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T.R.A.S.H. : jusqu'où les danseurs sont-ils prêts à aller?

05/03/2013 11:57 EST | Actualisé 05/05/2013 05:12 EDT
Courtoisie

Pour la première fois de son histoire, T.R.A.S.H. déploiera la puissance chorégraphique de Kristel Van Issum sur une scène montréalaise. Afin de rendre justice à son style punk-rock-grunge underground, les danseurs de la compagnie n’hésitent pas à repousser les limites de leur corps, quitte à troubler un ou deux spectateurs au passage…

« Les corps deviennent presque comme des marionnettes grotesques qui n’ont plus rien de rationnel. Tout est poussé à l’extrême », explique Kristel Van Issum au sujet de l’oeuvre. « Évidemment, mon but n’est pas de choquer les spectateurs, mais je suis consciente que de voir les limites du corps humain peut être confrontant. Je souhaite surtout que les gens ressentent la grande énergie qui se dégage de la scène.»

Avec les pièces Enchanted Room et T†BERNADETTE, la compagnie hollandaise s’attaque aux relations excessives d’un frère et d’une sœur qui perdent les dernières miettes de leur innocence, ainsi que d’un couple d’amoureux qui redéfinissent les limites de l’amour fusionnel.

Lorsque la codirectrice de Danse Danse, Clothilde Cardinal, a vu T.R.A.S.H. en juillet 2011 à Amsterdam, elle dit avoir été presque choquée de voir les interprètes aller aussi loin. « Il n’y a vraiment rien de fake dans leur travail. On a l’impression qu’ils n’ont pas peur de se blesser. Le spectacle me rappelle ce que j’avais ressenti avec Louise Lecavalier, il y a 15 ans. J’avais mal pour elle en la regardant danser. »

Il y a quelques jours, l’agente de la compagnie, Jan Zobel, a même affirmé qu’il n’était pas rare de voir un ou deux danseurs se blesser dans chaque tournée. Questionnée à ce sujet, Van Issum tenait à clarifier la situation. « Les danseurs ne se blessent jamais sérieusement. Ils ont une très bonne technique et ils savent ce qu’ils font. » Elle ajoute toutefois qu’il faut des individus bien particuliers pour danser avec T.R.A.S.H. « J’ai besoin d’interprètes capables d’aller dans les tourments de leurs corps. Des artistes qui sont extrêmes dans leur essence. Des hommes et des femmes qui ont vécu de grandes émotions, mais qui ont trouvé le moyen de les gérer en gardant les deux pieds sur terre. Seulement quelques danseurs sont capables de danser comme ça. »

Réputée pour le jusqu'au-boutisme de ses propositions chorégraphiques, la compagnie est également reconnue pour la force de sa trame musicale, composée par Arthur van der Kuip. « Je n’ai jamais travaillé avec un autre compositeur », lance la chorégraphe. « Sa musique est extrêmement chargée. Dans T†BERNADETTE, il arrive à mêler le classique, le punk et le grunge avec une violoncelliste merveilleuse. Dans Enchanted Room, une soprano et un baryton nous immergent dans quelque chose de plus folk, avec des influences arabes et irlandaises à la fois. Tous les éléments de la musique sont intimement associés aux mouvements des danseurs. Il n’y a rien de laissé au hasard. »

À une époque où plusieurs compagnies européennes peinent à survivre et où le gouvernement des Pays-Bas y coupe drastiquement dans le domaine des arts, T.R.A.S.H. réussit malgré tout à tenir le coup. « Je crois que plusieurs des problématiques qu’ils vivent au quotidien s’expriment dans leurs œuvres », soutient Clothilde Cardinal. « On sent la colère et l’indignation qui sont très présentes en Europe avec le taux de chômage qui augmente et la montée de la droite. C’est en quelque sorte la réponse de la jeunesse de ces pays-là. »

Cinquième Salle de la Place des Arts

5 au 9 mars 2013

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T.R.A.S.H.