POLITIQUE

Jacques Parizeau a galvanisé la foule au congrès de Option nationale (VIDÉO)

02/03/2013 05:39 EST | Actualisé 02/05/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Jacques Parizeau a galvanisé une foule conquise d'avance, samedi, en livrant un discours à la fois pédagogique et émotif sur le chemin menant à la souveraineté devant environ 1000 membres de la formation Option nationale (ON) réunis en congrès national.

Pendant son allocution d'une durée de plus de 30 minutes, qu'il a livrée sans avoir recours à des notes ou à un téléprompteur, l'ancien premier ministre y est allé d'un vibrant plaidoyer sur l'importance du rêve dans la fondation d'un pays.

Après avoir ironisé au sujet de son statut de membre à vie au Parti québécois (PQ) en lançant que sa carte avait été collée sur un morceau de bois pour éviter qu'il ne «la déchire», M. Parizeau y est allé d'une attaque en règle contre les stratégies des gouvernements péquistes lui ayant succédé.

«Ça fait 15 ans que j'entends les chefs successifs du Parti québécois au pouvoir dire: 'On va pas utiliser les fonds publics pour promouvoir la souveraineté'. Ben si vous ne voulez pas utiliser les fonds publics pour promouvoir la souveraineté, pourquoi êtes-vous là?»

«On se sert de l'appareil gouvernemental pour réaliser ses fins», a résumé l'ex-leader, déclenchant un tonnerre d'applaudissements.

En point de presse, le chef d'ON, Jean-Martin Aussant, a abondé dans le même sens. Il en a ajouté une couche lorsqu'on lui a demandé si le gouvernement Marois avait la légitimité de dépenser les deniers publics pour mousser l'option souverainiste.

«Je trouve ça un peu triste, dans le dernier conseil national du PQ, qu'ils aient dit: 'Le Parti québécois va parler de souveraineté, mais pas le gouvernement'. Ça a vraiment l'air d'une tentative de garder les militants au PQ pour ne pas qu'ils s'en aillent (...) C'est une totale abdication de leadership», a-t-il plaidé.

Jacques Parizeau, qui a qualifié à plusieurs reprises dans le passé de véritable «religion» la perpétuelle quête du déficit zéro, ne s'est pas gêné pour aborder l'enjeu des finances publiques, écorchant au passage celui qui tient actuellement les cordons de la bourse à Québec.

«Ce qui m'énerve de ce temps-ci, c'est la dette (...) Quand j'ai entendu le président du Conseil du trésor (Stéphane Bédard) dire récemment que si on ne fait pas les coupes demandées, le Québec va devenir l'équivalent de la Grèce ou de l'Espagne.»

«Là, j'ai 'pété une fuse'», s'est confessé l'économiste de formation, provoquant les rires dans la salle.

Les têtes grises étaient peu nombreuses dans la vaste pièce du Palais des congrès de Montréal — louée au coût de 15 000 $ pour deux journées — pour cette rencontre de la formation politique dirigée par le plus jeune chef au Québec.

Les têtes d'affiche, elles, avaient répondu présent. Jean-Martin Aussant a notamment accueilli ses anciens collègues péquistes Pierre Curzi, Camil Bouchard et Lisette Lapointe.

Les quelques centaines de militants ont réservé un chaleureux accueil à leur chef, qui a décoché quelques flèches à l'intention de la gouvernance péquiste — maintes fois taxée d'«électoraliste» — même s'il a insisté sur le fait qu'ON n'avait pas été fondée «contre le Parti québécois».

«On trouvait que la cause était délaissée par les partis qui étaient censés s'en occuper. Quand, dans les sondages, les nids-de-poule sont plus hauts que la souveraineté et que le parti qui se dit souverainiste parle de nids-de-poule pour avoir des votes, il y a quelque chose qui ne marche pas», s'est-il moqué.

Et il a fait valoir que malgré sa défaite électorale, le 4 septembre, la formation politique, avec ses 8000 membres, était plus forte que jamais.

«Si on fait l'image avec une forêt, un arbre qui tombe, ça fait beaucoup de bruit, mais il y a 8000 arbres qui poussent en silence à côté, et ça c'est pas mal plus porteur pour l'avenir», a illustré Jean-Martin Aussant.

Candidat malheureux aux dernières élections générales dans sa circonscription de Nicolet-Bécancour, M. Aussant a déjà fait part de son intention de se présenter à Montréal lorsque les citoyens seront appelés aux urnes pour le prochain scrutin provincial.

Hochelaga-Maisonneuve fait partie des points de chute où pourrait atterrir Jean-Martin Aussant, a reconnu samedi le principal intéressé.

Or, dans cette circonscription montréalaise, le candidat solidaire Alexandre Leduc avait livré une solide bataille, arrivant en seconde position derrière sa rivale péquiste Carole Poirier le soir du 4 septembre 2012. Et il a déjà été désigné en vue du prochain scrutin.

Aux dernières élections, Québec solidaire (QS) avait conclu un pacte de non-agression avec ON, laissant le champ libre au chef dans sa circonscription. Ce dernier oserait-il se présenter à un endroit où QS a de bonnes chances de tirer son épingle du jeu?

Le chef n'a pas voulu le préciser. «Ça va dépendre de bien des choses, évidemment, si on discute avec d'autres partis ou non, ça change le portrait», a-t-il exposé, spécifiant que la circonscription d'Hochelaga-Maisonneuve n'était «pas exclue», contrairement aux châteaux-forts libéraux que sont Westmount et D'Arcy-McGee.

Rejoint au téléphone en après-midi, le porte-parole de QS, Christian Dubois, a affirmé qu'à sa connaissance, les deux formations politiques n'avaient pas discuté de cette question en particulier.

Les militants réunis ce week-end doivent procéder à l'adoption de la plateforme électorale du parti.

L'un des points qui doit faire l'objet d'un débat, dimanche, concerne le versement d'un salaire équivalent à celui d'un député — environ 80 000 $, a confirmé M. Aussant — au chef de la formation souverainiste.

Le leadership de Jean-Martin Aussant sera aussi soumis à un vote de confiance.

Fondé en octobre 2011, le parti Option nationale a obtenu un peu moins de deux pour cent des votes lors des élections de septembre dernier.

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