Jean-François Lisée ouvre la porte au bilinguisme dans le métro de Montréal

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QUÉBEC - Le gouvernement Marois ouvre la porte pour la deuxième fois en un mois au bilinguisme dans les stations de métro du centre-ville de Montréal.

Le ministre responsable de la métropole et des relations avec les anglophones, Jean-François Lisée, a dit lundi qu'il revenait à la Société de transport de Montréal (STM) de déterminer les besoins en ce sens et les meilleures façons d'offrir des services aux anglophones et aux touristes.

En point de presse, il a dit que ça ne le scandalisait nullement d'imaginer que des services soient bientôt offerts en anglais dans certaines stations de métro fréquentées par un grand nombre d'anglophones et de touristes.

M. Lisée a fait valoir que son ouverture à une certaine forme de bilinguisme était conforme à l'esprit de la loi 101, telle que rédigée en 1977 par Camille Laurin.

«Si un employeur fait la démonstration qu'il a besoin d'une connaissance de l'anglais dans certains postes, il peut s'en prévaloir», a-t-il dit.

Une rencontre a eu lieu entre le ministre Lisée et le président de la STM, Michel Labrecque, pour envisager cette option.

Il n'a pas précisé dans quelle mesure son ouverture allait se traduire par une modification des critères d'embauche à la STM. Il n'a pas non plus élaboré sur le type de services qui pourraient être offerts en anglais.

«Est-ce que c'est une ligne téléphonique dédiée? Est-ce que ce sont des panneaux bilingues? C'est à la STM de le déterminer», a dit M. Lisée, en ajoutant qu'il n'était pas question de demander à «tous les employés et tous les chauffeurs d'autobus d'être bilingues».

«Personnellement, ça ne me scandaliserait pas que dans des lieux où il y a énormément de touristes et énormément d'anglophones, on puisse répondre en anglais à des demandes», a ajouté M. Lisée.

La ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane de Courcy, qui pilote présentement une réforme de la loi 101, partage les vues de son collègue et laisse à la STM le soin de décider de la suite des choses.

«Il existe la loi, la loi sur la langue et les gouvernements locaux se gouvernent. La STM est en train de se gouverner, elle a annoncé ses comités de travail, elle va prendre ses décisions et se gouverner en fonction de la loi», a-t-elle dit en marge de l'étude des crédits en commission parlementaire.

Le mois dernier, M. Lisée avait soulevé un tollé dans les milieux souverainistes, quand il s'était déclaré, en entrevue radiophonique à CJAD, en faveur d'une révision des critères d'embauche à la STM, de manière à offrir des services en anglais dans le transport en commun à Montréal.

Quant au principe général, le ministre Lisée a dit s'opposer «à la bilinguisation des services publics». «La STM a un devoir absolu de montrer un visage français», a-t-il fait valoir.

Mais selon l'ex-ministre libérale responsable du dossier linguistique, Christine St-Pierre, le gouvernement Marois nage en pleine contradiction.

«Je suis estomaquée», a-t-elle dit, en point de presse, à propos de l'ouverture manifestée par le gouvernement.

«Pouvez-vous imaginer une seconde si moi j'avais dit des choses comme celle-là? Je me serais fait crucifier sur la place publique», selon elle.

La députée libérale a dit qu'elle s'expliquait mal le fait que le ministre Lisée veuille, d'une main, «rendre bilingues les stations de métro Peel et McGill» et, de l'autre, retirer aux municipalités leur statut de villes bilingues quand elles n'ont pas le minimum requis de 50 pour cent de la population qui soit anglophone.

Elle est d'avis que les ministres Lisée et De Courcy sont divisés sur les orientations à donner au projet de loi 14, qui vise la modernisation de la loi 101.

Mme St-Pierre a répété la position bien campée de son parti, à savoir que ce projet de loi allait «beaucoup trop loin».

Entre autres, les libéraux redoutent les pouvoirs _ similaires à ceux d'une commission d'enquête _ qui seraient conférés à la ministre responsable de l'application de la Charte.

En vertu de ces pouvoirs, la ministre pourrait convoquer des individus à témoigner devant elle sous peine d'outrage au tribunal.

En commission parlementaire, le porte-parole de l'opposition officielle pour la Charte de la langue française, Marc Tanguay, n'a pas hésité à brandir le spectre «d'une police politique» chargée d'appliquer les lois linguistiques.

«C'est un projet de loi qui, à prime abord, nous apparaît comme étant dogmatique, qui va dans des directions extrêmement nébuleuses et dangereuses», a précisé M. Tanguay devant les reporters.

À propos de la manifestation des anglophones le week-end dernier, à Montréal, M. Lisée a minimisé l'importance du mouvement d'opposition aux politiques linguistiques de son gouvernement, et a pris ses distances du sondage indiquant que de nombreux anglophones pensaient à quitter le Québec.

«En 1995, 80 pour cent des anglophones disaient qu'ils songeaient à quitter le Québec, et maintenant, ils sont 42 pour cent. C'est trop, mais c'est un progrès», selon lui.

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