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Islamisme radical au Québec : une mère se confie

03/03/2013 07:12 EST | Actualisé 03/05/2013 05:12 EDT

Le discours islamiste radical est adopté par un nombre croissant de Québécois, selon plusieurs observateurs.

Les services canadiens du renseignement surveilleraient une cinquantaine de Canadiens soupçonnés d'activités terroristes à l'étranger. La mère de l'un d'entre eux a accepté de témoigner pour mettre en garde la population contre les dérives qui guettent de jeunes musulmans en apparence bien intégrés à la société canadienne.

« Je pense que là-dedans il s'est surtout fait embarquer, qu'ils ont joué sur sa nature généreuse », dit cette dame, que nous appellerons Mme J.

Elle ne reconnaît plus son enfant qui s'est radicalisé après sa conversion à l'islam. De nature pacifiste, il parle maintenant des infidèles mécréants qui méritent la mort. Dernièrement, il a quitté le Canada pour se rendre en Syrie.

« Ça a été graduel à partir du moment où il s'est converti, raconte-t-elle. [...] Il a arrêté d'écouter de la musique parce que c'était péché.[...] Il critiquait beaucoup la société dans laquelle il vivait : "Les lois du Canada ne sont pas bonnes, c'est la charia qui devrait s'appliquer" »

Les agents du renseignement canadien soupçonnent le jeune homme d'être impliqué dans la mouvance islamiste. Il fait même partie de la liste des présumés terroristes qui ne peuvent survoler les États-Unis.

Son cas serait typique de ceux qui sont apparus depuis septembre 2001, selon Michel Juneau-Katsuya, ancien agent du Service canadien du renseignement de sécurité et président du groupe Northgate, une firme privée qui offre des services de renseignement de sécurité aux gouvernements et au secteur privé.

« Le SCRS a dénombré une cinquantaine de cas de jeunes gens qui sont partis du Canada pour joindre des groupes », raconte Michel Juneau-Katsuya. Selon des rapports secrets du SCRS rendus publics récemment, ces nouveaux terroristes sont jeunes et possèdent la plupart du temps la citoyenneté canadienne.

Le rôle d'Internet

Selon plusieurs spécialistes, les médias sociaux jouent un rôle de plus en plus grand pour influencer des jeunes. Mme J. mentionne d'ailleurs que son fils consultait des groupes Facebook prônant le djihad et l'application de la charia au Canada.

« Les médias sociaux sont un moyen de communication privilégié entre les jeunes, qui peuvent exclure leur parent, s'isoler avec des gens qui sympathisent à leur cause et pensent de façon similaire. C'est aussi une façon de communiquer par code », explique Michel Juneau-Katsuya.

On retrouve des jeunes qui se radicalisent dans plusieurs pays occidentaux : France, Royaume-Uni, Belgique, et même en Ontario, affirme Benjamin Ducol, collaborateur à la Chaire de recherche du Canada sur les conflits et le terrorisme. Ces jeunes ont maintenant accès à de la propagande radicale dans leur langue, qui peut émaner d'Al-Qaïda ou de mouvements affiliés.

« Internet est un espace mouvant, les contenus sont supprimés, mis à jour. Ça devient extrêmement difficile pour les autorités étatiques de surveiller ce qui se dit sur les médias sociaux et ce qui est diffusé, et en même temps d'essayer de contrôler et de restreindre l'accès à des contenus parfois radicaux », dit-il.

De plus en plus de jeunes Montréalais ont un discours radical, constate l'imam Cheick Omar Koné, de la mosquée Al Imane.

« Les gens ont des positions qui parfois ne correspondent pas à islam sunnite traditionnel et il faut parfois corriger le tir tous les jours. On y arrive parfois, mais pas toujours », dit-il.

L'imam Koné invite les parents musulmans à être vigilants et à ne pas se fermer les yeux sur la présence de cette idéologie radicale. Quant à Mme J., elle souhaite que son témoignage incite d'autres parents à intervenir s'ils perçoivent une radicalisation du discours de leurs enfants.

D'après un reportage de Benoît Giasson.

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