemble de craques dans le filet social qui va faire en sorte que des gens vont s'appauvrir suite au projet de règlement », a ajouté Serge Petitclerc, du Collectif pour un Québec sans pauvreté.

La ministre Maltais défend les changements

Après la rencontre avec les groupes de défense, la ministre Maltais a indiqué qu'elle avait entendu les craintes, inquiétudes et appréhensions de tous. « C'est là-dessus que je vais travailler », a-t-elle promis, ajoutant qu'elle ferait tout pour que les restrictions ne pénalisent les personnes les plus vulnérables.

Agnès Maltais a affirmé que chaque bénéficiaire touché par la réforme serait rencontré individuellement, dans le cadre d'un « programme structuré très fort » d'accompagnement, « pour voir les contraintes à l'emploi ». « Je veux que là-dedans, on soit rigoureux et précis », a-t-elle dit.

Mme Maltais soutient qu'être âgé de 55 ans et plus ou avoir un enfant n'est pas une contrainte à l'emploi, mais que des échecs répétés peuvent en être une. « On va travailler sur les vraies contraintes », a-t-elle martelé.

Elle a aussi vanté l'offre d'un montant d'argent aux bénéficiaires s'inscrivant à un programme de formation, insistant sur le fait qu'« il n'y a pas de limite de temps ».

La ministre soutient que la réforme ne touche pas beaucoup de gens. Selon ses chiffres, par exemple, 16 personnes seulement seront visées, sur un an, dans le Bas-Saint-Laurent.

La ministre Maltais a affirmé que les 45 jours de consultation prévus permettraient de préciser la réforme d'ici à son entrée en vigueur. « À la fin, je n'en échapperai pas », a-t-elle conclu.

En vertu des changements proposés à l'aide sociale, les ménages composés de deux parents et d'un enfant de moins de 5 ans perdront, à compter du 1er juin, l'allocation de 129 $ par mois versée pour « contraintes temporaires ».

Le seuil d'admissibilité à cette même allocation pour les prestataires âgés sera quant à lui reporté de 55 à 58 ans. L'aide aux prestataires toxicomanes sera aussi resserrée.

En revanche, ceux parmi les prestataires touchés qui accepteront de participer à un programme de réinsertion à l'emploi recevront temporairement un montant supplémentaire mensuel de 195 $.

La publication de ces changements à l'aide sociale dans la Gazette officielle du Québec, sans annonce publique, a provoqué un tollé, forçant la ministre Maltais à reconnaître qu'elle avait commis une erreur de communication.