Le dévoilement mardi, de la plaque d'immatriculation bilingue au Manitoba suscite de nombreuses et vives réactions sur les sites Internet des médias anglophones.

Certains lecteurs qualifient l'initiative de gaspillage de fonds publics alors que d'autres se demandent pourquoi pas le gouvernement n'a pas lancé des plaques d'immatriculation dans d'autres langues, dont le Tagalog, la seconde langue parlée à Winnipeg devant le français, ou encore l'Allemand.

« Cela se voit que des élections approchent et qu'il s'agit d'un geste pour apaiser la communauté francophone. Comme si le poids démographique des Franco-Canadiens ne faisait qu'augmenter incroyablement », affirme un Internaute sur le site de CBC.

Des centaines de réactions semblables ont fait réagir le politologue Raymond Hébert, auteur du livre Manitoba's French Language Crisis (la crise linguistique manitobaine), qui rappelle que « ce n'est pas du tout obligatoire d'avoir une plaque bilingue. Les Manitobains ont le choix d'avoir les Jets, les Bombers ou les vétérans en payant une prime. [...] Alors moi je trouve cela tout à fait acceptable ».

La plaque bilingue dévoilée mardi est en effet optionelle et disponible pour les conducteurs auprès des agents de l'assurance publique Autopac.

Province « anglophone »

D'autres Internautes rappellent que le Manitoba est une province avant tout anglophone.

« Je ne pense pas que les Manitobains devraient se plier à ce ridicule exercice de vénération du "patrimoine français". Je ne suis pas français et je ne devrais pas être contraint de soutenir le mouvement bilingue », estime une autre personne sur le site de CBC.

La méchanceté qui transpire à travers certaines réactions a surpris la sénatrice manitobaine Maria Chaput.

« Au jour d'aujourd'hui, le gouvernement reconnaît la présence de cette minorité francophone à l'intérieur de sa province. Cela n'enlève rien à personne. Je ne comprends pas les gens qui disent des choses comme ça », a déclaré Mme Chaput qui s'est dite sûre que certains anglophones ont été aussi heurtés par ces propos.

Racisme latent

Ces remarques démontrent selon M. Hébert que le racisme anti-francophone n'a pas totalement disparu au Manitoba, et que la crise linguistique des années 80 n'est pas tellement loin.

« C'est comme s'il y a un dinosaure en dessous de la surface du sol manitobain, puis dès qu'on dit bilinguisme, surtout lorsqu'on touche aux institutions publiques, c'est comme si on marchait sur la queue du dinosaure », ironise Raymond Hébert.

La plaque bilingue sera disponible à compter du 25 février. Les conducteurs peuvent faire remplacer leur plaque actuelle par une plaque bilingue au tarif de 15 $. Dans le cas des nouvelles immatriculations de véhicule, le coût de la plaque en anglais ou de la plaque bilingue sera le même, soit sept dollars.

À VOIR AUSSI
Loading Slideshow...
  • Camille Laurin lors de son entrée à l'Assemblée nationale, le 27 avril 1977, jour où il déposa son projet de loi sur la langue française.

  • Un vétéran de la Seconde guerre mondiale proteste contre la Loi 101.

  • Camille Laurin appose un badge YES sur le veston de René Lévesque, lors de la campagne du référendum sur l'indépendance du Québec en février 1980.

  • Camille Laurin s'adresse au caucus du PQ lors du 20ème anniversaire de la Loi 101, célébré le 26 août 1997.

  • Un restaurateur montréalais montre les sous-bock en anglais qui lui ont valu, en mars 2000) d'être réprimandé par les inspecteurs de l'Office de la langue française.

  • Gilles Duceppe, Louise Harel et Pauline Marois en tête de la manifestation montréalaise organisée le 26 août 2007, pour les 30 ans de la Loi 101.

  • Des partisans de la Loi 101 manifestent pour la défense de la Charte de la langue française, le 26 août 2007 à Montréal.

  • Un défenseur du Québec francophone, lors de la manifestatiom organisée pour les 30 ans de la Loi 101.

  • Le premier ministre Jean Charest, le 3 juin 2010, lors d'un débat houleux à l'Assemblée nationale portant sur une décision de la Cour supérieure qui a autorisé les enfants de neuf familles à fréquenter une école anglophone.

  • Pauline Marois, le 3 juin 2010, lors d'un débat houleux à l'Assemblée nationale portant sur une décision de la Cour supérieure qui a autorisé les enfants de neuf familles à fréquenter une école anglophone.

  • L'édifice de l'Office québécois de la langue française, à Montréal, porte le nom du père de la Loi 101.

  • Le député indépendant, et ex-péquiste, Pierre Curzi présente, le 27 mai 2012, un projet de loi visant à modifier la Charte de langue française qui élargirait la portée de ses dispositions.

  • La ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, a présenté le 5 décembre 2012 un <a href="http://quebec.huffingtonpost.ca/2012/12/05/modification-loi-101_n_2243301.html">projet de loi visant à modifier la Loi 101</a>, et notamment à inclure l'usage du français Charte québécoise des droits et libertés.